‹ Œuvres de Crébillon (volume 2)Chapitre 3 sur 287 · ÉLOGE HISTORIQUE · texte numérisé non relu

ÉLOGE HISTORIQUE

nombre de billets; mais également incapable de lès gar» der, ou de s'en faire des rentes , il les fondit peu à peu; et rien enfin ne lui resta , ni de son bien de patriiAmne y ni de celui qu'il avoit acquis.

Semiramis parut en 17 17. Cette pièce, mieux conduite? que Xerxesy ne fut pas cependant exti^émement goûtée. Ce n'est pas que, dans nombre de scènes, on ne retrouve cette touche forte qui caractérise son auteur ; mais le sujet étoit froid, et susceptible de peu d'intérêt. Crébillon ne put donc mettre que dans les détails cette chaleur , cette dignité mâle qu'on trouve dans ses autres oÙTrages.

Avant que de composer cette dernière pièce, le poète avoit eu l'idée de la tragédie de Cromwell ; mais il n'en a jamais fait que la première scèhé, et la harangué de Crom* well , en présentant l'infortuné Charles I*"" au parlement pour être jugé. Dans la courte préface que Crébillon a mise à la tête du Tritmiifiraty il se plaint avec justice dé ce qu'on l'avoit accusé d'avoir fait entrer dans cette tragédie différents morceaux de celle de Cromwell : aucun de ces morceaux ne pouvoit , de quelque façon que ce fftt , y être placé. Peu de jours >avant sa mort, il les récita à quelques personnes ; et comme on désiroît de les écrire sous sa dictée , il remit la chose à une autre fois : jamais depuis, quelques efforts qu'on ait faits , on n'a pu l'engager à les réciter de nouveau. Heureusement on en a retenu quelques fragments qui sont de la plus grande beauté. On a prétendu que le duc d'Orléans, régent, lui avoit défendu de continuer cette tragédie. N'est-ce pas plutôt la difficulté dé mettre sur notre théâtre un sujet si atroce qui en a fait abandonner le travail ?

Piqué du reproche qu'on lui faisoit de ne pouvoir être que cruel , Crébillon se mit à composer une pièce oit

aucnn de ses héros nemouràt : cest.la tragédie de Pyr^ rhusy à laquelle il employa plus de einq années, et quil n'auroit peut-être jamais finie, sans M. Paris Taîné , à qui depuis il la dédia. Elle parut en 1726, à la rentrée du théâtre , et fut extrênfement a|^lauâie. A la cruauté près, on y retroura toujours Crébillon.

Pendant les représastations de cette pièce, Crébillon commenta son Catiiina. Le premier acte fut fait en moins de six semaines ; mais tant de raisons différentes Fempé^*cfaèrent de travailler à cette tragédie, qu'elle ne parut que Tingt<>>deux ans après , c'est-à-dire à la fin de 174B.

Son entrée à l'Académie françoise , où il fut reçu en septembre 1731 , à la place de M. de La Faye, fut marcpiée par une innovation qui auroit dû commencer plus tôt , et dont on ne pouvoit que lui savoir gré. Il fit son discours de réception en vers ; mais n'usant pas du privilège tout ^Atier , il se borna à revètb de formes poétiques les expressions de reconnobsance et les éloges d'usage qui avoient tant de fois retenti dans de par^Ues circonstances. Lorsqu'il prononça ce vers :

Aucun fiel n^a jamais empoisonné ma plùine , des applaudissefments safts nombté éOtifif mèrent ce témoi- ^age qu il se rendoit à lui-même.

En 1735, Crébillon, déjà tiommé censeur royal, le fut aussi pour la police. Le comte de Clertiiont lui avoit donné un logement dans le palais du Petit-Luxembourg , qu'il occupoit alors. Ce même prince a daigné , jusqU'aui derniers moments de Crébillon, l'honorer de sa bienveillance et de ses bienfaits.

