DARIUS, ARTABAN, TISSAPHERNE
ARTABAN
Que prétendez-vous faire?
Gardez-vous d'écouter un transport téméraire : Le roi n'est pas encore éloigné de ces lieux.
DARIUS
Porte ailleurs tes conseils' et tes soins odieux ; Remplis , sans discourir , les ordres de mon père , Si tu ne veux toi-même éprouver ma colère.
ARTABAN
Seigneur, écoutez-moi , le cœur moins prévenu : Je vois bien que le mien ne vous est pas connu. De vos cruels soupçons l'injuste défiance , Vos mépris pour Barsine et pour mon alliance , Un roi que je pourrois nommer vot^e tyran , N'ont point changé pour vous le respect d'Artaban. Touché de vos vertus plus que de vos outrages, Mon cœur à vos mépris répond par des hommages: Heureux â^ dans l'ardeur de me venger de vous, Ge coQur d'un vain honnelir eût été moins jaloux! C'est moi qui par mes soins ai porté votre père A parer de vos droits un fils qu'il vous préfère : Mais , hélas ! qu'ai-je fait en y forçant son clioix , Que priver l'univers du plus grand de ses rois ? Je sens que coDtre vous un dessein si perfide
4io XERXÈS.
Est moins un attentat qu'un affi-eux parricide ,
Que ne sauroit jamais réparer ma douleur
Qu en signalant pour vous une juste ûireur»
Ce discours^ je le vois , a de quoi vous surprendre ,
Et ce n'est pas de moi que vous deviez l'attendre :
Mais votuf père en vain me comMe de bienÊiits ,
Lorsqu'il s'agit^ seigneur, d'expier mes forfeîts.
Dans la nécessité de me donner un maître.
J'en veux du moins prendre un qui soit digne de l'être,
Qui de nos ennemis sache percer le flanc ,
Et qui sache juger du prix de notre sang;
Non de ces foibles rois dont la grandeur captive
S'entoure de flatteurs dans une cour oisive ;
Mais un roi vertueux , connu par ses hauts faits ,
Tel enfin que le ciel vous offiré à nos souhaits.
Artaban désormais n'en reconnoit point d'autre.
Il ne tiendra qu'à vc^is d'être bientôt le nôtre.
Je vous offre , seigneur, mes trésors et mon bras.
Faisons sur votre choix prononcer les soldats ;
Vous verrez quel secours vous en pouvez attendre.
DARIt7«.
Quel étrange discours m'ose-t-on faire entendre î Je n'ai que trop souffert ce coupable entreéea. Artaban juge-t-il de mon cœur par le siA?
S'il est assez ingrat , assez lâche , assez traître^ Pour oublier si tôt tous les bienfaits d'un maître Qui l'a de tant d'honneurs comUé jusque aujourd'hui. Il peut cherclter ailleurs des ingrats tels que lui. Pour moi , soumis aux lois qu'impose la nature y Je me reproche même un. frivole murmure ;