‹ Œuvres de Crébillon (volume 2)Chapitre 73 sur 287 · ACTE I, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE II

ATRÉE

C'est lui-même , Euristhène :

C'est ce même guerrier , c'est ce même Plisthène Que ma cour aujourd'hui croit encor, sous ce nom , , Frère de M énélas , frère d'Agamemnon.

Tu sais, pour me venger de sa perfide mère , A quel excès fatal me porta ma colère :

Heureux , si le p^son qui servit ma fureur De mon indigne amour eût étouflfé l'ardeur !

Celui de l'infidèle éclatoit pour Thyeste Au milieu des horreurs du sort le plus funeste. Je ne puis sans frémir y penser aujourd'hui : iErope , en expirant , brûloit encor pour lui j Voilà ce qu'en un mot surprit ma vigilance A ceux qui de l'ingrate avoient la confidence.

( Il lui montre une lettre d'.£rope. } LETTRE D'jEROPE.

« D'Atrée en ce moment j'éprouve le courroux , « Cher Thyeste, et je meurs sans regretter la vie : « Puisque je ne l'aimois que pour vivre avec vous , (c Je ne murmure point qu'elle me soit ravie, a Plisthène fut le fruit de nos tristes amours : « S'il passe jusqu'à vous, prenez soin de ses jours; « Qu'il fasse quelquefois ressouvenir son père « Du malheureux amour qu'a voit pour lui sa mère. »

Juge de quels succès ses soins furent suivis :

Je retins à la fois son billet et son fils.

Je voulus étouffer ce monstre en sa naissance ,

Mais mon cœur plus prudent l'adopta par vengeance;

i4o ATRÉE ET THYESTE.

Et, méditant dès lors le plus affreux projet.

Je le fis au palais apporter en secret.

Un fils venoit de naître à la nouvelle reine :

Pour remplir mes projets, je le nommai Plisthène,

Et mis le fils é'JEvope au berceau de ce fils.

Dont depuis m'ont privé les destins ennemis.

C'est sous un nom si cher qu'Argos l'a vu paroître.

Je fis périr tous ceux qui pouvoient le connoître ;

Et, laissant ce secret entre les dieux et moi ,

Je ne l'ai jusqu'ici confié qu'à ta foi.

Après ce que tu sais, sans que je te l'apprenne.

Tu vois à quel dessein j'ai conservé Plisthène,

Et , puisque la pitié n'a point sauvé ses jours ,

A quel usage enfin j'en destine le cours.

EURISTHÈNE.

Quoi ! seigneur, sans fi'émir du transport qui vous guide. Vous pourriez réserver Plisthène au parricide ?

ATRÉE

Oui , je veux que ce fruit d'un amour odieux

Signale quelque jour ma fureur en ces lieux ; . '

Sous le nom de mon fils , utile à ma colère ,

Qu'il porte le poignard dans le sein de son père ;

Que Thyeste en mourant , de son malheur instruit ,

De ses lâches amours reconnoisse le fruit.

Oui , je yeux que , baigné dans le sang de ce traître ,

Plisthène verse un jour le sang qui l'a fait naître ,

Et que le sien après, par mes mains répandu.

Dans sa source à l'instant se trouve confondu.

Contre Thyeste enfin tout paroît légitime.

Je n'arme contre lui que le fruit de son crime :

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