Cependant un homme qui faisoit honneur à là nation languissoit dans une obscurité peu éloignée de l'indigence. Peut-être étoît-ce de sa faute ; car il étoit très timide

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quand il s'agissoit de demander. Sans écre né sauvage, il aimoit la solitude ; et des goûts assez bizarres la lui rendoient encore plus chère. D'ailleurs il ne pouvoit suiyre une afl&ire , quelque légère qu'elle fût. Atcc cette négligence , et une sorte de crainte de se motitrer , comment améliorer sa fortune ? On Tavoit traîné dans le fond du Marais , où il h'avoit aucune connoissance. Au milieu de l'espèce d'oubli du monde et de Itii-méme , il trayailloit de temps en temps à sa tragédie , mais ayec tant d'indiffë^ rence, qu!elle n'eût peut-être jamais vu le jour, si la marquise de Pompadour n eût entrepris de ranimer une muse qui paroissoit totalement éteinte. Le désir qu'elle montra à Grébillon de lui voir finir son Catilina ^ et les encouragements de toute espèce qu'elle lui prodigua , le tirèrent enfin de sa léthargie. Il se remit à cette pièce, et retrouva tout son génie. Catilina enfin , mis en état de paroitre lorsqu'on ne l'espéroît plus , fut joué avec beaucoup de magnificence , le roi ayant voulu que tous lés habits des acteurs fussent à ses frais. Sa majesté avoit donné à Grébillon une pension de cent pistoles sur sa cassette , et une place à sa Bibliothèque.

Pour peu que l'on connoisse le théâtre, on conviendra que le sujet de Catilina est un de ceux qui promettent plus qu'ils ne rendent ; mais nous n'en devons pas moins avouer que Grébillon l'auroit traité avec plus d'avantage, si le principal objet de cette pièce eût été Rome . mise en danger par la fureur de Gatilina, et sauvée par les soins et la vigilance de Gicéron. Mais alors Gatilina auroit été nécessairement en sous-ordre ; et ce fut à quoi l'auteur ne put jamais consentir. Le portrait que Salluste fait de ce fameux scélérat l'a voit gâté : peut-être même Grébillon a-t-il cru que le caractère audacieux de ce conjuFé

lui fourniroit des traits plus analogues à son génie , plu» faits même pour le théâtre , que le caractère prudent et mesuré du consul; et cela n'est pas effectivement sans probabilité; Le sénat , Cicéron , tout , jusqu'au sujet même^ fut sacrifié au rôle de Catilina.

Le projet de l'auteur aVèit été de mettre cette tragédie en sept actes , ne croyant pas pouvoir lui donner moinà d'étendue. Il entroit dans son |)lan beaucoup plus de àis^ eussions politiques que n'en peut admettre le théâtre ; et il devoit y avoir aussi plus d'action. La scène du serment sur le sang humain ^ qui étoit dans son premier plan y et auroit été d'un effet si terrible , fut supprimée. Ce n'étoit pas que l'auteur ne sentît tout ce qu'il en pouvoit tirer^ mais, pour la placer, il auroit fallu retourner tout sor plan ; et c'est à quoi il ne put se résoudre.

On n'a guère vu au théâtre d'assemblée plus nombreuse, et en même temps plus choisie , que celle qui se trouva à la première représentation de cette tragédie. La grande célébrité de son auteur, l'idée qu'on s'étoit faite de la pièce par les fragments qu'on lui en avoit entendu réciter, le temps qu'il avoit mis à la composer, où, pour parler plus juste, le temps depuis lequel il la promet toit , l'étonnément de la voir finie , son grand âge , tout fut pour le public une raison de s'y porter avec la plus grande afQiience. Le premier acte, un des plus beaux qu'il y ait auihéâtre, fut applaudi avec transport. Catilina , accusé par une maîtresse fière et jalouse, sembloit annoncer un grand intérêt , dont cette pièce, du côté de l'amour, ne parpissoit pas susceptible ; mais malheureusement Grébillon ne lira pas du caractère de Fulvie , ni de la situation dans laquelle il l'avoit mise, tout le parti qu'il en pouvoit tirer. Fulvie '^disparoît, sans aucune bonne raison, pour faire place à

