‹ Œuvres de Crébillon (volume 2)Chapitre 258 sur 287 · DARIUS, ARTABAN, TISSAPHERNE · texte numérisé non relu

DARIUS, ARTABAN, TISSAPHERNE

ARTABAN

Que prétendez-vous faire?

Gardez-vous d'écouter un transport téméraire : Le roi n'est pas encore éloigné de ces lieux.

DARIUS

Porte ailleurs tes conseils' et tes soins odieux ; Remplis , sans discourir , les ordres de mon père , Si tu ne veux toi-même éprouver ma colère.

ARTABAN

Seigneur, écoutez-moi , le cœur moins prévenu : Je vois bien que le mien ne vous est pas connu. De vos cruels soupçons l'injuste défiance , Vos mépris pour Barsine et pour mon alliance , Un roi que je pourrois nommer vot^e tyran , N'ont point changé pour vous le respect d'Artaban. Touché de vos vertus plus que de vos outrages, Mon cœur à vos mépris répond par des hommages: Heureux â^ dans l'ardeur de me venger de vous, Ge coQur d'un vain honnelir eût été moins jaloux! C'est moi qui par mes soins ai porté votre père A parer de vos droits un fils qu'il vous préfère : Mais , hélas ! qu'ai-je fait en y forçant son clioix , Que priver l'univers du plus grand de ses rois ? Je sens que coDtre vous un dessein si perfide

4io XERXÈS.

Est moins un attentat qu'un affi-eux parricide ,

Que ne sauroit jamais réparer ma douleur

Qu en signalant pour vous une juste ûireur»

Ce discours^ je le vois , a de quoi vous surprendre ,

Et ce n'est pas de moi que vous deviez l'attendre :

Mais votuf père en vain me comMe de bienÊiits ,

Lorsqu'il s'agit^ seigneur, d'expier mes forfeîts.

Dans la nécessité de me donner un maître.

J'en veux du moins prendre un qui soit digne de l'être,

Qui de nos ennemis sache percer le flanc ,

Et qui sache juger du prix de notre sang;

Non de ces foibles rois dont la grandeur captive

S'entoure de flatteurs dans une cour oisive ;

Mais un roi vertueux , connu par ses hauts faits ,

Tel enfin que le ciel vous offiré à nos souhaits.

Artaban désormais n'en reconnoit point d'autre.

Il ne tiendra qu'à vc^is d'être bientôt le nôtre.

Je vous offre , seigneur, mes trésors et mon bras.

Faisons sur votre choix prononcer les soldats ;

Vous verrez quel secours vous en pouvez attendre.

DARIt7«.

Quel étrange discours m'ose-t-on faire entendre î Je n'ai que trop souffert ce coupable entreéea. Artaban juge-t-il de mon cœur par le siA?

S'il est assez ingrat , assez lâche , assez traître^ Pour oublier si tôt tous les bienfaits d'un maître Qui l'a de tant d'honneurs comUé jusque aujourd'hui. Il peut cherclter ailleurs des ingrats tels que lui. Pour moi , soumis aux lois qu'impose la nature y Je me reproche même un. frivole murmure ;

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