‹ uvres de Dante AlighieriChapitre 17 sur 106 · L'ENFER. CHANT XI · texte numérisé non relu

L'ENFER. CHANT XI

«ont placés au-dessous, et sont en butte à une plus grande douleur.

» Ce premier cercle est tout entier pour les violents; mais il est construit et divisé en trois girons ^, parce, qu'on peut faire violence à trois personnes :

M A Dieu, à soi, à son prochain. Et je dis qu'on peut leur faire violence ou dans leur propre personne ou dans leurs biens, comme tu vas le comprendre par ces raisons très-claires.

» On fait violence à son prochain en lui donnant la mort ou lui faisant des blessures douloureuses; on le violente, en le ruinant dans ses biens, par l'incendie ou par des larcins.

» Donc les homicides, ceux qui font des blessures, les incendiaires et les brigands j sont tourmentés dans le premier giron.

» Un homme peut avoir tourné une main violente contre lui-même ou contre ses biens : il est donc juste que dans le second giron il fassf pénitence, et sans espérance d'un àort meilleur,

» Celui qui s'exile, par sa propre volonté, du monde où tu vis, qui joue, dissipe ses biens, et pleure là où il aurait dû être en joie.

» On peut faire violence à la Divinité, en la reniant dans son cœur, en blasphémant contre elle, en méprisant la nature et sa bonté.

» Voilà pourquoi le plus petit giron tient scellés de son sceau Sodome et Cahors *, et quiconque, méprisant Dieu, l'injurie dans ses discours et dans son cœur.

» La fraude laisse des remords à toute conscience; l'homme en peut user envers celui qui se fle en lui, et envers celui qui se défie ;

» Cette seconde fraude paraît donc briser les liens d'amour faits par la nature ; pour celte raison, dans le second cercle sont enchaînés

' Giron ou cercle.

* Gabon, eo Quercr, vilh remplie alors d'utur

t98 LA DIVINE COMÉDIE.

» Les hypocrites, les fiatteurs, ceux qui jettent des sorts, les faussaires, les voleurs, les simoniaqucs, les rufiens, let fourbes, et tous les gens souillds de semblables ordures;

» La première fraude détruit l'amour qu'établit la natune, et cet autre sentiment qui le suit, et d'où résulte la ccufiance.

)) Voilà pourquoi dans le plus petit cercle, centre .le l'univers et fondement de Dite, quiconque a trahi est étirnellement tourmenté. »

Et moi : « Maître, ton raisonnement est très-clair et me montre bien, dans ces divisions, cet abîme et le peuple qui l'habite;

» Mais dis-moi : ceux qui sont plongés dans ce marais, ceux qu'emporte le vent, ceirx que frappe la pluie, ceux qui vont se heurtant avec des paroles si âpres ,

» Pourquoi ne sont-ils pas punis dans la cité de feu, si Dieu les a dans sa colère? sinon, pourquoi sont-ils punis de la sorte? »

Et lui à moi : « Pourquoi, contre son ordinaire, ton esprit délire-t-il si fort? ou bien ta pensée est-elle occupée ailleurs?

» Ne te souvient-il pas des paroles de l'tlthique * que tu as étudiée, dans lesquelles il est traité des trois dispositions réprouvées par Dieu :

» L'incontinence, la malice et la folle bestialité; et comme l'incontinence offense moins Dieu et entraine moins de blâme?

» Si tu examines bien cette sentence, te rappelant quels sont ceux-là qui font pénitence hors de cette enceinte,

» Tu verras bien pourquoi ils sont séparés de ces félons, et pouiquoi, moins courroucée, la justice divine cependant les martelle.

— 0 soleil ! m'écriai-je, qui guéris toute vue troublée, tu me contentes à tel point, quand tu expliques une pensée, qu'il m'est aussi agréable de douter que de savoir

» Enwre une fois, reviens un dcu sur tes pas, et expli-

M'^îhique d'Aristote, ou Science de la B'.oraU.

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