LUC41M
2W JUL Divinv. rr.MfiDIï.
CHANT X
tatrës c»m le Purgatoire, Ie« poêtet montent aa premiei cercle, où «e pariffo U
pécha d'Orgueil. — Tout d'abord ils voient grave» sur l(s mars plusieurs excm* pies d'Humilité. — Puis ils voient les Ames des Orgueilleux marchant penibl*i ment sous de looris fardeanx.
Quand nous tûmes au delà du seuil de la porte que le penchant malin dos âmes humaines laisse ouvrir si rarement, parce qu'il fait paraître droite la voie tortueuse,
Je connus, au son qu'elle rendit, qu'elle était refermëe. Et, si j'avais tourné les yeux vers elle, quelle excuse eût été digne d'une telle faute?
Nous montions entre deux roches fendues dont les sinuosités de part et d'autre imitaient l'onde qui fuit et puis revient.
« Ici, dit mon guide, il faut user d'un peu d'art, en s'approciiant, tantôt par ici tantôt par là, du côté qui a des enfoncements. »
Et ce soin rendit nos pas lents et si rares, que la lune, alors décroissante, était rentrée dans son lit pour se reposer.
Avant que nous fussions hors du sentier étroit. Mais quand nous fûmes dégagés et à découvert là où le mont se rejclte en arrière.
Moi fatigué, et tous deux incertains de notre route, nous restâmes sur une plate-forme plus solitaire qu'une route à travers les déserts.
Depuis le bord de l'abîme jusqu'au pied de la haute chaussée qui va toujours en montant, on n'aurait mesuré que trois fois le corps d'un homme;
Et, aussi loin que mes regards pouvai*^"! aller avec leun ailes, du côté gauche ou du ct'^ >oit, les ceintures de la plate-forme me sombbieit à cette égale diistance.
Nos pieds n'î^'^sieni pa.i encore monté sur cette voie, auaud ie -ccounus que le côté intéi leur qui, droit et à pic^ wot Kic inaccessil)le.
LE PURGATOIRE. CHAWT 1. 341
Était de marbre blanc et orné de bas-reliefs, tels que non-seulement Polyclète, mais la nature les aurait admirés à sa honte.
L'ange qui vint sur terre avec la nouvelle de la paix appelée durant tant d'années et avec tant de larmes, qui ouvrit le ciel après la longue défense,
Cet ange, sculpté dans une attitude suave, nous apparaissait avec tant de vérité, qu'il ne semblait pas être une figure iilencieuse.
On eût juré qu'il disait Ave, parce que là aussi était représentée celle qu.^ désira les clefs pour ouvrir à l'amour souverain.
Et dans son attitude était exprimée cette réponse : Ecce ancilla Dei, aussi fidèlement qu'une figure laisse son em» preinte sur la cire.
« Ne tiens pas ton esprit fixé sur un seul point, » dit ie doux maître, qui m'avait près de lui du côté où les homme» ont le cœur.
^avançai donc en regardant, et je vis après Marie, et de œ côté où j'avais celui qui me faisait avancer.
Une autre histoire sculptée sur le rocher. C'est pourquoi je devançai Virgile et je m'approchai, afin qu'elle fût bien placée sous mes yeux.
Là, sur le marbre, étaient représentés le char et les bœufs traînant l'arche sainte, si redoutée de quicoinjue veut remplir un office que Dieu ne lui a pas commis.
En avant se voyaient quantité de gens; et cette troupe, divisée en sept chœurs, faisait dire à deux de mes sens: Oui, elle chante! non, elle ne chante pas!
De même, devant la fumée de l'encens si bien roprésen« tëe, mes yeux et mon odora*. étaient en désaccord cl sur l6 oui et sur le non.
La robe relevée et dansant, l'humble psalniiste précédait le vase bénit; en ce moment il était plus et moins qu'un roi.
Vis-à-vis, et du faîte d'un grand palais, Michel le contemplait de l'air d'une femme dédaigneuse et triste.
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LA DIVIWE COMEDIE.
^arrachai mes pieds du lieu où je me tenais , pour vol? c'/e près une autre histoire qui, placée derrière Michol, blanchissait.
Là était représentée la haute gloire du prince romain qui, par sa grande vertu, excita le pape Grégoirr ^ ''^■' ^' friande victoire*.
Je parle de rempereur Trajan. Au frein de son cnevai f^it une veuve en larmes, désolée;
Autour de lui on distinguait une foule ahondanto de cavaliers, et au-dessus de sa tète les aigles d'or s'agitaient au vent.
