LE PAR\D1S. CHANT X
Et j'entendis une des lumières parler ainsi : « Puisque (e rayon de la grâce dont s'allume le véritable amour, quj lui-même s'accroît toujours en aimant,
» Brille multiplié en loi de telle sorte, qu'il te conduit en haut par cette échelle, que, sans la remonter, personne ne desccna,
» Celui qui refuserait à la soif le vin de sa fiole ne serait pas plus en liberté que l'eau qui ne peut descendre vers la mer.
» Tu veux savoir de quelles plantes fleuries est tressée cette guirlande qui contemple en l'entourant îa belle Dame, ton guide et to:^ soutien dans le voyage du ciel :
» Je fus un des agneaux du saint troupeau que menait Dominique dans le chemin où l'âme se fortifie si elle ne s'égare pas.
» Celui qui est le plus p^ès de ma droite fut mon frère et mon maître : c'est Albert de Cologne; et moi, je suis Thomas d'Aquh).
» Si tu veux savoir qui sont tous les autres, que tes yeux suivent bien mes paroles en faisant le tour de la bienheureuse couronre.
» Cette autre étincelle sort du sourire de Gratien *, qui par ses écrits fui si utile à l'un et l'autre droit, qu'il fut agréé dans le Paradis.
» L'autre, après lui, ornement de notre chœur, fut ce Pierre * qui, comme la veuve, ofl'rit son trésor à la sainte Église.
La cinquième lumière 5, qui parmi nous est la plus belle, brûle d'un tel amour, que là-bas tout le monde a soif d'en savoir des nouvelles.
î> En elle est donc le haut esprit, en qui une science si profonde fut infuse, que, si la vérité est la vérité, il ne s'en éleva pas un second qui eût tant appris.
* BifDffdictin de Saiol-Fëliz, 4 Bulogue, auteur de la Concordé du tanont dit' tordants.
* Pierre Lombard, Mrnomaë U Mailn da ienteneu.
» Ensuite tu vois la lumière de ce cicr^c qui, là-bas, t le mieux vu dans la nature des anges et connu leur ministère *.
» Dans l'autre petite lueur sourit cet avocat des temples chrétiens, dont Augustin a mis à profit la doctiine*.
» Maintenant, si tu diriges l'œil de ton esprit de lumière en lumière, en suivant mes éloges, tu dois avoir soif de con naître la huitième.
» En elle se réjouit de la vue du souverain bien Tâme sainte qui montre à nu le monde trompeur à celui qui veut bien la consulter ^.
» Le corps d'où elle fut chassée repose à Cieldauro, et elle du martyre et de l'exil, est venue vers cette paix céleste.
» Vois plus loin jeter des flammes l'ardent espiit d'Isidore, de Bcde et de Richard *, qui dans ses contemplations fut plus qu'un homme.
» Celle-ci, dont ton regard se détourne en revenant vers moi, est la lumière d'un esprit à qui, dans ses graves pensées, la mort paraissait trop lente;
» Elle est réternelle clarté de Séguier *, qui, en professant dans la rue du Fouarre, excita l'envie par des syllogismes tous remplis de vérités. »
Ensuite, comme l'horloge qui nous appelle à l'heure où i'Éj)ouse de Dieu * se lève pour chanter à l'Époux matines et mériter son amour,
Et comme alors deux rouages tirent d'un sens et d'un
> Dcnyg l'Aréopagite, à qai ron attrihie |J tioltë Dt calesti hitrarehid. Paul Orosius.
* BoëcR, souvent consalté par Dante, est enseveli dans réglisc du Ciel-il'or, .k Favie.
' Richard, chanoine régulier de Saiut-Victor.
* Ou Sigcr de Courlray, professeur, dons la rue du Fouarre, à Paris. < Nel viee detjli slrami, > dil le poët?. — < L'Université avait aulrefois des é^)les dos dcuj colos de celte rue. Klle prit son nom de rue du Fouarre, vieux moi qui siL;Difie de la paille, de la grande (|uanlité qu'en faisaient apporter les ëfuliert. Ils q'i «MIS dans les classes que sur de la paille. > (SAUlTE>f oix.)
