ACTE I, SCÈNE I
U promit d'otiMier sa tendresse offensée , S'il voyoit de ma main sa foi récomperïsée ; Qu'au moment que l'hymen lengageroit à moi, U remettroit l'état sous sa première loi.
Sur cet espoir charmant aux autels entraînée, Moi-même je hâtois ce fatal hyménée ; Et mon parjure amant osa hien l'achever.
Teint du sang qu'à ce prix je prétendois sauver. Mais le ciel, irrité contre ces nœuds impies, Éclaira notre hymen du flambeau des Furies.
Quel hymen , justes dieux ! et quel barbare époux !
PHÉNICE
Je sais que tout un peuple indigné contre vous ,
Vous imputant du roi la triste destinée ,
Ne vit qu'avec horreur ce coupable hyménée.
ZÉNOBIE
Les cruels , sans savoir qu'on me cachoit son sort, Osèrent bien sur moi vouloir venger sa mort.
Troublé de ses forfaits , dans ce péril extrême , Rhadamisthe en parut comme accablé lui-même.
Mais ce prince , bientôt rappelant sa fureur , Remplit tout, à son tour, dé carnage et d'horreur. « Suivez-moi, me dit-il : ce peuple qui m'outrage « En vain à ma valeur croit fermer un passage : « Stdvez-moi. » Des autels s'eloighantà grands pas. Terrible et furieux , il me prit dans ses bras. Fuyant parmi les siens à travers Artaxate , ,
Qui vengeoit , mais trop tard, la mort de Mithridate. Mon époux cependant , pressé de toutes parts. Tournant alors sur moi de funestes regards....
agS RHADAMISTHE ET ZÉNOBIE.
Mais , loin de retracer une action si noire , •
D'un époux malheureux respectons la mémoire :
Épargne à ma vertu cet odieux récit.
Contre un infortuné je n'en ai que trop dit.
Je ne puis rappeler un souvenir si triste ,
Sans déplorer encor le sort de Rhadamisthe.
Qu'il te suflSse enfin ^ Phénice, de savoir.
Victime d'un amour réduit au désespoir.
Que par une main chère, et de mon sang Aimante,
L'Araxe dans ses eaux me vit plonger mourante.
PHENICE.
Quoi ! ce fin votre époux .... Quel inhumain , grands dieux!
ZÉNOBIE
Les horreurs de la mort couvroient déjà mes yeux, Quand le ciel , par les soins d'une main secourable , Me sauva d'un trépas sans elle inévitable.
Mais, à peine échappée à des périls afifreux. Il me fallut pleurer un époux malheureux.
J'appris, non sans frémir, que son barbare père. Prétextant sa fureur sur la mort de son frère. De la grandeur d'un fils en effet trop jaloux , Lui seul avoit armé nos peuples contre nous ; Qu'introduit en secret au sein de l'Arménie, Lui-même de son fils avoit tranché la vie. A ma douleur alors laissant un libre cours , Je détestai les soins qu'on prenoit de mes jours. Et, quittant sans regret m©n rang et ma patrie , Sous un nom déguisé j'errai dans la Médie^ Enfin , après dix ans d'esclavage et d'ennui , Étrangère partout , 'sans secours, sans appui.