‹ uvres de Dante AlighieriChapitre 100 sur 106 · LE PARADIS. CHANT XXV · texte numérisé non relu

LE PARADIS. CHANT XXV

prit, et d'où elle te vient. )> Ainsi poursuivit encore la seconde lueur.

Et la femme pieuse qui avait guidé les plumes de mes ailes dans un si haut vol prévint ainsi ma réponse :

a L'Église militante n'a pas de fils qui espère plus, comme il est écrit dans le soleil qui rayonne sur toute notre foule :

» C'est pourquoi il lui a été accordé de venir d'Egypte pour voir Jérusalem, avant d'être libéré du service.

» Les deux autres points que tu as demandés, non pour les savoir, mais pour qu'il redise combien cette vertu t'est thère,

» Je les lui laisse; car ils ne lui seront pas difficiles ni lujets de jactance; et qu'il réponde à cela, et que la grâce ie Dieu le lui permette. »

Conmie un écolier qui répond au maître avec empressement at plaisir sur ce en quoi il est expert, afin que son mérite se révèle.

Je dis : a L'espérance est une attente certaine de la gloire future , que produisent la grâce divine et les mérites antérieurs* ;

» Cette lumière me vient de plusieupî» étoiles; mais celuilà la versa le premier dans mon cœur qui fut le chantre souverain* du souverain Maître.

» Qu'ils espèrent en toi, dit-il dans son cantique, ceux qui savent ton nom : eh ! qui ne le sait pas, s'il a ma foi ?

» Tu m'as tant inondé de son onde dans ton épître, que j'en suis plein, et que je repleus votre pluie sur autrui. »

Tandis que je parlais, au sein vif de cet incendie tremblait une flamme prompte et fréquente Cvimme un éclair.

Puis elle me dit : « L'amour dont je brûle encore pour la vertu qui me suivit jusqu'au martyre et jusqu'à l'issue d\> champ de bataille,

' Est spes certa expectalio fulune beatiludinii tcdu n* ex Del gralià et meritit pnecedeniibat. (PtEKRC Lombaud.) »

* Darid : Spi-rocit m t» qui noveruDt nomcn luunc (Pt. 0.)

554 LA DIVIKE COMIÎDie.

» Veut vjue je te parle, à toi qui la chéris, et il me pkl^ que tu dises ce que l'espérance te promet. ^

Et moi : « Les nouvelles et anciennes Étrilurcs déterminent le but (les âmes que Dieu a adoptéiîs, et ce but se montre à moi.

Isaïe dit que chacune d'elles dans sa patrie sera vêtue d'un double vêtement, et sa patrie est cette douce vie.

)) Et ton frère ^ expose beaucoup plus distinctement cette révélation là où il traite des robes blanches. »

Et immédiatement après la lui de ces paroles on entendit au-dessus de nous Sperent in te, à quoi répondirent toutes les rondes.

Puis, parmi elles, une lueur resplendit tellement, que, si le Cancer avait une telle clarté, l'hiver amait un mois d'un seul jour.

Et comme se lève, et va, et entre en danse une jeune fille joyeuse, seulement pour faire honneur à la maiiée, et non pour faire aucune faute ;

'Ainsi je vis la splendeiu* illuminée venir vers les deux autres qui tournaient en rond comme il convenait à leur ardent amour.

Elle se mit du chant et de la note ; et ma Dame tint son regard sur elles comme une épouse silencieuse et immobile.

« C'est celui qui reposa sur le sein de notre Pélican \ et qui fut du haut de la croi\ élu au grand office ^. »

Ainsi ma Dame; et ses regards ne cessèrent pas plus d'être attentifs après qu'avant ses paroles.

Comme celui qui regarde et se figure voir s'éclipser un peu le soleil, et qui, à force de voir, finit par ne plus voir;

Tel je devins devant cette dernière flamme, tandis qu'il était dit : « Pourquoi t'éblouis-tu pour voir une chose qu n'a pas sa place ici?