La malheureuse, au milieu de tous, semblait dire :
« Maître, donne-moi vengeance pour mon fils qui est mort; mon cœur est navré. »
Et il semblait lui répondre : « Attends que je revienne.» Et elle, comme une personne que pousse la douleur :
« 0 mon seigneur! si tu ne reviens pas! « Et lui : « Celui qui sera où je suis t'accordera vengeance ! w Et clic : « Que te servira le bien fait par un autre, si le bien que tu dois faire tu le mets en oubli? »
Lui enfin : « Rassure-toi, il faut que je m'acquitte de mon devoir avant d'avancer. La justice le veut, et la pitié rae retient. »
Celui qui ne vit jamais une chose nouvelle* produisit ces paroles v;siblcs, nouvelles pour nous, car il ne s'en trouva pas de telL^s sur la terre.
Tandis que je me délectais à regarder ces tableaux do grande humilité, et si précieux à voir quand on en sait l'ouvrier,
Le poète murmurait : « Voici par là bien des âmes, mais
» Pour entendre ceci, il faut «avoir que Grégoire le Grand, pape, un jour lisant ta TIC de Tnuan, se moil, pour iei singulir-res »erlns qui furcnl en ce brave emptv reur, à déplorer sa condition, veu qu'ayant esté pajen, il ne j)OU\oit cstre sauvo. Lor» entrant en une ogiisc, il pi'ia Dieu si dévotement pour Tàme de Traian, qu/t soudain il eut révélation comme Dieu auroil exaulcé se» prières, el que Traian ^stoit délivré des peines de l'enfor; mais il lui fut cnjoinct de ne plus prier pow aucun infidèle ou payeo. (Grangier.)
«Die«.
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elles viennent lentement. Elles nous mèneront vers les degrés supérieurs. »
Mes yeux , qui étaient tout attentifs à regarder les nouveautés dont ils sont avides, ne furent point lents à se tourner vers lui.
ie ne yeux pas, lecteur, que tu t'écartes des bonnes dispositions pour entendre comment Dieu veut que les dettei se payent.
Ne fais pas attention à la forme du martyre , pense à ce qui le suit; pense qu'au pire il ne peut aller au delà du grand jugement.
Je commençai : a Maître, ce que je vois se mouvoir vers nous ne me semble pas être des personnes , et j'ignore ce que c'est, tant à cette vue je me trouble. y>
Et lui à mol : « La pesante condition de leur tourment les courbe tellement vers la terre, que mes yeux ont premièrement douté ;
» Mais regarde fixement, et avec tes yeux redresse ce qui s'en vient sous ces lourdes pierres. Déjà tu peux juger comme chacun d'eux est tourmenté. »
0 chrétiens superbes, misérables et faibles, qui, perclus des yeux de l'entendement, vous fiez à vos pas qui vous font rétrograder!
Ne vous aperceve^vous pas que nous sommes des vers , nés pour former le papillon angélique ' qui vole sans défense à la justice de Dieu?
Pourquoi votre esprit se dresse-t-il comme le coq? vous n'êtes que des insectes défectueux, des vers dont la formation est avortée.
Comme pour soutenir une solive ou un toit, souvent on ▼oit le long de l'entablement une figure joindre les genoux à la poitiine,
Laquelle fait naître, d'un mal non véritable, une véritable souiïrancc en celui qui la voit; ainsi je vis ces âmeSj quand j'appliquai mon suin à les examiner.
•L'As
Il est vrai qu'elles étaient plus 4)u moins contractées , selon qu'elles avaient plus ou moins sur le dos; et celle qui avait plus de patience dans son tourment
Semblait dire, en se plaignant : a Je n'en puis plus. »
CHANT XI
^ri^re des Or^neilleai. — Virgile leur demande quel «entier est le phif fsdie ^ monter. — Comme les deux poètes cheminent, Dante recoiinail parmi les Ames le peintre Oderisi de Gulibio, qui lui fait l'histoire des peintres italiens se s'io cédant avec tant de rapidité, que la gloire de l'un fait bientôt oublier celle (1« l'autre.
« 0 notre Père qui es dans les cieui, non circonscrit en eux, mais par un amour plus grand pour les premiers êtres qui sont là-haut,
» Loués soient ton nom et ton pouvoir par toute créature, de même qu'on doit rendre grâce à ta douce sagesse.
