ACTE II, SCÈNE t 3ùg
Traître envers la nature , envers l'amour perfide ; Usurpateur > ingrat , parjure , parricide.
Sans les remords affreux qui déchirent mon cœur, Hiéron , j'oublîrois qu'il est un ciel vengeur.
m^KON.
J'sdme à voir ces regrets que la vertu fait naître : Mais le devoir, seigneur, est-il toujours le maître? Mithridate lui-même , en vous manquant de foi , Sembloit de vous venger vous imposer la loi.
RHADAMISTHE.
Ah ! loin qu'en mes forfaits ton amitié me flatte , Peins-moi toute l'horreur du sort de Mithridate : Rappelle-toi ce jour et ces serments affreux Que je souillai du sang de tant de malheureux : S'il te souvient encor du nomhre des victimes , Compte , si tu le peux, mes remords par mes crimes*. Je veux que Mithridate , en trahissant mes feux , Fût digne même encor d'un sort plus rigoureux ,• Que je dusse son sang à ma flamme trahie :
Mais à ce même amour qu'avoit fait Zénohie ?
Tu frémis , je le vob : ta main , ta propre main Plongeroit un poignard dans mon perfide sein , Si' tu pouvois savoir jusqu'où ma barbarie De ma jalouse rage a porté la finrie.
Apprends tous mes forfaits, ou plutôt mes mallieurS4 Mais , sans les retracer, juges^n par mes pleurs.
HIÉRON
Aussi touché que vous du sort qui vous accable , Je n'examine poi^it si vous êtes coupable :
3io RHADAMISTHE ET ZÉNOBIE.
On est peu criminel avec tant ée remotâs ; Et je plains seulement vos douloureux tran^K>rts^ Calmez ce désespoir ou TOtre iime se fivre ^ Et m apprenez. ^, •
RHADAMISTHE.
Comment oserai-je poursuivre ?
Comment de mes fUreurs oser t'entretenir , Quand tout mon sang se glace à ce seul souvenir? Sans que mon désespoir ici le renouvelle ,* Tu sais tout ce qu'a fait cette main criminelle : Tu vis comme aux autels un peuple mutiné Me ravit le bonheur qui m*éloit destiné ; Et, malgré les périls qui menaçoient ma vie ^ Tu sais comme à leurs yeux j'enlevai Zénobie. Inutiles efforts ! je fiiyois vainement.
Peins-toi mon désespoir dans ce fatal moment. Je voulus m'immoler ; mais Zénobie en larmes^ Arrosant de ses pleurs mes parricides armes , Vingt fois pour me fléchir embrassant mes g^ioux ^ Me dit ce que l'amour inspire de plus doux.
Hiéron , quel objet pour mon âme éperdue !
Jamais rien de si beau ne s'oflfrit à ma vue. Tant d'attraits cependant, loin d'attendrir mon cœur. Ne firent qu'augmenter ma jalouse fureur.
Quoi ! dis-je en frémissant , la mort que je m'apprête Va donc à Tiridate assurer sa conquête !
Les pleurs de Zénobie irritant ce transport.
Pour prix de tant d'amour je lui donnai la mort ; Et , n'écoutant plus rien que ma fureur extrême ^ ï)ans l'Araxe aussitôt je la traînai nloi-inéme.