• Saint Jean l'BTaogélisle.

' Jc&us-ChrisU

* Istc csl Jdliauues Evangelisla, qui ta oœoà Doiuini supra pcctus Jcïu-Ciirisli rccubuil, cui Cliristus io crucc pcndeus, matreiu suam virgiuem virgiui conusea. 4avil. (JoiiANN , 13.)

LE PARADIS. CHANT XXVI. 55l»

« Dans la terre mon corps est terre et sera tel avec les autres jusqu'à ce que notre nombre égale celui des desseins éternels.

» Les deux lueurs qui se sont envolées portent seules les deux vêtements dans ce bienheureux cloître ; et tu le rediras dans votre monde. »

A ces mots, la ronde enflammée s'apaisa avec le doujr laélange qui se faisait du son des trois voix :

Ainsi que, pour faire cesser la fatigue ou le danger, les rames, auparavant frappées sur l'eau, s'arrêtent toutes au son d'un sifflet.

Hélas ! combien je fus ému dans Fàme, quand je me tournai pour voir Béatrice, de ne pouvoir plus U voir, quoique je fusse

Près d'elle et dans I^^nioade bi^nheuïeux,!

CHANT xxvi.

Saint \e»u rSvaogéiisie examine le poeie «ur la Uoisl^me vertu tbéokigak, tnx \» Cbarilë. — Aux rè[>oDse* s:.ti&rai&aote8 de Dante, les Bienheureux répondent par une Uymne. — Ensuite AJaoi raconte an poëte le temps de sa félicité si d4 te» malheurs.

Tandis que j'tiésitais à cause de ma vue éblouie, voici que de la flamme éclatante qui l'avait éblouie sortit uoe voix qui me rendit attentif,

Disant: « En attendant que tu retrouves la vue que tu as perdue à me regarder, il est bon que tu t'en dédommages en pariant.

)) Commence donc et dis à quoi tend ton âme, et crois que la > ue en toi est égarée et non morte ;

» Car la femme qui te conduit dans colle divine région a dans le regard la vertu qu'eut la main d'Ananias ^ »

ie dis • « yu'à son gré et tôt ou tard vienne le remède à

' Bile rendit la toc è ulnt Paul.

mes yeux, qui fii/ent les portes par où elle entra avec le feu dont je brûle toujours.

» Ke bien qui rend cette cour contente est Valpha et Vomêga de tout ce que l'amour me dicte ou de facile ou de rude. )i

Cette même voix qui m'avait ôté la peur causée par mon éblouissement subit me donna encore l'envie de parler.

Et elle dit : « Il faut que tu te nettoies à un crible plus serré; il faut que tu dises ce qui dirigea ton arc vers un tel but ». »

Et moi : « C'est par des arguments philosophiques et par l'autorité qui descend d'ici que cet amour a dû se graver en moi.

» Car le bien, en tant que bien, dès qu'on le comprend allume l'amour, et d'autant plus qu'il contient en lui plus de bonté.

» Or donc, vers cette essence, dont l'avantage est tel, que quiconque se trouve en dehors d'elle n'est qu'un rayon de sa lumière,

» Doit se porter plus qu'ailleurs avec amour l'esprit de quiconque voit la vérité sur laquelle se fonde cette preuve;

» Cette vérité est dévoilée à mon intelligence par celui qui me démontre le premier amour de toutes les substances éternelles;

» Elles me la démontrent aussi les paroles du véridique créateur qui dit à Moïse en parlant de lui-même : Je te ferai voir le bien suprême *.

)) Tu me la démontres aussi en commençant l'annonce sublime qui proclame les secrets d'en haut au-dessus de tout tutrc héraut. »

Et j'entendis : « Au nom de l'intelligence humaine et de 'autorité qui est d'accord avec elle, garde pour Dieu le pîlus puissant de tes amours.

