‹ uvres de Dante AlighieriChapitre 43 sur 106 · LE PURGATOIRE CHANT XIX · texte numérisé non relu

LE PURGATOIRE CHANT XIX

Et celui qui était en tout besoin mon secours, me dit ; « Tourne-toi parla; n'en vois-tu pas deux qui viennent en faisant des raoï-sures à la paresse ? »

Ces deux âmes disaient derrière toutes les autres : « La nation pour qui la mer s'ouvrit, mourut avant que ses héritiers vissent le Jourdain;

» Et celle qui jusqu'à la fin n'endura pas les fatigues avec le fils d'Anchise, s'offrit d'elle-même à une vie sans gloire. »

Ensuite, quand ces ombres furent si distantes de nous que je ne pouvais plus les voir, une nouvelle pensée descendit en moi;

Et de celle-ci naquirent plusieurs autres, toutes diverses, et je me pris tellement à rêver en passant de l'une à l'autre, que, par plaisir, je fermai les yeux;

Et je changeai mes pensées en sommeil.

CHANT XIX

OBqtiieme cercle où te purifie le pcché d'Avarice. -■ Dante raconte une visio* qui lui est Tenue dans ion sommeil. — Le soloil sVlanl levé, |os poètes poursuivent leur route, et, instruits par un ange, prennent les degrés qui mènent au cercle des Ava7cs. — Ils sont là pleurants et étendus sur le sol. — Le i>ape Adrien Y.

A l'heure où la chaleur du jour qui vient de mourir, vaincue par la froidure de la terre ou celle de Saturne, ne peut plus échauffer le froid de la lune;

Loi-sque les géomanciens* voient le signe qu'ils nomment leur plus grande fortune s'élever à l'orient avant l'aube, dans cette voie du ciel qui ne restera pas longtemps brune,

M'apparut en songe une femme bègue, aux yeux louches, aux pieds tors, manchote et d'un tehit hâve ■.

* La géomancie est l'art de deviner par des points marqués au hasard »nr le aai>lc nu sur le papier.

* Lombardi croit que c'est le Mentonge.

Jo IVxaminais, et comme le soleil ranime les membre» engourdis par le froid de la nuit, ainsi mon regard déliait 8a langue;

Puis, en peu de temps, il la redressait tout entière et colo rait son visage triste, comme le demande l'amour.

Lorsqu'elle sentit sa langue ainsi déliée, elle commença k chanter si bien, que j'aurais eu grand'peine à en détourner mon attention.

« Je suis, chantait-elle, je suis la douce sirène qui, an milieu des mors, fait dévier les mariniers, tant ils sont poussés par le plaisir de m'entendre.

» J'ai détourné par mon chant Ulysse de sa course vagabonde; celui qui s'arrête près de moi rarement s'en va, tant je l'enivre. »

Elle n'avait pas encore fermé la bouche, quand parut à mon côté une femme sainte *,. et prompte à rendre la première confuse.

et 0 Virgile ! VirgUe ! quelle est cette femme ? » disait-elle fièrement; et lui s'approcliait les yeux fixés seulement sur la femme sainte.

Celle-ci saisit la première, et, déchirant ses vêtements, la découvrit par devant et me montra son ventre. La puanteur qui en sortait fut telle, que je m'éveillai.

Je tournai les yeux, et le bon Virgile me disait : « Je t'ai au moins appelé trois fois. Lève-toi et viens; trouvons l'ouverture par laquelle tu entreras. »

Je me levai; les cercles du mont sacré étaient déjà pleins de la lumière du jour, et en marchant nous avions derrière nous le soleil.

En le suivant je portais mon front comme celui qui a la tête chargée de pensées, de sorte qu'il forme un demi-arc de pont avec sa personne.

Quand j'entendis : « Venez ! c'est ici qu'on passe. » El cei paroles furent dites d'un ton si suave et si doux, qu'on n'eu connaît pas de pareil dans cette région mortelle.

* La Vét'iié, seloD la même.

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