LE PARADIS. CHANT XÏX
monde, jusqu'à cette vue sublime, la suite de mon «hant n'a pas été mterrompue
Mais il faut ici que mon poème cesse de suivre en ch Intanl la beauté de ma Dame, comme fait tout artiste parvenu au dernier effort de son art.
Telle désormais i^ue je dois la laisser à l'éclat d'une trompette plus grande que la mienne, qui se hâte de conduire à terme sa matière ardue,
Béatrice reprit avec le geste et la voix d'un guide empressé : a Nous sommes montés du plus grand des corps célestes au ciel qui est une pure lumière *;
» Lumière intellectuelle pleine d'amour, amour du vrai bien rempli de joie; joie qui dépasse totte dcuceur.
» Ici tu verras Tune et l'autre milice du Paradis *, et Tune avec l'aspect que tu lui verras au dernier jugement. »
Comme un éclair subit qui dissipe les puissances visuelles, de manière qu'il ôte à l'œil la faculté de discerner les plus forts objets,
Ainsi m'enveloppa une vive lumière, et elle me laissa tellement embarrassé sous le voile de son éclat, que rien ne m'apparaissait.
« Toujours l'amour qui rassérène ce ciel accueille celui qui entre en lui avec un pareil salut, afin de rendre le cierge propre à recevoir sa flamme. »
Ces brèves paroles de Béatrice ne furent pas plutôt renues à moi, que je me sentis m'élever au-dessus de ma force;
Et en moi s'alluma une nouvelle vue telle, qu'il n'est pas ie clarté si pure que mes yeux ne pussent l'endurer.
Et je vis une lumière * en forme de rivière, éclatante d'éclat entre deux rives ornées de primevères admirables.
De ce fleuve sortaient des étincelles vives qui, de tous cotés, tombaient' entre les fleurs, comme des rubis entourés d'or.
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Puis, comme enivrées de ces odeurs, elles se replongeaient dans le gouffre merveilleux, et si une entrait, une autre en sortait.
« Le haut dësir qui t'enflamme maintenant et tfe presse d'avoir rintelligence de ce que tu vois, me plaît d'autant plus qu'il t'élève davantage ;
» Mais à cette eau il est bon que tu boives, afin que s'apaise en toi une si grande soif. » Ainsi me parla le soleil de mes yeux^
Il ajouta encore : « Le fleuve et les topazes qui entrent et sortent, et le sourire des herbes, sont des ombres et des annonces de la vérité.
» Non qu'en elles-mêmes ces choses soient obscures; mais le défaut est en toi, qui n'as pas encore la vue asseï hardie. »
Il n'est pas de petit enfant qui plus promptement se me «ur le lait de sa mère, s'il s'est réveillé beaucoup plus tard que de coutume.
Que moi je ne fis (pour faire encore de mes yeux des miroirs meilleurs), en m'inclinant vers l'onde qui coule là afin qu'on vienne s'y améliorer;
Et lorsque le bord de mes paupières s'y fut mouillé, soudain le fleuve me parut de long devenu rond.
Puis, comme des gens qui étaient sous le masque paraissent autres que d'abord, s'ils dépouillent l'apparence empruntée sous laquelle ils se cachaient.
Ainsi se changèrent en une plus grande allégresse les fleurs et les étincelles, si bien que je vis m manifester les deux cours du ciel.
0 splendeur de Dieu, par qui je vis le grand triomphe du royaume de la vérité, donne-moi la vertu de le dire comme je le vis !
Une lumière est là-haut, laquelle rend le créateur visible à la créature qui à le voir lui seul sait mettre touie sa paix.
Et elle s'étend en une figure ciîculaire si immense^