» Mais dis encore si tu sens d'autres cordes te tirer vers

' Saint Jean va interroger Dante sur l'Amour.

' Dixil -Moyscs ad Dominum : Ostendc inihi gloriara tuam. — Ego ostendam OOUM W>nun lilii. [Ezod., 33.)

LE PARADIS. CHANT XXVI. So"

lui, et déclare de combien de dents cet amour te mord. »

La sainte intention de Taigle du Christ * ne me fut pas cachée, et je devinai où il voulait amener ma confession;

C'est pourquoi je repris ; « Toutes les morsures qui peuvent tourner le cœur vers Dieu ont concouru à ma charité;

» Car l'existence du monde et mon existence, la mort qu'il subit pour que je vécusse et ce qu'espère tout fidèle comme moi,

» Ainsi que la vive connaissance dont il a été parlé, m'ont tiré de l'amer du mauvais amour, et m'ont déposé sur la rive du bon.

» Les feuilles dont se couvre tout le jardin du jardinier éternel sont aimées de moi en proportion du bien qu'il leur communique. »

Comme je me taisais, un chant très-doux retentit dans le ciel, et ma Dame disait avec les autres : Saint, Saint, Saint I

Et comme on se réveille à une lumière perçante, à cause du sens de la vue qui court à la clarté allant de membrane en membrane,

Et, réveillé, on a horreur de ce qu'on voit, tant est ignorant le réveil subit jusqu'à ce que le jugement lui vienne en aide,

Ainsi Béatrice chassa tout biouillard de mes yeux avec le rayon des siens qui brillait à plus de mille milles.

Alors je vis plus clair qu'auparavant, et, tout stupéfait, je demandai quelle était une quatrième lueur que je vis avec nous.

Et ma Dame : a Du milieu de ces rayons la première âme * que la première vertu ait jamais créée contemple avec joie •4)n créateur. »

Comme le feuillage dont le sommet fléchit au passage du ▼cnt et puis se lève par la propre force qui le redresse,

Ainsi fis-je, en m'éraerveillant, tandis au'cîile disait, et

* 81 m icao.

« i las.

ô58 LA DIVINE COMÉDIE.

puis je fus rassuré par un désir de parler dont je brûlais,

Et je commençai : « 0 fruit qui seul fus produit mûr *, ô anlique père, à qui chaque épouse est fille et bru.

» Aussi dévotement que je peux, je te supplie de me parler! Tu vois moa envie, et, pour t'enlendre plus tôt, je ne te la dis pas. »

Parfois un animal est si fort agité sous sa peau, qu'il faut que ses mouvements intérieurs se trahissent par ceux que fait son enveloppe ;

Et pareillement la première âme me faisait paraître à ers la lumière dont elle était revêtue avec quelle joie elle venait pour me complaire.

Puis elle dit : « Sans que ton envie ait été exprimée par .oi, je la discerne mieux que tu ne discernes la chose dont tu es le plus certain.

» Car je la vois dans le miroir véridique dont les autres choses sont le parhélie, et qui n'est le parhélie d'aucune.

i) Tu veux savoir depuis quand Dieu me plaça dans le jardin élevé où celle-ci t'a disposé à monter une si longue échelle,

» Et combien de temps il fut cher à mes yeux et la vraie cause du grand courroux, et l'idiome dont je me servis et que je lis.

» Or, mon fils, ce n^est pas d'avoir goûté de l'arbre qui fut en toi la cause d'un si long exil, mais seulement d'avoir transgressé l'ordi-e.

» Là * d'où la Dame a fait partir Virgile, je désirai ce séjour pendant quatre jnille trois cent deux révolutions du soleil;

« Et je le vis revenir à toutes les lumières de sa rout« neuf cent trente fois, pendant que je fus sur terre.

)) La langue qiui je parlai fut tout éteinte avant que les honnncs de Nembrod'* se fussent appliqués à l'œuvre iaterminal)le.