' L'Église.
LE PAltAOIS. CHANT XI. 491
autre, en sonnant tin-tin avec des notes si douces*, que '/esprit heureusement disposé s'enfle d'amour,
Ainsi je vis la glorieuse sphère se mouvoir et faire se répondre les voix dans une harmonie si pleine de douceur, qu'elle ne peut être connue
Que là où la joie s'éternise.
CHANT XI
Le ffraBd Aocbeax taint Tfaomat résout quelques idoatet <|ti*tl « ééconveits daat l'etpht du poëte. — Il raconte ensuite la vie sëraphique de «alnt -François d'As»
0 soins insensés des mortels ! combien sflnt défectueux ies raisonnements qui rabaissent votre vol et vous font battre la terre de vos ailes !
Les uns s'adonnaient au droit, les autres aux aphorismes de la médecine ; ceux-ci suivaient le sacerdoce, et ceux-là régnaient p^r force et par sophismes;
Quelques-uns volaient, quelques-uns s'appliquaient aux affaires publiques; plusieurs s'énervaient dans les plaisirs de la chair, et d'autres se donnaient à l'oisiveté.
Tandis que moi, libre de toutes ces choses, j'étais monté avec Béatrice jusqu'au ciel, où m'était réservé un si glorieux accueil.
Lorsque chacune des âmes fut revenue au poin*. du cercle où elle était auparavant, elle s'arrêta comme sur son chandelier la chandelle *.
Et j'entendis dans cette lueur •, qui d'atbord m'avait parlé, une voix qui commençait ainsi en souriant et en devenant plus douce et plus pure :
a Comme je m'allume aux rayons de la lumière éternelle,
• Tin lin sonando eon si dolcenota.
• Fermo il corne a candelier candcla.
Comme la cire resle immobile dans le Rambeaa. (AiTAUnJ •Saint Tkoma 'Aq»»»».
492 LA DIVINK COMÉDIE
de même, en regardant les pensées dans sa divine clarté, j'en aperçois les causes.
» Tu as des doutes et tu as aussi le désir que ma bouche emploie des paroles si claires et si ouvertes, que je metle à la portée de ton intelligence
» Ces autres paroles où j'ai dit * Chemin où l'on se fortifie, et celles-là : // ne s'en éleva pas un second. Or il est néces- •aire ici de bien distinguer.
» La Providence, qui gouverne le monde avec cette science où tout regard humain est vaincu avant d'être arrivé jusqu'au fond,
» Afin d'amener jusqu'à son Bien-Aimé^ l'épouse de celui qui, en jetant un cri vers les hauts, l'épousa avec son sang béni,
» Afin de la lui amener plus confiante en elle-même et à lui plus fidèle, la Providence établit en sa faveur deux princes pour la guider dans la charité et la sagesse :
)) L'un fut tout séraphique par son ardeur'; l'autre par sa gj-ande sapience fut sur terre un reflet de la lumière des chérubins^.
» Je parierai d'un seul, car c'est parler des deux, si l'on prend l'un ou si l'on prend l'autre; puisque leurs œuvres tendirent vers une seule et même fin.
» Entre le Tupino et l'eau qui descend de la colhne choisie pour sa demeure par le bienheureux Ubald, une côte fertile découle de cette haute montagne,
» D'où Pérouse sent venir le froid ou le chaud par la Porte du Soleil *, tandis que derrière la montagne pleurent soui leur joug pesant Nocera et Gualdo.
» Sur cette côte, là où la pente devient mohis roide, naquit au monde un soleil, comparable au nôtre, qui semble parfois sortir du Gange.
)) Or, que ceux-là qui veulent parler de ce heu ne rappellent pas Assise, car ce nom dirait trop peu de chose,-
' L'hjilisc, cpousc du Christ.
' Sailli François.
' Saint UumMii(|ue.
* Porte de Përusue qai conduit à AisÏM.