‹ Œuvres de Crébillon (volume 2)Chapitre 251 sur 287 · ACTE III, SCÈNE U · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE U

Saus crainte d'offenser les charmes qu'il adore Peut-il à vos regards se présenter encore , Madame? Pardonnez : non , je n'ignore pas Tout le devoir d'un cœur épris de vos appas; Mais auroîs-je voulu ^ sans vous offrir l'empire. Apprendre à l'univers que pour vous je soupire? N'osant vous faire entendre une timide voix, . J'ai fait parler pour nK>i Famorité des lois. Non que , fier du haut rang dont on me fevorise, A contraindre vos vœux mon amour s'autorise : Je ne voulois régner que pour me faire honneur D'en être plus soumis au choix ^ votre cœurj D'autant plus résolu de n^ le pas contraindre. Que mon amour tremblant semble avoir tout à craindre ; Que je vous vois déjà détourner, malgré vous , Des yeux accoutumés à des objets plus doux; Qu'enfin je ne vois rien qui ne me désespère. Que de maux , sans compter les vertu» de mon fi*ère !

AMESTRI8.

Seigneur, iljcne fut cher; je ne veux point nier Un feu que tant de gloire a dà justifier.

Tant que l'ingrat n'a point trahi sa renommée. J'ai fait tout mon bonheur, seigneur, d'en être aimée; Je le ferois encor, si lui-même aujourd'hui N'avoit forcé ma gloire à se venger de lui.

Arrachez-moi, seigneur, à ce penchant funeste; J'y consens : vos vertus vous répondent du reste* Vous ne me verrez point opposer à vos feux Le triste souvenir d'un amour malheureux ; Nul retour vers^l'ingrat ne vous sera contraire.

4oO XERXÈS.

Moi-même j'instruirai votre amom* à me jJaire :

Domiez-yous tout ^itier à ce généreux soin.

Rendons.de notre hymen un parjure témoin.

Vous pouvez assurer de mon obéissance

Un roi dont aujourd'hui j'ai bravé la puissance.

Allez tout préparer; je vous donne ma foi '

De ne pas résister un moment à la loi.

ARTAXERCE

Non , je ne reçois point ce serment téméraire.

En vain vous me flattez du bonheur de vous plaire ,

En vain votre dépit me nomme votre époux ^

Lorsque l'amour, d'ui^ autre , a fait le choix pour vous.

Je vous aime , Amestris ; et jamais dans une âme

La vertu ne fit naître une plus belle flanune :

J'aurois de tout mon sang acheté la douceur

De pouvoir un moment régner sur votre cœur ;

Mais, quoiqu'en obtenant le seul bien où j'aspire.

Mon bonheur , quel qu'il soit, dût ici me suffire.

J'estime trop ce cœur pour vouloir aujourd'hui

Obtenir notre hymen d'un autre que de lui.

Dût le funeste soin d'éclaircir ma princesse "*

Rallumer dans son cœur sa pren^ière tendresse ;

Dussé-je enfin la perdre, et voir évanouir

Ce bonheur si charmant dont je pouvois jouir.

Je ne puis sans remords abandonner mon frère

Aux coupables transports d'une injuste colère.

S'il y va de mes feux à le sacrifier.

Il y va de ma gloire à le justifier.

Je vous ai vu traiter Darius d'infidèle;

Je conçois d'où vous vient une erreur si cruelle.

Page 1