■ « Adam fut créé eo l'âge de 30 ans, et en stature parraite, et avec 1 «emcnt vi la perfection de tous ses sens. > (Grangier.)

• Les Limbes.

* Nembrud^ petil-iU de Gliain, qui éleva la tour de BabeL

LE PARADIS. CHANT XXVll. r>o9

• Car nul effet rai.on.nel ne fat à jamais durable, à .cause de la volonté de Thoinrae qui se renouvelle sous l'uifluence du ciel.

» Que l'homme parle, c'est un acte naturel; mais de telle ou telle manière, c'est ce que la nature vous laisse faire ensuite comme il vous plaît.

» Avant que je descendisse aux angoisses infernales, on appelait El * sur la terre le souverain bien d'où me vient la joie qui m'environne.

D On l'appela ensuite Eli; et cela devait être, car les usages des mortels sont comme les feuilles sur la branche qui s'en vont et font place à d'autres.

» Sur la montagne qui s'élève le plus au-dessus de l'onde je menai une vie pure, et coupable depuis la première heure jusqu'à celle qui est la seconde,

» Quand le soleil change de quartier à la sixième heure. »

CHANT XXVIl

IsportemeoU d« midi Pirrre contre In maavais pasteurs. -> Les SainU s'elèyent rt disparaiiseot. — Dante lui-même monte avec Béatrice à la neuvième spbore, appelée le Premier-Hobile. — La nature et U verto de cette spkère «igcricwy* liii sont déToilées.

a Gloire au Père, au Fils, au Saint-Esprit, » entonna tout le Paradis avec une telle douceur de chant, qu'elle m'enivrait.

Ce que je voyais me semblait un sourire de l'univers; car mon ivresse entrait par l'ouïe et par la vue.

0 joie î ô ineffable allégresse ! 6 vie entière d'amour et de paix î ô richesse assnréu ci aajis désir !

• Saint Uidore dit dans irs étymologie* : « Ptirona «foë HrWaos D«i n— w Cl dicitur i focaodum aon>Mi EuM est. »

Devant mes yeux les quatre flambeaux* se tenaient allumés, et celui qui était venu le premier commença à se faire plus brillant,

Et d'aspect devint tel que deviendrait Jupiter, si lui et Mars étaient des oiseaux et échangeaient leur plumage.

La Providence, qui répartit ici les temps et les emplois, avait de toutes parts imposé silence au chœur bienheureux,

Quand j'entendis : « Si je change de couleur, ne t'étonne pas , car , pendant que je parle, tu verras tous ceux-ci en changer.

» Celui qui sur terre usurpe ma place, ma place, ma place, qui est vacante devant le Fils de Dieu *,

)> A fait de mon cimetière un cloaque de sang et de pourriture, qui pour le pervers, tombé d'ici, est un soulagement là-bas. »

Alors je vis le ciel entier couvert de cette couleur dont soir et matin le soleil teint les nuages à l'opposite.

Et, comme une femme vertueuse reste sûre d'elle-même, et devient honteuse, rien qu'en écoutant la faute d'un autre.

Ainsi Béatrice changea d'aspect, et je crois qu'une telle éclipse eut lieu dans le ciel pendant la passion de la suprême puissance 3.

Puis il poursuivit en ces termes, d'une voix si changée, que son aspect n'avait pas changé davantage :

« L'épouse du Christ * ne fut pas nourrie de mon sang, de celui de Lin et de Clet ^ pour être habituée à acquérir de l'or;

» Mais c'est pour acquérir cette vie heureuse que Sixte et

' Saint Pierre, saint Jacques, saint Jean et Adam ; le (iremier arrivé était i Pierre.

•■•Soniface YIII, pape en 1300 :

Quegli ch' usurpa in terra il luogo miOy Il luogo mio, il luogo mio...

» Jesus-Chrisl.

« L'Église.

* Lia et Clet, papes des premiers tentp*.

