LE PARADIS. CHAWT VIII
«S étoiles ne sont pas défectueuses, comme serait défectueux le premier esprit qui ne les eût pas créées parfaites.
» Veux-tu que cette vérité te devienne encore plus claire? » Et moi : « Non! car je juge impossible que la nature manque dans ce qui est nécessaire. »
Et l'âme, derechef: « Çà, dis-moi : serait-ce sur terre une pire existence pour l'homme s'il ne vivait pas en société? — Oui, répondis-je, et ici je n'en demande pas la raison.
— Et cela peut-il être , si là-bas Thomme ne vit pas diversement en diverses professions? Non, si votre maître a dit vrai dans ce qu'il a écrit. »
I/âme, en poursuivant ses déductions, arriva à ceci; puis elle conclut : « Donc vos effets divers doivent avoir des causes diverses ;
» C'est pourquoi l'un naît Solon, et l'autre Xerxès, l'autre Melchisédech, et l'autre celui qui perdit son fils, comme son fils volait dans l'air.
» La nature des cercles célestes, qui donne son empreinte à la cire mortelle, fait bien son travail, mais ne dislingue pas où elle l'applique.
» De là il advient qu'en sortant de sa mère Ésaû se sépare de Jacob, et que Quirinus naît d'un père si vil, qu'on le fait remonter à Mars *.
La nature engendrée serait toujours conforme à la nature qui cngeudre*, si la providence divine n'était pas la plus forte.
» Ton esprit tient maintenant ce qui le fuyait; mais, afin que tu saches que je me complais à l'instruire, je veux l'armer encore de ce corollaire :
» Toujours la nature est stérile si la fortune lui est ennemie, comme toute autre semence répandue hois du sol qui ui convient.
• E[ si le monde s'appuyait là-bas sur les fondemenu
I Bomulus, iiii de Rhôa Sjlvia et du dieu Man. ■ L* oautrc du filii «erait coororme à celle du pire
♦ 82 LA DIVINE COMÉDIK.
que pose la nature, il aurait certainement des habitiBt meilleurs
» Mais vous tournez à la religion tel qui était né pour eindre l'épée, et vous faites roi tel qui devait être prédtateur :
p C'est ainsi que vos pas sont hors de ht vraie route, »
CHANT IX
Le poète trouve encore daus la iilanf^f^ de VotHis CqbIuas 'Ti-t i'*rinli^ d> W^ flUDO, laquelle lui prédit les malheurs réservéi à la Mircbede Trérue. -^U converse eusuite arec le troubadour Foulques de Marseille.
Après que ton père Charles, belle Clémence', eut éclaira mes doutes, il me raconta les trahisons que devait essuyer sa race;
Mais il dit : « Tais-toi, et laisse tourner les années; donc je ne puis rien dire, sinon que de justes regrets suivront tous vos malheurs. »
Et déjà la vivante et sainte lumière" s'était tournée vers le soleil <iui la remplit, comme vers le bien qui suffit à toute chose.
0 âmes abusées, folles et impies, qui détournez vos pensées d'un tel bien en les dirigeant vers les vanités!
Et voilà qu'une autre de a^s splendeurs descendit vers moi, et elle montrait, par les clartés dont elle s'entourait, son envie de me plaire.
Les yeux de Béatrice, qui s'étaient fixés sur moi comine auparavant, m'assurèrent du doux assentiment donné par elle à uion désii*.
tt Oh! satisfais aussitôt ma volonté, esprit bienheureux, lui dis-je, et donne-moi la preuve que tout ce que je pense «e peut réûéchir en toi. »
■ Fille de Charles Marteli roi de Hoogri^ n épouse de Louis le Huuc, roi <le France.
* <:ii4rlef MarUl.