‹ uvres de Dante AlighieriChapitre 56 sur 106 · LE PURGATOIRE. CHANT XXV · texte numérisé non relu

LE PURGATOIRE. CHANT XXV

» Ainsi l'air d'alentour prend la forrae que lui imprime firtuellement Tâme qui s'y est arrêtée.

» Et semblable à la flamme qui suit le feu dans tous ses mouvements, la forme nouvelle va toujours suivant l'esprit.

» Enfin, comme c'est de cette forme que l'âme tient son apparence , elle est nommée ombre ; ensuite elle organi/c chacun des sens, jusqu'à celui de la vue.

» De là nous parlons, de là nous rions, de là nous répandons les larmes et les soupirs que tu peux avoir entendus sur la montagne.

» Selon que nos désirs et nos autres passions s'émeuvent, l'ombre prend diverses figures : telle est la cause de ce qui t'étonne. »

Déjà nous étions arrivés à la dernière torture, et nous avions tourné à main droite; et un autre soin nous rendait attentifs.

En ce lieu le bord de la montagne darde la flamme en dehors , et le bord de l'abîme souffle en haut un vent qui repousse la flamme et l'éloigné de lui.

Donc il fallait aller un à un du côté ouvert; d'un côté je craignais le feu, de l'autre je craignais de tomber dans l'abîme.

Mon guide me disait : « Dans ce lieu il faut tenir le frein serré à ses yeux , car pour peu de chose on pourrait se tromper. »

Summœ Deus clementiœ^ , entendis-je alors chanter au milieu de cette grande ardeur, ce qui ne me rendit pas moins ardent de me retourner.

Et je vis des esprits allant par la flamme. Pour ce, je regardais, mais en portant ma vue tantôt sur leius pas, tantôt sur les miens.

Apics la strophe qui finit cette hymne, ils crièrent d'une voix haute : Virum non coifnosco* , ensuite ils reconunenoèrent l'hynme à voix basse.

L'ayant finie, ils crièrent encore ; « Diane resta dans ï»

* Hjmno clianUc aux utalioM àa tamedi.

* SaiMt Luc, 1.

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bois, et en chassa Hélice, qui avait goûté le poison de Vénus*. »

Ensuite ils se reprenaient à chanter; et ils célébraient les femmes et les maris qui furent chastes selon que Tordonnent la vertu et le mariage.

' Et ceci, je crois, leur suffit pendant tout le temps que le feu les brûle ; c'est par de tels soins et de tels exercices

Que leur plaie, la dernière du Purgatoire, se cicatrise.

CHANT XXVI

Saite. — Les poètes voirai d'autres Ames de Luxurieux qui, à traven les i

s'avançaient vers les premières. — A leur rencontre, elles s'emt'rassaieiil en citant divers exemples de Luxure, puis reprenaient leur roDte. — Dante s'entretient avec Guide Guinicellr, de Bologne, et Daniel Amault, de Provence.

Pendant que le long du bord nous allions ainsi l'un devant l'autre, souvent le bon maître disait : « Prends garde et aide-loi, puisque je t'avertis. »

Mon épaule droite était frappée par le soleil, qui, déjà rayonnant sur tout l'occident, changeait en un blanc pâle sa couleur bleu céleste.

Je faisais avec mon ombre paraître la flamme plus rouge; et, sui- un tel indice, je vis beaucoup d'âmes qui, tout en mài'chant, étaient fort préoccupées.

Ce fut à cette occasion qu'elles se mirent à parler de moi, et elles commencèrent à dire : « Celui-ci ne paraît pas avoir un corps fictif. »

Puis elles s'en assurèrent en s approchant de moi autant qu'elles le pouvaient, mais en se gardant toujours d'entrer là où elles ne se seraient pas brûlées.

« 0 toi, qui vas derrière les deux autres, non pour être plus lent, mais peut-être par respect, réponds à moi, qui brûle dans la soif et dans le feu.

• Nymphe de Diane, scduile par Jupiter.

