‹ Œuvres de Crébillon (volume 2)Chapitre 146 sur 287 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

TYDÉE, seul.

JLiLECTRE veut me voir ! Ah ! mon âme éperdue Ne soutiendra jamais ni ses pleurs ni sa vue. Trop infidèle ami du (ils d'Agamemnon , OseraL-je en ces lieux lui déclarer mon nom ; Lui dire que je suis le fils de Palamède j Qu'aux devoirs les plus saints un lâche amour succède^ Qu Oreste me fut cher; que de tant d'amitié L'amour me laisse à peine un reste dé pitié ; Que , loin de secourir une triste victime ^ J'abandonne sa sœur au tyran qui l'opprime ; Que cette même main , qui dût trancher ses jours , Par un coupable eflfort eiF prolonge le cours j Et^jue y prête à former des nœuds illégitimes y reut-être cette main va combler tous mes crimes j Qu elle n'a désormais qu'à répandre en ces lieux Le reste infortuné dW sang si précieux?...

Mais seroit-ce trahir les mânes de son firère , Que de vouloir d'Electre adoucir la misère ?

D'Iphianasse enfin si je deviens l'époux , Je puis dans ^^ malheurs lui faire un sort plus doux.

D'ailleurs un roi puissant m'offre son alliance :

Je n'ai pour l'obtenir dignité ni naissance.

Que me sert ma valeur, çt?int ce (jue je suis.

Si ce n'est pour jouir d'un sort.... Lâche ! poursuis*

Je ne m'étonne plus si les dieux te punissent,

A ton fatal^ aspect si les autels frémissent.

Ah ! cesse sur l'amour d'excuser le devoir :

Pour être vertueux , on n'a qu'à le vouloir :

D'Electre en ce moment, foihle cœur, cours l'apprendre.

Qu'attends-tu? <jue l'amour vienne encor te surprendre?

Qu'un feu.... Mais quel objet se présente à mes yeux? '

Dieux I quels tristes accents fcmt retentir ces lieux I

C'est une esclave en pleurs ; h^as ! qu'elle a de charmes !

Que mon âme en secret s'attendrit à ses larmes I

Que je me sens touché de ses gémissementa I

Ah ! que les malheureux éprouvent de tourmenta!

' SCÈNE IL

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