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des personnages qui, n'étant pas du fond du sujet, n'y peuvent être fort importants. On reprocha aussi à Fauteur quelques longueurs , qu'on n'y retrouva plus à la seconde représentation. La pièce alors, malgré ses défauts, jouit d'un plein succès , et fut jouée vingt fois de suite. Elle a depuis été reprise avec les mêmes applaudissements ; et l'on ne craint point de dire qu'elle seroit peut-être la plus belle de toutes celles de notre poète , s'il y eût mis plus d'action , et que , pour faire de Gatilina son principal héros , il n'eût pas dégradé ce même Cicéron , à tous égards si supérieur à l'homme auquel il est ici subordonné.

Le dialogue de cette tragédie est presque partout d'une extrême simplicité quant à la partie du style ,' et rempli en même temps des traits les plus forts , et de la plus grande majesté. Probus, parlant à Fulvie, lui adrçssoit ces vers, que l'auteur fut obligé de retrancher, de peur de quelque application :

Vous n'aimâtes }amaîs : votre coçnr insolent Tend bien moins h Famour qu^à subjuguer l'amant. Qu'on vous fasse régner , tout vous parottra juste : Et vous mépriseriez Famant le plus auguste y S'il ne sacrifioit au pouvoir de vos yeux Son honneur, son devoir , la justice et les dieux.

G'étoit à madame de Pompadour que Fon devoit la tragédie de CatîHna; ce fiit sous les mêmes auspices, qu'à soixante-seize ans , âge où les plus grands hommes sont éteints, Crébillon commença le Triumvirat; cette puissante protectrice eût mieux servi la gloire de l'auteur de Rfiada' misthey en le récompensant de ses travaux anciens , qu'en lui en conseillant de nouveaux : sa muse octogénaire ne recueillit de ce dernier ouvrage que des marques de respect, que le public , peu reconnoissant, n'accorde pas toujours

à ceux qui, avec It désir de lui plaire, neû ont pas conserve les moyens.

Après le Triumvirat , il commença une autre tragédie toute d'imagination : elle devoit être intitulée CUomede. L'auteur n'a point fait de pièce où les événements tragiques soient plus accumulés , qu'ils paroissent devoir l'être dans celle-ci. On eùt dit qu'en travaillant encore à cet âge, il vouloit se dédommager des années perdues. Crébillon n'a fait que les trois premiers actes de cette tragédie , qu'une main infidèle et servile lui a dérobés quelques jours avant sa mort. Ceux à qui l'auteur les avoit communiqués étoient étonnés de ce que son talent lui foumissoit encore à l'âge de quatre-vingt«-cinq ans.

Crébillon avoit une façcm singulière de travailler. Jamais il n'a écrit le plan d'aucun.e de ses tragédies , si l'on en excepte Xerxesy qui n'est assurément pas la mieux conduite. Son génie ne souffroit point d'entraves; et plus de méthode l'auroit gêné. Il u'écrivoit même jamais ses pièces que lorsqu'il falloit les donner au théâtre. Quand il présenta aux comédiens la tragédie de Catilina , on sait qu'il la leur récita toute de mémoire. Si on lui faisoit quelque critique qu'il crût devoir adopter , l'endroit critiqué s'effaçoit totalement de sa tête; il n'y restoit plus que ce qu'il y avoit substitué. Sa mémoire étoit prodigieuse ; jamais il n'avoit rien oublié de ce qu'il avoit appris. Dans ses dernières années même il savoit encore très bien le latin , quoique depuis la sortie de ses classes il n'en eùt fait que très peu d'usage., Il connoissoit parfaitement ses poètes ; mais on ne s'en apercevoit que quand il y étoit forcé. Il faisoit grand cas des anciens , et spécialement des Grecs , mais sans aucune espèce d'idolâtiîe , sachant apprécier ses modèles et ses maîtres. On en a la preuve dans

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son Electre , dont les beautés sentent la noblç simplicit<i de l'antique , mais sans affectation , sans une servile imita-^ tion. Ce poète désapprouToit Vabus que nous faisons de l'amour dans nos tragédies , et ne l'y trouvoit placé que quand il est la cause , comme dans celles de Racine , de tous les événements. Crébillon ^ reprochoit de n'avoir pas osé bannir cette passion de sa tragédie SAtrée. S'il eût pu se résoudre à revenir sur lui-même , il ne l'y auroit pas laissé subsister.