LE PARADIS. CHANT XXVn. 561

Pie, Calixte et Urbain, versèrent leur sang après beaucoup de pleurs.

» Ce ne fut pas noire intention qu'une partie du peuple chrétien s'assît à la droite de nos successeurs, et une partie à la gauche;

» Ni que les clefs qui me furent confiées devinssent un signe sur l'étendard levé contre les baptisés;

» Ni que je fusse une empreinte de cachet sur des privilèges vendus et menteurs dont souvent je rougis et m'enflamme.

» Sous l'habit du pasteur on voit ici des loups rapaces ians tous les pâturages : ô justice de Dieu! pourquoi sommeilles-tu * ?

» Les gens de Cahors et de la Gascogne * s'apprêtent à boire de notre sang : ô bon commencement, à quelle fin faut-il que tu tombes ?

» Mais la haute providence qui, avec Sci pion, défendit à Rome la gloire du monde, le secourra bientôt comme j'imagine.

» Et toi, mon fils, que le poids mortel ramènera là-bas, ouvre la bouche et ne cache pas ce que je ne cache pas. »

Comme des vapeurs gelées floconnent du haut de notre air, quand la corne de la Chèvre du ciel touche le soleil.

Ainsi je vis en haut l'éther se parer et floconner de vapeurs triomphantes qui s'étaient arrêtées là avec nous.

Ma vue suivait leurs formes, et les suivit jusqu'au milieu où la dislance lui interdit d'aller plus avant.

C'est pourquoi ma Dame, qui vit que j'avais cessé de regarder en haut, me dit : « Baisse la vr p et regarde combien tu as tourné. »

Depuis^ l'instant où j'avais regardé pour la première fois, je vis que j'avais parcouru tout l'arc « qui fait du milieu à la On le premier cHmat,

Si bien que je voyais au delà de Cadix le passage insensé

' Exsurge, qaare obdormit, Domine ? (Pt. 43.)

■ Jean XXU elait de Cahors, et Clément V, de GascogM.

* Ven le tropique du Cancer, mIod Plolcmco.

d'I-lysse, et, en deçà, plus près, le rivage sur lequel Eiirop devint un si doux fardeau.

Et j'aurais découvert un peu plus de ce coin de terre; mai Me soleil s'avançait sous mes pieds, éloigné d'un signe et plus.

Mon esprit amoureux , qui courtise toujours ma Dame, brûlait plus que jamais de ramener les yeux sur elle.

Et si la nature et Tart firent des appâts pour prendre Tâme par les yeux, en chair humaine ou en peinture,

Tous réunis ne paraîtraient rien auprès du plaisir divin qui m'illumina quand je me tournai vers son visage sou* riant.

Et la force que me départit son regard m'arracha du beau nid de Léda *, et m'emporta dans le ciel le plus rapide.

Ses parties élevées et les plus rapides sont si uniformes, que je ne saurais dire celle aue Béatrice me choisit pour place.

Mais elle, qui voyait mon désir, se mit à parler avec un si joyeux sourire, que Dieu semblait se réjouir en elle.

« La nature du monde qui arrête le milieu et fait mouvoir tout le reste autour, commence d'ici comme de sa limite.

» Et ce ciel n'a pas d'autre espace que l'esprit divin auquel s'allume l'amour qui le fait tourner et la vertu qui le fait pleuvoir.

» La lumière et l'amour l'entourent d'un cercle, comme lui les autres j et cette enceinte, celui qui la forme la comprend seul.

)) Son mouvement n'est déterminé par aucun autre, mais celui des autres se mesure sur celui-ci, ainsi que dix sur sa moitié et sur son cinquième.

» Et à présent tu peux comprencfre comment le temps « ses racines dans ce vase, et son feuillage dans les autres.

