L'ENFER. CHANT XII
que-moi comment l'usure offense la divine bonté; tranche ce nœud.
— La philosophie, me répondit-il, enseigne en plus d'un fleu, à qui l'étudié, que la nature tire son origine
» De l'intellect divin et de son art; et si tu consultes bien ta physique, lu trouv'sras, sans tourner beaucoup de pages,
» Que l'art humair juit autant qu'il peut la nature, comme le disciple son maîti :, si biem que l'art humain est comme 16 pelit-fils de Dieu.
» Et partant de ces deux principes, la nature et l'art, si tu te rappelles la Genèse, tu sauras que la nature nous donne la vie, et que l'art vient ensuite l'aider.
» L'usurier suit une autre voie , et méprise la natu te et l'art qui l'accompagne, et place ailleurs son espérance.
» Mais à présent suis-moi, car il me plaît d'avancer. Le signe des Poissons monte sur l'horizon, le Chariot est ren versé sur le Corus *,
» Et plus loin le rocher s'abaisse. »
CHANT XII
f«Mi«re enceinte du septième cercle, eu des Violents. — Los deax poëtci rcnco»irent le Minotaure qui eii est le gardien. — Les Violents contre la vie cl les hieni da (Tocbain sont plonges dans un fleuve de sang. — Plus bas, les poêles rencontrent une troupe de Centaures. — Un d'eux, le centaure Nessus, porte Dante sur sa croupe an delà du Pblégcton.
Le lieu où nous avions à descendre le précipice était si impraticable, et tel à cause de ce qui s'y trouvait, que toute ^iie s'en détounierait.
Telle est cette ruine qui frappa TAdige au flanc, en deçà de Trente, ou par l'effet d'un tremblement de terre, ou faute de soutien •.
De la cime du mont où elle s'ébranla à la plaine, la roche
* C'«it-ii-dirc, voici l'Aurore.
* Le* éboolrmeat^ <la sont Rarco, entre léroutHl TriMli
est tellement béante, qu'elle ne serait aucun passage à qui serait en haut.
Telle était la descente de ce précipice ; et sur le sommet de ce roc enlr'ouvert était étendu le monstre, opprobre de la Crète, qui fut conçu dans la fausse génisse ^
Et quand il nous vit, il se mordit lui-même, comme celui que la colère brise au dedans.
Mon sage lui cria : « Peut-être tu crois qu'ici est le chef d'Athènes qui, là-haut dans le monde, le donna la mort *.
» Va-t'en, bête ! celui-ci ne vient pas instruit par ta sœur, mais il vient voir vos châtiments. »
Tel que le taureau qui fléchit du côté où il a reçu le coup mortel, et qui, sans pouvoir se retourner, bondit çà et là.
Ainsi je vis faire le Minotaure, et mon prudent maître s'écria : « Cours à l'ouverture. Pendant qu'il est en fureur, il est bon que tu descendes. »
Nous fîmes donc route par cette décharge de pierres qu'à tout instant ce poids nouveau faisait rouler sous nos pieds.
Je marchais en rêvant; il me dit : « Tu penses peut-être à cette ruine qui est gardée par cette fureur bestiale que j'ai ëteinte.
» Or je veux que tu saches que la dernière fois que je descendis dans le bas enfer, cette roche n'était point encore écroulée,
» Mais un peu avant (si je ne me trompe) que vînt du cercle divin celui qui ' enleva la grande proie à Dite. »
De toutes parts l'impure vallée trembla si profondément, que je pensai que l'univers ressentait cet amour par lequel il en est qui peuvent croire
Plusieurs fois le monde retombé dans le chaos; et c'est alors que cette vieille roche se renversa ainsi de part et d'autre.
« Mais fixe les yeux sur la vallée ; car voici la rivière de
* Le Minotaure.
* Thésoe.
* Jé«ug-Cbrist, qui, après sa patsioD, ilescendit dans les Limbe*.