Les romans, et surtout ceux de La Calprenède, étoient sa lecture favorite ; il disoit en avoir tiré d'utiles ressources pour la composition de ses tragédies. C'étoitlà, sans doute, <ju'il avoit puisé ce goût pour les déguisements des pereonnages , mbyen très fréquemment employé par lui , et qu'on lui a reproché. Il avoit une passion tellement prononcée pour cette sorte d'ouvrages , qu'il employoit des journées entières à en composer ; mais sa paresse, aidée d'une prodigieuse mémoire , l'empêcha toujours de les confier au papier. Un jour qu'il étoit fort occupé d'un de ces romans, dont la création charmoit sa solitude, quelqu'un entra che2 lui brusquement : « Ne me troublez point, lui cria-t-il, je « suis dans un moment intéressant ; je vais foire pendre un « ministre fripon , et chasser un ministre imbéçille. »

Quoique d'un caractère grave et sérieux , au point d'être accusé lui-même de la noirceur qu'on trouvoit dans ses ouvrages, il avoit de la gaîté dansFesprit. Étant tombé dangereusement malade , son médecin , homme fort prévoyant, lui demanda les deux actes de Catilina qui n'étoit point encore achevé. L'auteur lui répondit par ce vers de Rhadamisthe :

Ah ! doit-«on hériter de ceux qu\>a assassine !

Depuis plus de cinquante ans , Crébillon s'étoit adonné à fumer du tabac; et la quantité qu'il en fiunoit en un jour paroîtroit incroyable à ceux qui ne Tout pas connu. Comme il lie pouvoit pas fumer partout, il n'alloit volon* tiers que chez les personnes qui lui accordoient cette li* berté; et c'est une des plus fortes raisons qui le faisoient viv^re dans la solitude.

Crébillon étoit grand, bien fait , avoit Vàir noble , et un très beau caractère de tête , surtout quand il Tavoît nue. C'est ainsi qu'il a été peint par de La Tour, dans un portrait exposé au salon , et sur lequel Lemoyne a fait son buste. Crébillon avoit les yeux bleus , grands et pleins de feù. Ses sourcils, quoique blonds , étoient fort marqués. 11 les fronçoit volontiers , ce qui lui donnoit quelquefois un air dur. Quoique ne impatient, et même un peu colère, il étoit fort doux; et ceux dont il croyoit avoir le plus à se plaindre , rentroient aisément en grâce auprès de lui. Il étoit très aisé à vivre, trop peut-être sur la fin de sa vie, que le poids des années, le retenant chez lui, Tavoit rendu peu difficile sur le choix de ses sociétés. Avec l'air sérieux et même mélancolique , il avoit de la gaîté , et se permettoit des propos très badins, ou quelque chose de plus. Mais il haïssoit l'épigramme; et s'il lui en échappoit quelquefois , elles étoient du tonde son esprit , c'est-à-dire fortes et nerveuses. Il méprisoit la satire. « Jugez à quel point «elle est méprisable (disoit-il à un jeune homme qui <i étoit venu lui lire un ouvrage de ce genre) , puisque « vous y réussissez même à votre âge. » Aussi jamais n'at-il écrit contre personne ; on n'a connu de lui , dans le genre de la critique, qu'une espèce de fable en vers marotîcjiiés, contre celles de La Mothe. Cet ouvrage étoit plein d'imagination , de gaîté et de modération. Mais , loin

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de le destiner à Fimpression , Fauteur ne Fa pas seulement acheyé. II n'a composé que très peu de ces pièces qu'on nomme Jkgitkfes. Sa façon de vivre fort retirée, Féloignoit de ces agréables bagatdles , plus encore que le genre de son esprit. Il avoit autrefois entrepris un assez grand ouvrage, intitulé Maximes pour les Roisj qui n'a pas non plus été fini. On n'a retrouvé dans ses papiers, ni cet écrit, ni la £sd>le sur M. de La Mothe.