» 0 cupidité, qui enfonces tellement les mortels soui

•Le si'^nc des Gémeaux, d'où le regard de Ee'alrice l'emporle au Premier Mobile, ou neuvième spiièrc, qui De doit boa mouvement à aucuo autre, osait le comr muoigue.

LE PARADIS. CHANT IXVIll. 565

toi, qu'aucun na le Douvoir d'élever les yeux hors de tes oudes !

» La Volonté fleurit bien dans les hommes, mais la pluie continuelle change en prunelles les vraies prunes.

» La foi et Tinnocence ne se trouvent que chez les petit*', enfants, puis chacune s'enfuit avant que les joues soient couvertes de duvet.

» Tel jeûne, bégayant encore, qui ensuite, la langue déliée, dévore toute nourriture sous toute' lune;

» Et tel, bégayant, aime et écoute sa mère, qui, parlant tout à fait, désire ensuite de la voir ensevelie.

» Ainsi de blanche au premier aspect devient noire la peau de la belle fille * de celui qui apporte le matin et laisse le soir.

» Toi, pour que tu ne t'en étonnes pas, sache que dur terre il n*est plus personne qui gouverne : aussi la famille humaine dévie.

» Mais avant que janvier tout entier sorte de Thiver, à cause du centième qui est négligé là-bas, les cercles supérieurs tourneront de telle sorte,

» Que la fortune, qui est si fort attendue, tournera les poupes où sont les proues, si bien que la flotte voguera droit ;

» Et le vrai fruit tiendra après la fleur. »

CHANT XXVni.

Le poêle anooDOe qa*il lui a e'Ui donné de Toir l'Essence divine. — Il aperçoit oa point njonnanlde la plus vive lumière, autour duquel tournaient neuf cerclea. ~ Alors Bi'atrice lui eipltqae comment les nenf cercles de ce monde ininleili» (pble corrctpofhtaient aux neaf sphères du monde sensible; puis elle lui parle de la kiérarchie des Anges.

Lorsque celle qui guide mon âme dans le Paradis m'eut dévoilé la vérité sur la vie présente des malheureux tnortelsy

' L'espèce humamc, fiUe do SoleU.

Comme dans un miroir la flamme d'un flambeau est vue de celui derrière qui elle s'allume, avant qu'il voie le flambeau ou qu'il y pense ;

Et comme il se retourne pour voir si la glace dit la vérité, 3t voit qu'elles sont d'accord, comme la note avec le« paroles;

Ainsi ma mémoire se souvint que je fis, en regardant dans les beaux yeux avec lesquels l'amour forma le lien qui m'a pris,

Et lorsque je me retournai et que les miens furent frappés de ce qui apparaît dans le ciel, chaque fois qu'on en observe l'étendue.

Je vis un point ' qui rayonnait d'une clarté si perçante, que, brûlé par elle, le regard doit se fermer à son tranchant aigu.

Et l'étoile qui d'ici paraît la plus petite paraîtrait une lune placée auprès de lui, comme une étoile auprès d'une étoile.

Autant peut-être que paraît distante de son cercle la lumière qui le trace, quand la couronne de vapeur est la plus épaisse,

A la même distance, autour du point, un cercle de feu tournait si vite qu'A aurait dépassé le mouvement le pliw prompt à faire le tour du monde.

Et il était entouré d'un autre, et celui-ci d'un troisième, et puis le troisième d'un quatrième, le quatrième d'un cinquième, et puis le cinquième d'un sixième.

Au-dessus d'eux tournait le septième, d'une si grande étendue, que la messagère de Junon serait trop étroite pour ic contenir tout entier.

Ainsi du huitième et du neuvième*; et chacun d'eux avait un mouvement plus lent selon que son chiffre était plus éloigné du premier,

Et celui-là avait 1& flamme la plus Umpide,qui était plus

1 lluu

2 Le» nt'iil chœurs des anges, lui environnent leur point central oa Die».

LE PARADIS. CHANT XXVllI. 5t;5

éloigné de la pure étincelle, par la raison, je crois, qu'il s'assimile plus à elle.

