LE PARADIS. CHANT II
l'être, je rends grâce à celui qui m'a enlev(5 du monde mortel.
» Mais dites-moi quelles sont les taches obscures de ce corps lunaire qui, là-bas sur terre, font raconter tant de Êibles sur Caïn » ? »
Elle sourit un peu, et puis elle me dit : a Si Topinion des mortels s'égare là où la clef des sens ne peut ouvrir,
» Certes les flèches de Tétonnement ne devraient point te piquer désormais; puisque, si elle vient après les sens, tu vois que la raison a de courtes ailes.
» Mais dis-moi ce que par toi-même tu en penses. » Et moi ; a Ce qui m'apparaît ici-haut de forme diverse est produit, je crois, par des corps raréfiés et des corps denses •. »
Et elle : « Tu verras d'une manière certaine que ta croyance plonge dans le faux, si tu écoutes bien l'argument que je lui opposerai.
» La huitième sphère montre plusieurs étoiles', lesquelles, et pour la qualité et pour la quantité de la lumière, se peuvent noter comme étant de dittérents aspects.
» Si des corps raréfiés et denses produisaient toutes ces différences, il n'y aurait, dans toutes ces étoiles, qu'une seule vertu distribuée en plus ou en moins , ou bien également.
» Or, des vertus diverses doivent être le fruit de principes formels; et tous ces principes, hormis un seul *, seraient détruits par ton raisonnement.
u De plus, si un corps raréfié formait ces taches brunes dont lu demandes la cause, alors, ou la planète serait en quelque point privée de sa matière ;
w Ou comme le corps d'un animal, qui montre tantôt le
* Dao* le* Ucbetf de la lune, le peuple croyait voir Caïn portant an fagot.
* Raro ; ce mot manque m français, malt Fcnelou a employé raréfié daoa U itne tent originel.
* Les ('toiles fixes, physique dn teapt de i
* Lee corps raréfies et dcDsee.
♦-5* LA DIVINE coMf.nir
gras, tantôt le maigre, ainsi, dans si ^ parties, la
planète changerait de couleur.
» Si des corps raréfiés formaient ces taches, cola deviendrait manifeste dans les éclipses du soleil, car sa lumièr»' passerait à travers la lune, comme elle travci-sc les autrecorps raréfiés.
» Ce qui n'est pas. Donc U faut examiner l'autre supp-sition; et s'il arrive encore que je la renverse, ton opinio: sera démontrée fausse.
» Si ce corps raréfié ne peut traverser la lune, il f.iw; qu'il y ait un point où son contraire ne le laisse pluh passer;
» Et de là le rayon rejaillit, comme la couleur revient par un verre qui est douhlé par une feuille de plomb.
» Mais tu diras que le rayon paraît ici plus obscur qu'en d'autres parties, parce qu'il se réfracte à une grande profondeur.
» Quant à cette objection, tu peux t'en délivrer par l'expérience, cette fontaine d'où découlent les ruisseaux de vos arts '.
» Tu prendras ti-ois miroii's; places-en deux loin devant toi, à une même dislance; le troisième, place-le plus au loin; puis fixe les yeux entre les deux premiers.
» Tourné ainsi vers ces miroirs, aie soin que derrière toi s'élèvo une lumière qui éclaire les trois miroirs et revienne à toi, répercutée par eux tous;
» Alors, bien que le plus éloigné ne répande pas tmc lumière si étendue, tu verras qu'il éclaire aussi vivonv • que les deux autres.
» Maintenant, comme sous les coups des chauds luyt.i;les lieux que couvrait la neige sont délivrés de sa couknu et de sa froidure première;
» Ainsi , dégagé de ses fausses opinions, ton esprit va recevoir, par ma volonté, une lumière si vive, qu'à son aspect tu le sentiras scintiller.
ExperieDtia inagisua reruin.