ACTE II, SCÈNE L 3ii
Ce fiit là que nia main lui choisit un tombeau^ Et que de notre hymen j-'éteignis le flambeau.
HliKON.
Quel sort pour une reine à vos jours si sensible !
RHADAMISTHE.
Après ce coup affreux , devenu plus terrible , Privé de tous les miens , poursuivi , sans secours , A mon seul désespoir j'abandonnai mes jours.
Je me précipitai , U'op indigne de vivre , Parmi des furieux , ardents à me poursiiivre , Qu'un père , plus cruel que tous mes ennemis , Excitoit à la mort de son malheureux (ils.
Enfin , percé de*coups, j allois perdre la vie. Lorsqu'un gros de Romains , sorti de la Syrie , Justement indigné contre ces inhumains , M'arracha tout sanglant de leurs barbares mains. Arrivé , mais trop tard , vers les murs d'Artaxate , Dans le juste dessein de venger Mithridate , Ce même Corbulon , armé pour m'accabler, Conserva l'ennemi qu'il venoit immoler.
De mon fimeste sort touché sans me connoîtrc , Ou de quelque valeur que j'avois fait paroître , Ce Romain , par des soins dignes de son grand cœur, Me sauva malgré moi de ma proprç fureur.
Sensible à sa vertu , mais sans reconnoissance , Je lui cachai long-temps mon, nom et ma naissance j Traînant avec horreur mon destin malheureux , Toujours persécuté d'un souvenir affreux , Et , pour comble de maux , dans le fond de mon âme
3i2 RHADÀMISTHÈ ET ZÉNOBIE. ' Brûlant plus que jamais d'une fîmeste flamme ^ Que Fàmour outrage , dans mon barbare oœur^ Pour prix de mes forÊdts rallume avec fureur^ Ranimant^ sans espoir^ pour d'insensibles cendres^ De la plus vive ardeur les transports les plus tendres:i. Ainsi dans les regrets ^ les remords et Tamour^ Craignant également et la nuit et le jour.
J'ai traîné dans l'Asie une vie importune.
Mais au seul Corbulon attachant ma fortune.
Avide de périls, et, par un U*iste sort.
Trouvant toujours la gloire où j'ai cherché la mort^ L'esprit sans souvenir de^ ma grandeur passée. Lorsque dix ans sembloient l'en avoir effacée. J'apprends que l'Arménie , après différents choix ^ Alloit bientôt passer sous d'odieuses lois ; Que mon père , en secret méditant sa conquête. D'un nouveau diadème alloit ceindre sa tête.
Je sentis à ce bruit ma gloire et mon courroux Réveiller dans mon cœur des sentiments jaloux* Enfin à Corbulon je me fis reconnoître :
Contre un père inhumain trop irrité peut-être, A mon tour en secret jaloux de sa grandeur.
Je me fis des Romains nommer l'ambassadeur.
HIÉRON
Seigneur, et sous ce nom quelle est votre espérance? Quels projets peut ici former votre vengeance? Avez-vous oublié dans quel affreux danger Vous a précipité l'ardeur de vous venger?
Gardez-vous d'écouter un transport téméraire. Chargé de tant d'horreurs , que prétendez-vous faire?