Crébillon étoit simple dans ses mœurs. Né ss^ns vanité , il parloit l'arement de lui-même , et n'a jamais pu supporter la louange en face. Dans les derniers mois de sa vie , s'étant fait lire ses ouvrages , il n'en dissimula ni les beautés , ni les défauts, et se jugea enfin aussi impartialement qu'il jugeok les autres , conservant jusqu'à la fin de sa vie un sentiment et un tact extrémeçient sûrs.

Jamais Crébillon ne cpnnut la jalousie ^ et ne fit plus de cabales contre les autres que de brigues pour lui-même. Le jour de la première représentation de CatUina , les comédiens craignant un parterre Ut)p nombreux , déterminoient avec lui la quantité de billets que l'on devoit distribuer. Beaucoup de personne en soUicitoient d'avance. Un homme attaché de très près par le sang à Crébillon, lui en demanda pour tjuelques amis. « Morbleu! monsieur, « lui répondit-il , vous savez bien que je ne veux pas que % personne se croje dans l'obligation de m'applaudir ! Eh! « mon Dieu , lui répliqua-t-on , ne craignez rien à cet égavd ; « ceux pour qui je vous demande des billets ne vous en Cl feront pas plus 4^ grâce , pour les tenir de vos mains , « je puis fixx réponàt^. » -— « Puisque cela est , vous en <t aurez. »

Il ne faisoit jamais de visites, et ne coivprenoit pas, dboit-il , comment on pouvoit en faire. Rien non plus

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R^toit plus difficile que d'obtenir de lui une réponse, quand on lui écrivoit. Tous les petits devoirs de la société lui étoientx>néreux; mais il avoit l'équité de ne pas s oflenser qu'on s'en dispensât à son égard. JLa dissipation dans laquelle on l'a Yu TÎYre, surtout après le succès de Rhada^ misthe ; son silence sur ses prc^es ouvrages ; son ton dans le monde, fort éloigné de celui de ses écrits; la jalousie peut-être dex}Ale^ues auteurs moins accueillis du public, ont lai(t dire tr^s long-temps ^u'il n'étoit que le prêtenom vde ses oeuvres. Gouune on ne pouvoit les aitribuer à aucun auteur connu , ce lut à un chartreux qu'qn jugea à prcKpos >d'^en faire les honneurs ; et ce chartreux , disoit-on , étoit un de ^es parents. ' Ce bruit assurément étoit dénué de vraisemblance. ÇF^âkm ne ocmnoissoit personne aux Chartreux ; et .sopi goÀt pour la soiîtude ne lavoit pas même x»>nduit dans leur jardin trois fois en sa vie ; mais il n'en éprouva p^s moins pendant quelque temps, que les bruits les plus mal fondés ne manquent jamais d'être accrédités parla méchai^eté, et adoptés parla sottise. Quand on le vit rester sur Cati^ina^ on répandit que le chartreux étoit mort , «t que c'étoit la cause du silence de-Créfaillon. Lorsque <^te tragédie parut, <m n'eut pas la hardiesse de ressusciter le défunt ; ^ la pièce resta à son véritable auteur. La manière 4ont il parioit de son art dénotoit un très grand poète tragique. On venoit quelquefois le consulter sur des ouvrages de ce ganse : quand le sujet étoit mal choisi , ou décéloit peu 4e tulei^ , il «e contentoit d'exhorter l'auteur à ne pas^trerdanfi<^te carrière. Qans le cas contraire , loin de dire simpleipent son avis , il raisonnoit

> a Ne sericz-vous point le .chartreux qui fit mes pièces ? d ,^it-il à un jeune homme qui lui répéta sur-le-champ plusieurs tirade.s d'une, scène ^rés Favoir entendu réciter une seule fois.

