LA DIVINE COMEDIE AVANT DANTE
Lucrèce compaie si admirablement la vie. Le flambeau antique ue séleiiU jamais : Dante Ta pris des mains de Virgile p-iur en éclairer le monde moderne.
Chaque époque a sa poésie qui lui est propre, et ■r^ai ne sav raitêtre pourtant qu'une manière diverse d'envisager, sous ses formes variées, le problème de la destinée humaine-, car nous sommes de ceux qui croient, avec Théodore Jouffroy, que toute poésie véritable, que toute grande poésie est là, que ce qui ne s'y rapporte point n'en est que la vague apparence et lo ixîflet. Cette blessure au flanc que l'humanité porte après elle, ce besoin toujours inassouvi qui est en nous et que la lyre doit célébrer; en un mot, tout ce qu'Eschyle pressentait dans le Prométhce , tout ce que Shakespeare a peint dao» Hamlel, ce pourquoi dontManfred demande la solution à l'univers, ce doute que Faust cher.he à combler par la science, ^'erther par l'amour, don Juan par le mal, ce contraste de notre néant et de notre immortalité, toutes ces sources de l'éternelle poésie étaient ouvertes dans le cœur d'Alighieri. Lassé (le la vie, dégoûté des hommes, Dante s'est mis au delà ou It'inbeau pour les juger, pour châlicr le vice, pour chanter I hymne du bien, du vrai et du beau. C'est un de ces maîtres limés qui sont surs do ne jamais luouiir, car l'humanité, qui
i<in|)(;i(. a Icuc (t'uvre, reconnaîlia toujoi;:^ en eux sa grto» t .Li.- el sa lui^è^e.
GUARDS LiBlTTK.
NOTICE SUR BaNTE.
Celui qui devait être ïe chantre du catholicisme, Dante, Jiaquit i Florence, en l'année 1265, d'Alighiero degli Elisei, jurisconnilte célèbre d'une très-ancienne famille, et de donna Bella. Dèt l'âge de trois ans il penlit son père, et biefitôt sa mère, qui, en mourant, le confia au secrétaire de la république. Durante (car Dante n'est que le diminutif de son nom) étudia tour à tour à Florence, à Bologne et à Padoue, et acquit dans les lettres, dans let sciences, et même dans les arts, les connaissances les plus variées. Cette force encyclopédique se retrouve chez tous les grands Italiens. Les passions les plus opposées agitèrent aussi cette âme moftt/e, comme il le dit lui-même. La Yita Numa nous raconte cet amour conçu dès l'enfance pour la fille de Folco Portinari, cette Béatrice qui, après sa mort prématurée, devint, par une transfigiiration platonicienne, le symbole de la théologie. En 1291, l'an- Dce qui suivit la perte de Béalrice, il épousa Gemma Donati. Sii enfants (cinq garçons et une fille) lui naquirent de ce mariage; mais il n'y trouva point la paix désirée, et Gemma fut, dit-on, rendue à sa famille.
L'homme inquiet aborda alors la politique xjhs 1289 et 1290, il avait vaillamment combattu contre les Gibelins, et la fameuse bataille de Campaldino le vit exposé aux plus grands dangers.
Il r?it nommé, en 1300, un des prieurs de Florence. Ici commencent ses infortunes. Les factions si connues des Gibelins et des Guelfes désolaient alors la république : ce fut l'avis de Dante d'exiler les chefs des deux factions. Les Noirs on Guelfes, attachés au parti du pape, furent envoyés à Caslello délia Pieve; les Blancs 011 (iibelins, qni tenaient pour l'empereur, furent relégués à Sernzzana. Le prieur, selon qu'il l'affirme dans sc5 lettres, n'aidn-t-il point aU retour des blancs? Toujours estnl que tC9 Noirs, rcntréi à Florewee, en 1302, par le secours de Cliarieï de Valois, massacrèrent ou chassèrent à leur tour leurs ennemis, et instruisireo contre les prieurs. Dante était alors en amhassade près du pape. U reçoit l'ordre de venir se justifier. Sur son refus^ ses biens soie