ODE SUR LA MORT
Les torches à la main , échauffant le carnage, Bellone sur les morts se frayant un passage , De rivières de sang inonde les autels : . .
L'Amour, qui sous des fleurs masque sa perfidie ,
D une main plus hardie , Sacrifie à la mort des milliers de mortels.
Dans ces funestes lieux , quel vieillard respectable A dévoué le ^emps au Trépas indomptable ?
Le sceptre des beaux-arts éclate dans sa main ; Sa voix rappelle au jour les monarques célèbres ,
Quiides séjours funèbres S'empressent à l'envi de passer dans son sein.
Maître des passions qui capUvent notre âme, Il rémeut à son gré, Fattendrit, ou FenflaïAme : Quoi ! la Mort a sur lui levé ses bras Vengeurs ! Cruelle Mort / arrête ! ... Il se débat , il tom]>e ;
Et la nuit de la tomb,e L'enferme pour toujours , et le cache à nos pleurs.
Dérobez^^, ô François ! vos honteuses alarmes : , Cet instant que le peuple envisage avec larmes , Est répreuve de Thomme , et l'instant du héros : Tant qu'il traîne ici-bas les chaînes de la vie,
Les voiles de l'Envie Obscurcissenjt toujours l'éclat de ses travaux.
Mais sitôt que son âme , à ses destins fidèle , Dépouillant les dehors de sa forme mortelle , Va boire le nectar dans la coupe des dieux j , Alors des sentiments le cœur est l'interprète ,
Et sa cendre muette Est même respectable à l'œil de l'envieux.
Immortel Crébillon , les Filles de mémoire Ont fixé pour jamais les degrés de ta gloire : Ton no/n des plus fameux égale la hauteur.
Eh ! qui sut mieux que toi des fils de Melpomène
Déployer sur la scène De forfaits inouis la surprenante horreur ?
Ce monstre au cœur de fer , c'est l'inflexible Atrée : Voyez de quelle main y par le crime assurée , Il présente à son frère un vase horrible, af&eux. Tu demandes ton fils , infortuné Thyeste :
• .0 vengeance funeste !
Ton fils est tout entier dans tes flancs malheureux.
Quel sang vient de couiner dans les murs de Mycène? Un couple scélérat , réuni par la haine , Dans le sein maternel enfonce le couteau.
Tremblez , fils inhumains ; le souffle des Furies
Dans vos âmes impies Du remords dévorant allume le flambeau ! .
Que les soins d'Isménie ' ont à mes yeux de charmes !
D'un époux criminel enchaînant les alarmes ,
De ses cruels malheurs elle adoucit lé faix ;
Mais les dieux Font marqué du sceau de leur colère ,
Et la main de son père, Par des forfaits plus grands, venge encor ses forfaits.
Ainsi de la terreur aux humains si fatale , Tu sais nous faire aimer la pompe sépulcrale; Avec des flots de sang tu fais couler nos pleurs. Quoi î * de l'ambition tu sotides les abîmes ,
, ^ La tragédie de Rhadamisthe.
* Celle de CatUinà.