‹ uvres de Dante AlighieriChapitre 45 sur 106 · S.E PURGATOIRE. CHANT XIX · texte numérisé non relu

S.E PURGATOIRE. CHANT XIX

de Dieu, entièrement avare; or, comme tu le vois, ici j'en suis puni.

» Ce qui suit l'avarice se montre ici dans la purification des âmes renversées, et la montagne n'a point de peine plus amère.

» Comme notre œil fixé aux choses terrestre»; ne s'éleva pas vers le ciel, ainsi la justice le brise ver'5 la terre.

» Comme l'avarice éteignit en nous l'amour pour tout ^rai bien, et par là fit mourir toute bonne œuvre, ainsi la justice nous tient ici à la gêne.

» Liés des pieds et des mains, et prisonniers, et autant (ju'il plaira au juste sire, autant nous resterons immobiles et étendus. »

Je m'étais agenouillé, et je voulais parler; mais, comme je commençais, l'esprit s'aperçut seulement en écoutant de cet acte de respect.

a Quelle raison,, dit-il, te ploie ainsi à terre? » Et moi à lui : tt Devant votre dignité ma conscience m'incline justement.

— Redresse tes jambes et lève-toi, frère, répondit-il. Ne te trompe pas. Comme toi et les autres je suis serviteur de la même puissance.

î) Si jamais tu as compris ce passage du saint Évangile où il est dit : a Neque nubent *, » tu pourras savoir pourquoi je raisonne ainsi.

» Maintenant va-t'en ! je ne veux pas que tu t'ai'rêtes davantage, car la présence empêche les pleurs avec lesquels |e mûris la satisfaction dont tu as parlé.

» J'ai là-bas une nièce qui a nom Alagia*, et qui de soi est bonne, pourvu que, par son exemple, notre maison ne ia rende pas mauvaise.

» Elle seule là-bas m'est restée. »

'« In remrrectione eoini neque nubent ocque nuLontiir, scd oriint sicut angi^lt Bci in ooelo. > (S. Uattb.j — < Par ceci nous est sii^niiié qu'en la tic ëtemellt toat le monde Mra esgal. > (Grangier.) On ne verra m cpoux ni épouM.

* Imum d« Marcel Males|iiDa, protecteur de Dante.

384 LA divim: comf.dib,

CHANT XX

fftut en saiiant !ioo g'iide, Dautc converte avec l'àtnr de Hugues Capev, qei iw cite plusieurs exemples de Pauvreté, de Libéralité et d'Avarice. — La nionugM du Pur^'atoire tremble et les Ames se mettent à chanter : < Gloire à Dieu ! >

Contre un meilleur vouloir un autre vouloir ne doit pas lutter : donc, afin de plaire à cet esprit, aux dépens môme de mon plaisir, je retirai de l'eau l'éponge non saturée de ma curiosité.

Je me mis en marche, et mon guide marcha aussi dans iés lieux laissés libres le long des roches, comme on va sur un mur étroit en longeant les créneaux;

Cai' les âmes qui laissent fondre goutte à goutte par leurs yeux le mal qui tient le monde entier, remplissaient tout l'autre bord.

Maudite sois-tu, antique louve *, qui emportes pour ta faim profonde et insatiable plus de proies que toutes les autres botes ! (

0 ciel ! qui , par tes mouvements, changes, comme on ytiraîl le croire, les choses d'ici-bas, quand viendra celui devant lequel celle-ci doit s'enfuir?

Nous allions à pas lents et comptés, moi tout attentif aux ombres qu'avec pitié j'écoutais pleurer et se plaindie.

Et par hasard j'entendis crier devant nous : « 0 douce Marie ! » Et celte voix plaintive était comme celle d'une femme qui est dans l'enfantement.

Elle continua : « Tu fus pauvre, autant qu'on peut le voir par cette élable où tu déposas ton saint fardeau î »

Ensuite j'entendis : « 0 bon Fabricius ! tu aimas mieux posséder la vertu avec la pauvreté, que de grandes richesses avec le vice. »

Ces paroles m'étaient si agréables, que je passai outra pour connaître l'esprit d'où elles semblaient venues.

< L'AvariM.

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