LE PURGATOIRE. CHANT XXXII
Tel je sortis de mon sommeii, et je vis penchée siu moi celte femme compatissante qui auparavant fut la conductrice de mes pas le long du fleuve.
Et, plein d'appréhension, je dis : a Où est Béatrice ? »
Et elle : a Vois, elle est-assise sur les lacines de l'arbre aux feuilles nouvelles *.
» Vois la compagnie qui Tenvironne. Les autres suivent au ciel le Griffon en disant des chants plus doux et plus mystérieux que ceux qu'ils ont chantés dans ces lieux. »
Si sa réponse fut plus longue, je ne sais, parce que déjà était devant mes yeux celle qui avait fermé mon esprit à toute autre attention.
Elle était seule assise sur la terre nue, comme laissée à la garde du char que j'avais vu lier à l'arbre par la bête à deux formes.
Rangées en cercle et lui formant un cloître de leur personne, étaient les sept nymphes*, tenant en main ces lumières qui ne craignent pas l'Aquilon et l'Auster.
« Tu seras peu de temps habitant de cette forêt, et tu seras éternellement avec moi, citoyen de cette Rome dont le Christ est Romain';
» Donc, pour le profit du monde qui vit mal, tiens tes yeux fixés sur ce char, et, retourné là- bas , fais en sorte d'écrire ce que tu as vu. »
Ainsi parla Béatrice, et moi j'étais tout dévoué à ses commandements; je fixai mes yeux et mon esprit là où elle voulut.
Jamais avec un mouvement si rapide le feu ne descend d'un nuage épais, lorsqu'il descend du point du ciel le plu.« éloigné.
Que ne fondit sur l'arbre l'oiseau de Jupiter, rompant •on écorce, abattant ses fleurs et ses feuilles nouvelles;
Et de toute sa force il frappa le char, lequel plia comme
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140 Ik DIVINE COMÉDIE.
un navire en danger, et battu de droite el de gauche par la mer.
Ensuite je vis pénétrer dans rintcrieiu* du char triomphal un renard qui paraissait ne jamais s'ôtre nourri de bonne nourriture.
Mais ma Dame, le réprimandant de ses vilaines fautes, le fit fuir aussi vite que le lui pennirent ses os décharnés.
Ensuite, du môme côté d'où il était déjà venu, je vis l'aigle descendre dans le char et le laisser garni de ses plumes;
Et, pareille à la voix qui sort d'un cœur plaintif, une voix sortit du ciel, et elle disait : « 0 ma barque ! comme .u es mal chargée î »
Ensuite il me pai'ut que la terre s'ouvrait entre les deux roues, et j'en vis sortir un dragon qui enfonça sa queue à travers le char.
Et comme la guêpe qui retire son aiguillon, de même en retirant sa queue malfaisante, il arracha une partie du fond du char, et il s'en alla coulent, content.
Ce qui resta du char, pareil à la terre vivare qui se recouvre de chiendent, se recouvrit de la plume offerte par l'aigle, peut-être avec une intention chaste et bienveillante.
L'une et l'autre roue et le timon en furent couverts en si peu de temps, qu'un soupir retient plus longtemps la bouche ouverte.
Ainsi transformé, le saint édifice fit sortir des têtes de ses diverses parties, trois sur le timon el une à chaque angle.
Les premières étaient cornues comme celles des bœufs, mais les quatre autres avaient une seule corne sur le front; pareil monstre n'a jamais été vu.
Aussi sûre qu'une foiteressc sur une haute montagne, je vis s'asseoir sur le cliar une prostituée toute débraillée, et qui promenait ses yeux autour d'elle.
Et, comme pour empêcher qu'on ne la lui enlevât, je vii un géant debout auprès d'elle, et tous deux s'embrassaieni de temps en temps.