ACTE I, SCÈNE I. 36S
Xerxès vient de nommer Artaxerce à Tempirc.
C'est moi qui l'ai forcé , malgré lui , de l'élire. J'ai fait craindre à ce roi , facile à s'alarmer , Cent périls pour un fils qui l'a trop su charmer j Et, jaloux d'un héi^os qu'idolâtre la Perse, J'ai fait, par mes conseils , couronner Artaxerce. Pour mieux y Véussir , j'ai pris soin d'éloigner Celui que tant de droits destinoient à régner. Tandis que Darius, chez des peuples barbares. Nous force d'admirer les exploits les plus rares , Je ne pein^ à Xerxès ce fils si verftieux Qu'avide de régner, cruel, impétueux.
Du bruit de sa valeur, du prix de ses services. D'un père qui le craint je nourris les caprices. Enfin , tous mes projets étoient évanouis , Si jamais sa prudence eût couronné ce fils.
Moins Artaxerce est cru digne du diadème , Plus j'ai cru le devoir placer au rang suprême. Avec tant de secret ce projet s'est conduit , Qu'aucun en cette cour n'en est encore instruit j Et Je ne prétends pas qu'elle en soit éclaircie , Que lorsque ma fureur en instruira l'Asie.
Tu vois ce qu'aujourd'hui Je confie à ta foi : Garde bien un secret si dangereux pour toi.
Va trouver cependant , ramène à Babylone Ce prince à . qui mes soins ont ravi ta couronne. Ofire-lui de ma part trésors , armes , soldats ; De ma fille surtout vante-lui les appas ; Dis-lui qu'avec plaisir mo» respect lui destine Et le bras d'Arts^xin , et la main de Barsine.
TISSAPHERNE
Darius , autrefois sensible à ses attraits ^
M'a paru plein d'un £eu qui flatte vos projets.
ARTAbAN.
Non, je m'y cônnois mal , ou, moins ardent pour elle , Ce prince brûle ailleurs d'utie flamme infidèle. Même avant son départ, malgré les soins du roi , Son mépris pour Barsine a passé jusqu'à moi : De ma feinte amidé l'adroite vigilance N'en pouvoit plus surprendre accueil ni confidence. Trop heureux cependant de pouvoir aujourd'hui D'un prétexte si vrai me parer envers lui !
Quoi qu'il en soit, pourvu qu'il soulève l'empire , II ne m'importe pas pour qui son cœur soupire : Ce n'est qu'en le portant aux plus noirs attentats Que je puis à mes lois soumettre ces états.
Détruisons , pour remplir une place si chère , Le père par les fils , et les fils par le père. Je veux , à chacun d'eux me livrant à la fois , Paroître les servir , mais les perdre tous trois. Voilà ce que mon cœur dès long-temps se propose. Qu'en liberté le tien consulte ce qu'il ose.
TISSAPHEI^NE.
Seigneur, je l'avoûrai , ce dessein me surprend. Le péril est certain , mais le projet est grand. , Cependant , sans compter ce qu'on appelle crime , Craignez de vous creuser vous-même un noir abîme. Darius est chéri , sage , plein de valeur ; Vous verrez l'univers partager son malheur.