LE I'U^l.^TOIRE. TnANT XXVI. 4H

» Ce n'est pas pour moi seulement que ta réponse est un Desoin ; tous ceux-ci en ont une soif plus grande que l'Indien ou l'Éthiopien de l'eau froide.

» Dis-nous, comment arrive-t-il que tu fasses de ton corps une muraille au soleil, comme si tu n'étais pas encore entré dans les rets de ia mort. »

Ainsi me parlait un des esprits, et déjà je me serais expliqué, si je n'étais devenu attentif à une autre nouveauté q;â m'appanit alors.

Par le milieu du chemin enflammé venait une seconde troupe, le visage tourné vers la première, ce qui me jeta dans le doute et Tétonnement.

Je vis de chaque côté chaque ombre se hâter, et s'embrasser Tune l'autre, mais sans s'arrêter, contentes de cette courte fête.

Ainsi, au milieu de leurs bruns bataillons, les fourmis viennent à la rencontre nez à nez, peut-être pour se questionner sur leur route ou sur leur butin.

Après cet accueil amical, et avant de courir son premier pas, chacune des âmes se fatigue aussitôt à crier à qui mieux mieux,

La nouvelle troupe : « Sodome et Gomorrhe! » et l'autre: tt Pasiphaé entra dans la peau d'une génisse afin que le taureau se ruât sur sa luxure. »

Ensuite, comme les grues qui se fussent envolées, partie vers les monts Riphées, {«rtic vers les pays de sables, les unes par crainte de la glace, les autres du soleil.

De même les doux troupes: l'une s'en va, l'autre s'en vient, et tout en pleurant elles reprenaient leurs premiers chants et les cris qui leur conviennent le plus.

Alors, comme devant, s'approchèrent de moi les mêmes âmes qui m'avaient interrogé; elles semblaient a'ientives et prêtes à m'écouter.

Moi, qui par deiu foi?' avais vu leur diisir, jo commençai : « 0 âmes sûres d arriver quelque jour à l'étal de paix,

» files membres ne sont point restés là-bas encoi'e verts

H2 LA DIVIM: r.OMI.DIE.

OU dé]h mûrs, mais ils sont ici avec moi, avec Ici» sang el avec leurs jointures.

«Je vais là-haut afin de n'être plus aveugle; au-dossi"^ de nous est une femme* qui nous procure cette grAoe: \Mi"i pourquoi je traîne ce corps mortel dans votre monde.

» Puisse aussi le plus grand de vos désirs être bientôt satisfait! Puisse le ciel, qui est le plus rempîi d'amour et le plus vaste, vous loger dans ses lambris!

» iMais dites-moi, afin que je puisse encore le mettre par écrit , qui étes-vous et quelle est cette foule qui s'en vient derrière vous? »

Le montagnard stupéfié ne se trouble pas autrement dans •on admiiation muette, quand, grossier et sauvage, il entre dai's une ville.

Que ne le fit chacune de ces ombres, à en juger par leur apparence; mais quand elles furent délivrées de cette stupeur , laquelle se calme vite dans les cœurs haut placés :

« Heureux toi qui, afin de mieux vivre, viens chercher l'expérience dans nos contrées! répondit l'ombre qui la première nous avait interrogés.

» Les âmes qui ne viennent pas avec nous commirent le péché pour lequel César, pendant son triomphe, s'entendait railler et appeler reine*.

» Klles s'éloignent donc en criant Sodome, en se faisant des reproches comme tu l'as entendu, et elles aident par leur honte la force de la flamme.

» Notre péché fut doublement contre nature; mais comme nous n'avons pas observé la loi humaine, en suivant au contraire notre appétit comme font les bètes,

» Pour notre opprobre, nous disons, en nous séparant, le nom de celle qui se changea en bète dans une enveloppe de bêle.

» Or tu sais nos actions et de quoi nous sommes coupables. Si tu veux par hasard savoir notre nom, je n'ai pas U temps de le dire et je ne le saurais.

• Béatrice.

• Voir Sut'lop .

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