ACTE ni, SCÈNE IV. 4o
Adieu ^ chère Amestris. Quoi ! vous versez des ]^earst Qu'une pitié si tendre adoucit mes malheurs !
AMESTRISé
Ah! prince infortune, le destin qui t'accd)le De tes persécuteurs n'est pas le plus coupable. PoUr prix de tant de soins, pour prix de tant d'ardeur. C'est donc ton Amestris qui te pa*ce le oœur ! Qu'ai-je &it, malheureuse? et pa< quel artifice * A-t-on de tant d'horreurs rendu mon cœur <:)omplice; Ce cœur à tes désirs si charm^ de s'offrir , A tes moindres discours si prêt à s'attendrir; Ce coeur qui , tout ingrat qu'il eut lieu de, te croire, Te gardoit cependant la plus tendre mémoire ; Mais, hélas! aujourd'hui plus coupable à tes yeux Qu'un mîaiistre insolent, un roi foible, et les dieux ! C'est en vain que ton cœur absout le mien du. crime; Avec mcm repentir ma fierté se ranime^ Ce n'est plus par des pleurs et par de vains transports Que je puis contenter mon cœur et mes remords : Viens me voir, toute en proie à ma j.uste oolère , Braver la cruauté de ton barbare père.
Te jurer à ses yeux les transports les plus dopx, Malgré tout son pouvoir t'accepter pow époux , T'offirir de mon amour les plus précieux gages. Ou du moins par ma mort expier mtes outrages.
DARIUS
Arrêtez, ma princesse. Ah! c'en est tfop pour moi. Je ne crains plus le sort, mon frère, ni le roi; Laissez-moi seul ici conjurer la tempête.
Je vais à mon rival disputer sa conquête :
4o4 XERXÈS.
Ce cœur qui m'iest rendu décide de son sort :
Son hymen désormais est moins sûr que sa mort*
A.MESXR1S.
Garde-toi sur ses jours d'aller rien entreprendre : Souffre, sans t'alarmer, que j'ose le défendre. Si les rivaux étoient tous aussi généreux, On ne vei'roit pas tant de criminels entre eux. C'est liû qui, dans l'aveu qu'il m'a fait de sa flamme, Sur de cruels soupçons vient d'éclaircir mon âme; Qui, sensible à>tes maux, bien loin d'en abuser^ A l'offre de ma main vient de se refuser. Je crains trop les transports où ton amour te livre : Partons , si tu le veux ; je suis prête à te suivre : Fuyons loin de Xerxès; mais en quittant ces lieux Sortons-en, s'il se peut, encor plus vertueux. Laissons à l'imivers plaindre des misérables Qu'il abandonneroit s'il les croyoït coupables. J'aime mieux que Xerxès plaigne un jour nos malheurs, Que de voir ses états en proie à nos fureurs. Les dieux protégeront des amours légitimes, Qui ne seront souillés ni d'horreurs ni de crimes. Contente, pour tout bien, de l'honneur d'être à toi, Je ne demande plus que ton cœur et ta foi.
Xerxès vient : garde-toi d'un seul mot qui l'offense. D'armer contre tes jours une injuste vengeance; Il sera moins aigri d'entendre ici ma voix.
Feignons....