‹ Œuvres de Crébillon (volume 2)Chapitre 25 sur 287 · SCÈNE IL · texte numérisé non relu

SCÈNE IL

IDOMÉNÉE, ÉRIXÈNE, SO^Hj^ONYME, ISMÈNE.

Madamst^ demeurez.-. Demeurez, Érixène.

Mérion par sa mort vient d éteindre ma haine ;

Ainsi ne ç(;^gnez point ma rencontre en ces lieux :

Vous pouvez y rester sans y blesser mes yeux.

Méri(Mi me futicher; mais de cet infidèle

Mes bienfaits redoublés ne firent qu'un rebelle.

Vous le savez, l'ingrat, pour prix de ces bienfaits.

Osa contre leur roi soulever mes sujets..

Son crime fut de près suivi par son supplice, r

Et son sang n'a que trop satisfait ma justice :

Je l'en vis à regret laver son attentat ;

Mais je devois sa tété à nos lois, à l'état :

Et près de vou^ j'oi;bliQ,jM^Ioi trop sévère.

Qui rend de mes parei}aH||^ine héréditaire.

ERIXENE.

Si , content dç sa mort , votre haine s'éteint Dans le sang d'un héros' dont ce palais est teint, La mienne, que ce sang éternise en mon âme , A votre seul aspect se redouble et s'enflamme. J'ai vu mop père , hélas ! de mille coups percé ; Tout son sang cependant n'est pas encor versé.... Que sa mort fut enfin injuste ou légitime , Auprès de moi du moins songez qu'elle est un crime :

Mon courroux là-des3sus ne connott point de loi fil

Qui '>uisse dans mon cœur justifier un roi.

De maximes d'état colorant ce supplice ,

Vous prétendez en vain couvrir votre injustice :

Le ciel , qui contre vous semble avec moi s'unir ,

De ce.crime odieux va bientôt vous punir ;

Contre vous dès k)ng-temps un orage s'apprête ;

De mes pleurs chaque jour je grossis la tempête.

Puissent les justes dieux , sensibles à mes pleurs^

A mon juste courroux égaler vos malheur» î

Et puissé-je à regret voir que toute ma haine

Voudroit en vain y joindre une nouvelle peine !

IDOMIÉ-NiE.

Ah ! madame , cessez de si funestes vœux ; l

N'offrez point à nos maux un cœur si rigoureux. ^]i

Vous ignorez encor ce que peuvent vos larmes r (i

Ne prêtez point aux dieux de si terribles armes , Ir

Belle Érixène; enfin ^ n'exigez plus rien d^eux. w

Non , jamais il ne fut un roi plus malheureux : il

Du destin ennemi je n^sMÊm rien à craindre : |F( J'éprouve des malheui^MHl' vous pourriez me plaindrelc Ces beaux yeux , sans pitié qui pourroient voir ma mort 1

Ne refuseroient pas des larmes à mon sort. i

Sur mon peuple des dieux la fureur implâcaUe .i

Des maux que je ressens est le moins redoutable : j

Sur le sang de Minos un dieu toujours vengeur ! A caché les plus grands dans le fond de mon cœur. Objet infortuné d'une longue vengeance, J'oppose à mes malheurs une Iwigue constance : Mon cœur sans s'émouvoir les verroit en ce jour.

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