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sur Touvrage , refondoit même tout le plan , et quelquefois le rendoit tel, qu'il eût fallu avoir son génie pour le traiter avec succès. Il s'étoit proposé de donner des rér flexions sur la tragédie; et c'est une perte pour le public que ce projet n'ait pas été exécuté. Mais pour cela, il auroit fallu écrire ; et c'étoit une chose à laquelle on ne pouvoit le déterminer.

Çrébillon, étant directeur de l'Académie , eut deux fois^ l'honneur de haranguer Sa Majesté; la première, le ïy novembre 1744 > et l'autre en 1745. Dans ces deux occasions , il parla au roi avec une noble assurance , et quelqu'un lui paroissant étonné de ce que la présence du monarque ne .l'avoit point intimidé : « Eh ! pourquoi , répon- « dit-il, aurois-je été embarrassé de parler à un prince « qui ne peut faire trembler ses sujets que de la crainte « de le perdre? » Sa majesté écouta avec une extrême bonté, et les deux discours prononcés devant ^e , et les vers qui les suivirent.

Le roi £iisoit à Grébillon une gratification annuelle de 600 livres , et une pension de 4oo livres sur ses bâtiments. C'étoit pour le dédommager d'un logement qu'on lui avoit donné . dans une de . ces maisons de la coiu* du vieux Louvre 9 abattues depuis pour achever ce superbe palais. Sa majesté lui accorda encore une pension de 2000 livres sur le Mercure de France,

Grébillon dormoit peu , et le plus souvent à l'heure où les ^autres veillent. Il étoit grand mangeur ; mais les aliments les plus simples , et même les plus grossiers , étoient le plus de songoùt On ne pouvoit être couché plus diurement; en ce point il auroit pu le disputer aux anachorètes mêmes , et l'emporter peut-être sur eux. On lui connoissoit autrefpis beaucoup d'amour pour les beaux

meubles et surtout pour la parure ; qu'on se rappelle ce couplet de Rousseau :

Quel brillant habit, Grébillon! etc.

A la &çon dont oti l'a vu à sa mort, on n'auroit pas imaginé qu'il eût jamais atti^hë un si grand prix à toutes ces choses.

Tous les malheureux avoient des droits sur son cœur j les bêtes mêmes, surtout si elles sou£&oient, excitoient sa commisération. C'étoit par. ce principe, que sa maison ' étoit remplie de chiens et de chats, dont la figure et les infirmités prouvoient l'excès de sa compassion.

Vingt ans avant sa mort , Grébillon fiit attaqué d'un érysipèle aux jambes. Ce mal ne fut pas regardé comme dangereux , parce qu'il fluoit ; mais on avertit le malade de prendre garde que cette humeur ne cessât de couler. Quelquefois il songeoit à lentretenir; d'autrefois il y faisoit moins d'attention. Sur la fin de décembre de l'année 1761 , étant dans une maison d'ami, il tomba dans une espèce de syncope , qui parut annoncer une dangereuse maladie. En même temps ses jambes se fermèrent ; mais comme cet accident lui étoit déjà arrivé plus d'une fois et n'avoit rien amené de sinistre , le malade ne crut pas devoir s'en inquiéter, ni changer de régime. Sa santé parut même se raffermir assez pour faire espérer que cette maladie tie seroit pas sa dernière; et peut-être, en effet, ne l'eût-elle pas été , si l'on eût pu le résoudre à se ménager. Mais loin de s'assujettir au régime prescrit , il ne changea rien à une manière de vivre dans laquelle une longue habitude l'avoit confirmé , et que la force de son tepipéra-*

' Rue des Doue-Portes , au Marais.

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ment lui avoit jusques-là fait soutenir. Aussi sou état ne fit-il qu'empirer; et il mourut après une agonie assez douce y le jeudi 17 juin, à neuf heures du soir, âgé de près de quatre-vingt-huit ans et demi. Il fiit inhumé dans l'église de Saint-Gervais sa parois^ , laissant un fils à qui , sans les bienfaits du roi , il ne s^it resté exactement que le nom de son père , et sa propre réputation.

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