» Que la paix de ton règne nous arrive , car si elle ne vient à nous , nous ne pouvons aller à elle , malgré notre Intelligence.
• » Comme les anges te font le sacrifice de leur volonté en chantant Hosanna, ainsi puissent faire les hommes!
» Donne-nous aujourd'hui la manne quotidienne, sans laquelle, dans cet âpre désert, celui-là va en arrière qui se travaille le plus pour avancer.
» Et comme nous pardonnons à chacun le mal que nous avons souIVcrt, toi aussi, bienfaisant, pardonne et ne regarde pas à notre mérite.
)) Notre vertu , qui si aisément succombe , ne l'éprouve pas contre l'antique adversaii-e, mais délivre-la de lui qui la tente si fort.
» Cette dernière prière, o Seigneur chéri ! déjà nous ne la faisons plus p.mr nous, qui n'en avons plus besoin, mais pour ceux qui derrière nous sont restés. »
Aiiisi^ tout en priant pour elles et pour nous, ces âmes
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s'en allaient sous leur fardeau, tout semblable à celui que parfois on croit porter en rêve.
Inégalement chargées, elles cheminaient toutes, pleines d'angoisses et lasses, le long de la première corniche, afin de se purifier des ténèbres du monde.
Si par là on prie toujours pour nous , ici que ne doivent pas dire et faire pour ces âmes ceux qui ont une volonté douée de bonnes racines î
Il faut les aider à laver les taches qu'elles ont rapportée» du monde , afin que, pures et légères , elles puissent s'élever vers les roues étoilées.
« Ah ! que la justice et la pitié vous allègent bientôt, pour que vous puissiez mouvoir les ailes qui vous enlèvent selon fotre désir î
» Montrez-nous de quel côté on va le plus promptement vers l'échelle, et, s'il y a plus d'un passage, enseignez-nous celui qui est le moins montant.
» Car celui-ci qui vient avec moi , tout chargé de cett« chair d'Adam qui le revêt, est lent à gravir, malgré son bon vouloir. »
Leurs paroles en réponse à celles qu'avait dites celu: que je suivais, nous ne pûmes savoir de qui elles vinrent;
Mais elles furent telles : « Venez avec nous, à main droite , sur la rive , et vous trouverez un passage où peut monter une personne vivante,
w Et lI je n'étais pas empêché par cette pierre qui dompte mon front orgueilleux, cl me force de tenir le visage haissé ,
» Je regarderais afin de voir si je connais celui-là qui es! encore vivant et ne se nomme pas , afin d'exciter sa pitiî pour mon supplice.
» Je fus Latin et fils d'un grand Toscan ; duillaume Aldobrandcschi fut mon père ; je ne sais si jamais son nom vous est parvenu.
» L'antique sang et les actions brillantes de mes aïeux me rendirent si arrogant, que, ne pensant plu<5 à la mèr« commune^
» JVus tout homme on mépris, et à tel point, que ce mépris cansa ma mort, comme le savent les Siennois, d comme dans le Campagnatico le sait tout enfant *.
D Je suis Humbert, et ce n'est pas à moi seulement que rorgueil a fait mal , mais aussi à tous mes parents, qu'il a entraînés dans le malheur;
» Et il faut , à cause de mon péché , que je porte ici ce fardeau, jusqu'à ce que j'aie ainsi satisfait à Dieu. Ce que je n'ai point fait parmi les vivants, je le fais parmi les morts. *
En l'écoutant je baissai la tête : alors un des esprits, non celui qui parlait , se tourna sous le poids qui l'embarrassait.
Et il me vit, et il me reconnut, et il m'appela en tenant avec grand'peine ses yeux fixés sur moi, qui, tout penché, marchais à côté d'eux.
tt Oh! lui dis-je, n'es-tu pas Odcrisi, l'honneur d'Agobbio, l'honneur de cet art qu'on appelle à Paris enluminure"?
— Frère, dit-il, on trouve plus riant le papier qu'enlumine Franco Bolognèse * : tout Thonneur est maintenant pour lui, et pour moi une bien chétive part.
» Je n'aurais pas été si courtois pendant que je vivais, à cause du grand désir d'exceller dans l'art auqutl s'appliqua mon cœur.
» Ici se paye la peine d'un tel orgueil. Et encore ne serais-je pas où je suis, si, pouvant encore pécher, je ne m'étais tourné vers Dieu.