Ma Dame, qui me voyait en proie à un violent souci, ma dit : « De ce point dépendent le ciel et toute la nature.

» Regarde ce cercle qui est le plus près, et sache que son mouvement est si rapide à cause de Tamour enflammé qui le pousse. »

Et moi à elle : « Si le monde était disposé dans Tordre où je vois ces roues, ce qui m'est expliqué m'aurait satisfait.

» Mais, dans le monde sensible, on peut voir les sphères d'autant plus rapides qu'elles sont plus éloignées du centre.

» C'est pourquoi, si mon désir doit être satisfait dans ce temple admirable et angélique qui n'a pour confins que l'amour et la lumière,

» Il faut que j'apprenne encore comment le modèle et la copie ne vont pas de même : car j'y réfléchis en vain.

— Si tes doigts ne sont pas suffisants contre un tel nœud, ce n'est pas merveille, tant il est devenu solide pour n'avoir pas été touché. »

Ainsi ma Dame; puis elle dit : « Saisis ce que je te dirai, fi tu veux te satisfaire, et aiguise dessus ton esprit.

V Les cercles matériels sont amples et étroits, selon le plus et le moins de vertu répandues sur toutes leurs parties;

» Un plus grand mérite produit un plus grand bien, et un plus grand corps contient un plus grand bien, s'il a toutes les parties également parfaites.

» Donc ce cercle qui entraîne avec lui tout le haut univers correspond à celui qui aime le plus et qui sait le plus*.

» C'est pourquoi, si tu mesures sur leur vertu et non sur leur étendue ces substances qui t'apparaissent en rond,

» Tu verras un rapport admirable du plus au plus et du moins au moins entre chaque ciel et son intelligence. »

Comme l'hémisphère de l'air reste splendide et serein quand Borée souffle de la joue d'où il est le plus doux^

* Ce oeuvième cid oo Preroit^r Mobile correspond ai cerol» dc« sifràpbiQi.

Parce que se nettoie et se dissout le brouillard qui obscurcissait tout, si bien que le ciel sourit de toutes ses beautés.

Ainsi fis-je , après que ma Dame m'eut satisfait par sa réponse claire, et la vérité se fit voir comme l'étoile au ciel.

Et, lorsque ses paroles s'arrêtèrent, le fer qui bout n'^tincelle pas autrement que les cercles étincelèrent.

Chaque étincelle, en s'embrasant, produisait d'autres étincelles, et elles étaient en telle quantité, que leur nombre surpassait celui de la multiplication des cases d'un échiquier.

J'entendais chanter Hosanna de chœur en chœur jusqu^u point fixe qui les tient et toujours les tiendra ubi ils ont toujours été;

Et celle-ci, qui voyait les doutes de mon esprit, me dit : « Les premiers cercles t'ont montré les séraphins et les chérubins.

)) Ils suivent avec cette rapidité leur attraction, afin de s'assimiler au point autant qu'ils peuvent, et ils peuvent selon qu'ils voient de plus haut.

» Les autres amours qui vont autour d'eux s'appellent trônes du regard divin, parce qu'ils terminent le premier ternaire*,

» Et tu dois savoir qu'ils ont tous autant de joie que leur vue plonge dans la vérité où se repose toute intelligence.

» De là on peut reconnaître que l'état de béatitude se fonde sur l'action de voir, non sur celle d'aimer qui vient en second.

» Et la mesure de voir, c'est la récompense qu'enfantent la grâce et la bonne volonté ; c'est ainsi qu'on procède de degré en degré.

)) L'autre ternaire qui germe ainsi dans ce printemps éternel que ne dépouille pas le Bélier nocturne*,

» Chante perpétuellement Hosanna avec trois mélodies

> La première des trois hicrarchies, lesquelles renferment chacune trois ■ L'Attlomoe, qui dépouille notre printemps terrestre.

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