ACTE I, SCÈNE IL
Mon implacable cœur l'y poursuivroit encore, S'il pouvoit s'y venger d'un traître que j'abhorre. Après l'indigne affront que m'a fait son amour, Je serai sans honneur tant qu'il verra le jour. Un ennemi qui peut pardonner une offense , Ou manque de courage, ou manque de puissance. Rien ne peut arrêter mes transports furieux : Je voudrois me venger , fut-ce même des dieux. Du plus puissant de tous j'ai reçu la naissance j Je le sens au plaisir qu,e me fait la vengeance. Enfin mon cœur se plaît dans cette inimitié ; Et s'il a des vertus , ce n'est pas la pitié. Ne m'oppose donc plus un sang que je déteste j Ma raison m'abandonne au seul nom de Thyeste : Instruit par ses fureurs à ne rien ménager , * Dans les flots de son sang je voudrois le plonger. Qu'il n'accuse que lui du malheur qui l'accable ; Le sang qui nous unit me rend-il seul coupable ? D'un criminel amour le perfide enivré , A-t-il eu quelque égard pour un nœud si sacré ? Mon cœur, qui sans pitié lui déclare la guerre. Ne cherche à le punir qu'au défeut du tonnerre.
EtJRiSTHiNE.
Depuis vingr ans entiers ce courroux affaibli Sembloit pourtant laisser Thyeste dans l'oubli.
ATRÉE
Dis plutôt qu'à pimir mon âme ingénieuse Méditoit dès ce temps une vengeance affreuse : Je n'épargiîois l'ingrat que pour mieux l'accabler : C'est un projet enfin à te faire tracabler.
i38 ATRÉE ET THYESTE. •
Instruit des noirs transports où mon âme est livrée.
Lis mieux dans le secret et dans le cœur d'Atrée :
Je ne veux découvrir l'un et l'autre qu'à toi;
Ebje te les cachois , sans soupçonner ta foi.
Écoute. Il te souvient de ce triste hyménée
Qui d'iErope à mon sort unit la destinée :
Cet hymen me mettoit au comble de mes vœux ;
Mais à peine aux autels j'en eus fontié les nœuds.
Qu'à ces mêmes autels , et par la main d'un frère, :
Je me vis enlever une épouse si chère.
Tes yeux furent témoins des transports de mon cœur :
A peine mon amour égaloit ma fureur ;
Jamais amant trahi ne l'a plus signalée.
Mycènes, tu le sais, sans pitié désolée.
Par le fer et le feu vit déchirer son sein;
Mon amour outragé me rendit inhumain.
Enfin par ma valeur ^rope recouvrée.
Après un an revint entre les mains d'Atrée.
Quoique déjà l'hymen , ou plutôt le dépit.
Eussent depuis ce temps mis une autre en mon lit ,
Malgré tous les appas d'une épouse nouvelle ,
£rope à mes regsg^ds n'en parut que plus belle.
Mais en vain mon amour brilloit de nouveaux feux.
Elle avoit à Thyeste engagé tous ses vœux ;
Et liée à l'ingrat d'une secrète chaîne ,
^rope, le dirai-je? en eut pour fruit Plisthène.
EURISTHENE.
Dieux I qu'est-ce que j'entends! Quoi! Plisthène, seigneur. Reconnu dans Argos pour votre çuccesseut , Pour votre fils , en§n ?