‹ Œuvres de Crébillon (volume 2)Chapitre 76 sur 287 · ACTE I, SCÈNB%IIL i4î · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNB%IIL i4î

L'affront est grand , l'ardeur de s'en venger extrême : , Jurez-moi donc, mon fils, par les dieux, par moi-même , ( Si le destin pour nous se déclare jamais ) Que vous me vengerez au gré de mes souhaits.

Oui , je puis m'en flatter, je connois trop Plisthènej Plus ardent que moi-même, il servira ma haine j A peine mon courroux égale son grand cœur :

Il vengera son père.

PLISTHÈNE.

En doutez-vous , seigneur ?

Eh! depuis quand ma foi vous est-eUe suspecte? Avez-vous des desseins que mon coeur ne respecte? Ah ! si vous en doutiez, de mon. sang le plus pur....

ATRÉE

Mon fils, sans en douter je veux en être sur. Jurez-moi qu'à mes lois votre main asservie Vengera mes affronts au gré de mon envie.

' PLISTHÈNE.

Seigneur, je n'ai point cru que pour servir mon roi

Il fallût exciter ni ma main ni ma foi.

Faut-il par des serments que mon cœur vou» rassure ?

Le soupçonner, seigneur, c'est lui faire une injure :

Vous me verrez toujours contre vos ennemis

Remplir tous les devoirs de sujet et de fils.

Oui , j'atteste des dieux la majesté sacrée ,

Que je serai soumis aux volontés d'Atrée ;

Que par moi seul enfin son courroux assouvi

Fera voir à quel point je lui suis asservi.

ATRÉE

Ainsi, prêt de punir l'ennemi qui m'offense^

i44 ATR^E ET THYESTE.

Je puis tout espérer de votre obéissance ; Et le lâche y à mes yeux par vos mains égorgé^ Ne triomphera plus de m'avoir outragé.

Allez : que votre bras, à FAtlique funeste^ S'apprête à m'immoler le perfide Thyeste.

PLISTHiNC.

Moi , seigneur ?

ATREE.

Oui , mon fils. D'où naît ce changement ?

Quel repentir succède à votre empressement ?

Quelle étoit donc l'ardeur que vous faisiez paroître? Tremblez-vous lorsqu'il faut me délivrer d'un traître ?

PLISTHÈNE.

Non. Mais daignez m'armer pour un emploi plus beau : Je serai son vainqueur, et non pas son bourreau. Songez^vous bien quel nœud vous unit l'un et l'autre? En répandant son sang , je répandrois le vôtre. Ah! seigneur! est-ce ainsi que l'on surprend ma foi?

ATRÉE

Les dieux m'en sont garants ; c'en est assez pour moi.

PLISTHENE.

Juste ciel I

ATRÉE

J'entrevois dans votre âme interdite De secrets sentiments dont la mienne s'irrite. Étouffez des regrets désormais superflus; Partez , obéissez , et ne répliquez plus.

Des bords athéniens j'attends quelque nouvelle. Vous cependant volez où l'honneur vous appelle :

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