LE PURGATOIRE. CHANT XVIII
de faire du miel, et cette première volonté ne mérite ni blâme ni louange.
» Or, pour que tout dérive vers cette première volonté, en vous est née la vei*tu qui conseille (la raison) et qui doil se tenir sur le seuil du consentement.
» La raison est le principe d'où vous tirez occasion de mériter, selon qu'elle accueille ou repousse les bons ou les coupables amours.
» Les sages qui, en réfléchissant, sont parvenus au fond des choses, ont reconnu cette liberté innée, et ils ont laissé au monde la Morale.
» Donc, supposons que tout amour qui s'aUume en vous surgit de nécessité, en vous aussi est le pouvoir de le réprimer.
» C'est la noble vertu que Béatrice appelle le libre arbitre ; ain^i tâche de t'en souvenir si elle vient à t'en parler. »
La lune, qui se levait tardivement et quasi à minuit, nous faisait paraître les étoiles plus rares, et avait l'air, dans le firmament, d'un sceau tout enflammé.
Elle parcourait dans le ciel ce chemin qu'embrase le soleil, alors que l'habitant de Rome le voit tomber entre Ja Sardaigne et la Corse.
Et cette ombre bienfaisante, grâce à laquelle Piétola* est plus renommé que toute ville du Mantouan, avait délivré mon esprit de la charge qui l'accablait.
Donc, moi, qui avais reçu des raisons claires et solides sur toutes questions , j'étais comme un homme qui rêve plein de sommeil ;
Mais cette somnolence me fut enlevée subitement par des âmes qui s'avançaient déjà derrière nos épaules.
De môme qu'auti efois Tlsmène et l'Asope* virent de nuit sur leurs bords la foule courir »*n fureur, parce que lef Thébains avaient besoin de Bacchus;
De même dans ce cercle, selon que j'ai vu, s'en veraienl.
» Petil bourg voisin de Mantdoe, où est ai Virgile, aatrefoii Anim. FlMVM de Bën(i« et d'Acbaïa-
fauchant du pied, ceux qu'une bonne volonté cl qu'un jusif amour conduit.
l!)lle3 furent bientôt sui nous, car toute cette grande troupe n'allait qu'en courai it, et les deux premières criaient on pleurant :
« Marie courut eu nâte à la montagne; César, pour sub ju|zuer Lérida, laissa Marseille, et courut en Espagne*. »
« Vite ! vite ! que le temps ne se perde pas par trop peu d'amour! criaient les autres après eux; car le zèle du bien fait reverdir la grâce!
— Ames, en qui une ferveur ardente compense peut-être maintenant la négligence et le retard que, dans votre tiédeur, vous avez mis à bien faire,
» Celui-ci, qui est vivant (et certes je ne vous trompe ^as), veut aller là-haut dès que le soleil reluira; dites-nous donc où est le plus prochain passage. »
Telles furent les paroles de mon guide; et un de ces esprits lui dit : a Viens derrière nous, tu trouveras Touverturc.
» Nous sommes si pleins de volonté pour avancer, que nous ne pouvons nous arrêter : donc pardonne si cette juste punition te semble une impolitesse.
» Je fus abbé * à Saint-Zénon, à Vérone, sous l'empire du bon ' Barberousse, dont Milan dans sa douleur s'entretient encore.
» Tel a déjà un pied dans la fosse, qui pleurera pour ce monastère et sera triste d'y avoir eu de la puissance;
» Puisqu'en place du vrai pasteur, il a mis là son fils, mal de corps, pire encore d'esprit, et né d'une mauvaise union*. »
Je ne sais si l'âme en dit davantage ou si elle se tut, tant elle était déjà éloignée de nous; mais j'entendis ces parolet et je me plus à les retenir.
■ Excmiiics de Cëldrile opposes à la Parosso.
' Diim GéranI second.
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' Le iils naturel d'Albert de U SctA», teigoeur de TeiOMk