» 0 vaine gloire du pouvoir humain ! plante sans durée, que le vert reste peu de temps sur sa cime, lorsqu'elle n« touche pas à des temps de baibarie !
* Ce fui à Campagnatico, dans les Maremmos, que les Siennois, irrités de Von g\m\ d'Hiimbert, firent tuer ce lilt des comtes de Santafiora ; sou père était Gui), btimc Aldobrandcsclii.
* Agubbio ou Gubbio, dans le duché d'Urbio, pairie d'Odcrisi^te pwMn eaaV •uiure.
* L'fltt-4^ire François de Bologae.
LE PURGATOIRE. CHAÎTr XI. 347
» Cimabud * crut tenir le champ de la peinture, et maintenant c'est Giotto* qui a la vogue, de sorte que la renommée de Tautre est obscurcie.
» Ainsi un Guido * ravit à l'autre Guido* l'honneur de la langue, et peut-être un troisième est-il né qui chassera l'un et l'autre de son nid.
» Le bruit du monde n*est qu'un souffle de vent qui vient tantôt d'ici, tantôt de là, et change de nom en changeant de côté.
» Aurais-tu plus grande renommc'e si tu ne devais te dépouiller que d'une chair minée par l'àge^ ou si tu étais mort avant de perdre ton parler enfantin ;
» Dis, serais-tu plus connu, avant que passent trois mille ans ? ce qui est, comparé à l'éternité, un temps plus court qu'un mouvement de cils, comparé à l'astre qui, dans k ciel, tourne le plus lentement.
» Celui qui , devant toi, fait si peu de Chemin , toute la Toscane a proclamé son nom : c'est à peine aujourd'hui si on le murmure à Sienne,
» Dont il était seigneur quand fut détruite la rage de Florence *, qui était aussi superbe dans ce temps qu'elle est à «•.ette heure prostituée.
» Votre renommée a la couleur de l'herbe qui vient et passe, et celui qui lui ôte sa couleur est le même qui la fait sortir verte de la terre. »
Et moi à lui : « Tes paroles pleines de vérité font entrer une bonne humilité dans mon cœur, et ma grande enflure s'abaisse ; mais quel est celui dont tu parlais à l'instant?
— C'est, répondit-il, Provenzano Salvani. Il est ici parce qu'il eut la présomption de ne régir Sienne que par ses mains.
» Il a marché et il raarcûe ains. sant repo» depuis qu'ii
* Cimabué, mon en 1300.
* Giollo, iKorl CD 1 336.
* Goido Guinicelln, poêle de Bologne.
* Guido, autre |irëte ccl^lire, Gis de Cavalcante Cavalcaoti.
* Ce ftit à ia (aiiicuM! bataille de Monte 'A-ujrio gagnce par les Sieunon.
est mort : telle est la monnaie que doit rendre, pour s'aoqiiittciv, celui qui là-bas a trop osé. »
Et moi : « Si un esprit qui attend, avant de se repentir, la limite de sa vie, demeure au bas de la montagne et ne monte jusqu'ici,
» ( A moins qu'une prière salutaire ne lui vienne en aide) qu'après un temps égal à celui qu'il a vécu, comment sa venue ici lui a-t-elle été octroyée?
— Quand il vivait avec le plus de gloire, répondit l'ombre, il s'agenouilla volontairement sur la place de Sienne, en déposant toute honte;
» Et là, pour tirer son ami de la pcme qu'il endurai! dans la prison de Charles, il se mit à trembler de toutes ses veines.
» Je n'en dirai pas davantage, et je sais que mes paroles sont obscures, mais, d'ici peu de temps, tes concitovens agiront de manière que tu pourras en pénétrer le sens.
» Celte action a retiré Provenzano des confins du Purga toire. »
CHANT XII
Après avoir quitté Oderisi, les portes voient sculptés lor la oomichc plosienr* exemples d'Orgueil. — De là, ils s'avancent conduits par un Ange qui, d'un mouvement de ses ailes, purifie Dante du péché d'Orgueil. — ils monlcut au second cercle.
Comme une paire de Lœufs qui marchent sous le joug, celte àme chargée et moi, nous allâmes de front, tant que (e permit mon doux pédagogue;
Mais quand il me dit : « Laisse-le, et marche, car il est bon ici (]ue, de la voile et des rames, chacun, aulant (ju'U peut, pousse sa barque, »
Je redressai mon corps ainsi qu'il convient de faiic lorsqu'on veut marcher, bien que mes pensées restassent courbées et abattues.