LE PURGATOIRE. CHANT I!I
Telles les colombes réunies pour dérober le blé ou Tivraie i'en vont à leur pâture tranquillement, et sans faire entendre leur roucoulement ordinaire,
Mais si une chose survient dont elles aient peur, quittent soudainement leur manger, parce qu'un soin plus grand les saisit ;
Telles ces âmes nouvellement arrivées délaissèrent le chant pour s'enfuir vers la côte, comme un homme qui va et ne sait où il arrivera.
Notre fuite > à nous, ne fut pas moins prompte.
CHalST lîî.
Lm deux poStes t'apprêtent à grarir le mont da Purgatoire. — Ils en trouTcnt la route bien pénible — Ames des Excommunies, qui doivent attendre nn certain temps avant de pouvoir se rendre an lieu expiatoire. — Parmi ces Anaes est celle de Maiofroy, roi de la Pouille et de la Sicile.
Pendant que cette fuite soudaine dispersait dans la campagne ces âmes qui s'en retournaient vers la montagne où la raison nous attire *,
Je me rapprochai de mon fidèle compagnon : eh ! comment, sans lui, aui-ais-je fait mon voyage? qui m'aurait soutenu jusqu'au sommet de la montagne?
Il me semblait avoir des remords de lui-même. 0 conscience digne et pure ! comme une petite faute est pour toi une amcre morsure!
Quand ses pieds quittèrent enfin cette marche hâtée qui ôte à toute action sa noblesse, mon esprit, jusqu'alors enchaîné.
Dirigea son attention vers le point où il tendait, et tourna mes regards du côté de ce mont qui s'élève jusqu'au ciel le plus haut.
Le soleil qui, derrière moi, briliail rouge, se trouvait roni^u tiovant moi , parce que mon ccrps était un obstacle aux rayons.
t Ia montagne du Purgatoirt ^
Je me retournai avec la crainte d'ôtre abandonné, quand je vis que devant moi seulement la terre était obscure.
Et mon soutien me dit : c( Pourquoi cette défiance, et pourquoi te retourner ainsi? Ne me crois-tu plus avec toi? Crois-tu que je ne suis plus ton guide ?
» Déjà Vesper se trouve là où est enseveli le corps dans lequel je formais une ombre. Naples k possède et l'a en* levé à Brindes *;
y> Maintenant si nulke ombre ne s'étend devant moi , ne fen étonne pas plus que du spectacle des cieux, car un rayon ne projette aucune ombre sur un autre rayon.
» La vertu divine rend nos corps , qui ressemijlent aux vôtres, capables de sentir les tourments, et le froid et le chaud; mais comment cela se fait, elle ne veut pas nous le d^ouvrir.
» Insensé est celui qui espère que notre raison pourra pénétrer le mystère infini qui tient une seule substance en trois personnes.
» Race humaine, contentez-vous du quia*. Si vous aviez pu tout voir, il n'eût pas été nécessaire que Marie enfantât.
» Et tels ont désiré vainement, dont eût été satisfait le désir qui leur est éternellement imposé comme supplice.
)) Je parle d'Aristote, de Platon, et de beaucoup d'autres. » Ici il pencha le front, ne dit plus rien et resta comme troublé.
Nous arrivâmes enfin au pied de la montagne. Là nous trouvons les roches si escarpées, que les jambes les plus promptes nous seraient inutiles.
La route la plus déserte, la moins frayée, entre Lerici et Turbia', est, auprès de celle-ci, un escalier large et facile.
* Briodcs, où roonrat Virgile.
Manlua me gcnuit, Calabri rapuëre, tenet nnac Partbcnope... (Viro.)
* Du parce que, state contenti, umana gente, al quia. — Comme Datte, daiuMi 4extc italien, nous conservons en français toutes ces formules latines de l'écrit.
* Deux bourgs dans l'étal de Gène*.