‹ Œuvres de Crébillon (volume 2)Chapitre 87 sur 287 · ACTE II, SCÈNE m. î6i · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE m. î6i

THYESTE

Seigfienr^ c'est dans l'Asie, Où je vais tarmine' ma dëfJorable vie , Espérant aujourd'hui que Vie votre l)onte J'obdetidrai le seooim» que les flots m'ont ôté. Daignez.. ••

ATREE.

Quel son de voix a frappé mon weille ! , Quel transport tout à coup dans mon cœur se réveille ! D'où naissent à la foîs des troubles si puissants ? Quelle soudaine horreur s'empare de mes sens ! Toi qui poursuis le crime avec un soin extrême, Ciel , rends vrais mes soupçons , et que ce soit lui-même I Je ne me trompe point, j'ai reconnu sa voix; Voilà ses traits encore» Ah ! c'est lui que je vois. Tout ce déguisement n'est qu'une adresse vaine ; Je le reconnoîtrois seulement à ma haine.

ïl fait pour se cacher des efforts superflus : C'est Thyeste lui-même , et je n'en doute plus.

THYÈSTE.

Moi Thyeste , seigpaeur !

ATREE.

Oui , toi-même , perfide :

Je ne le sens que trop au tran^ort qui me guide; Et je hais trop Tobjet qui paroit à mes yeux , Pour que tu ne sois point ce Thyeste odieux.

Tu fais bien de nier un nom si méprisable :

En est-41 sous le cid un qui soit plus coupable ?

THYESTE

Eh bien] reconnois-moi : je suis ce que tu veux ^ .

i6a ATRÉE ET THYESTE.

Ce Thyeste ennemi , ce frère malheureux.

Quand même tes soupçons el ta haine funeste N'eussent point découvert l'infortuné Thyeste, Peut-être que la mienne, esclave malgré moi , Aux dépens de tes jours m'eût découvert à toi.

ATREE.

Ah ! traître I c'en est trop : le courroux qui m'anime T'apprendra si je sais comme on punit un crime. Je rends grâces au ciel qui te livre en mes mains : Sans doute que les dieux approuvent mes desseins. Puisque avec ma fiireur leurs soins d'intelligence T'amènent dans des lieux tous pleins de ma vengeance. Perfide, tu mourras : oui , c'est fait de ton sort; Ton nom èeul en ces lieux est l'arrêt de ta mort. Rien ne t'en peut sauver, la foudre est toute prête; J'ai suspendu long-temps sa chute sur ta tête : Le temps, qui t'a sauvé d'un vainqueur irrité, A grossi tes forfaits par leur impunité.

THYESTE

Que tardes-tu, cruel, à remplir ta vengeance? Attends-tu de Thyeste une nouvelle offense ? Si j'ai pu quelque temps te déguiser mon nom. Le soin de me venger en fut seul la raiscm :

Ne crois pas que la peur des fers ou du suppEce Ait à mon cœur tremMant dicté cet artifice.

iErope par ta main a vu trancher ses jours ; La même main des miens doit terminer le cours : Je n'en puis regretter la triste destinée.

Précipite^ inhumain, leur course infortunée.

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