LE PARADIS. CHANT XI
mais qu'Us rappellent Orient, s'ils veulent enûployer le mot propre.
» Ce soleil n'était pas encore très-loin de son lever, qu'il commençait à faire sentir à la terre quelque bon effet de sa grande vertu.
» Car, tout jeune, il se mit en guerre avec son père, par attachement pour cette femme * à qui, comme à la mort, nul n'ouvre la i)orte avec plaisir.
» Et devant sa cour spirituelle, et coram paire, il s'unit à sUe ; ensiiite de jour en jour il l'aima plus fortement.
» Elle, veuve de son premier mari ', depuis mille et cent ins et plus, obscure et mc'prisée, était restée jusqu'à celui-ci sans être recherchée par aucun autre.
» De rien ne lui servit d'ouïr que celui qui avait mis tout le monde dans l'épouvante l'avait trouvée sans peur, au son de sa voix, près de son cher Amyclas ' ;
» De rien ne lui servit d'avoir été si constante et si assurée, que, tandis que Mai-ie resta au pied de ia croix, elle y monta avec le Christ.
» Mais, afin de ne pas continuer dans un style trop voilé, François et la Pauvreté sont les deux amants qu'on devra reconnaître désormais dans mes paroles diffuses.
» Leur concorde et leurs visages empreints d'allégresse, leur amour, leur étonnement, leurs d^ux regai-ds, étaient pour autrui la cause de saintes pensées
» Tant que le vénéi ablc Bernard se déchaussa le premier pour courir après un tel prix, et tout en courant il lui semblait aller avec lenteur.
» 0 richesse ignorée ! ô bien virilable ! Égidius se déchausse. Sylvestre se déchausse aussi à la suite de l'Époux, tant l'épouse leur plaît.
» Des lors ce père et maître s'en va avec sa Dame * cl avec cette famille qui déjà nouait l'humble cordon. •
• La Pauvrcic.
• Le Chnsl.
• Le (>èibcur qui dans M barque pusa César d'Épira ou Italie. La Pavvreté.
494 LA MVINE COMÉDIE.
» lit ce n*est point une lâcheté de cœur qui lui fit baisseï les yeux, parce qu'il était fils de Bernardune ', et qu'il paraissait étonnamment méprisable;
» Mais il commun? -jua royalement à Innocent sa règle austère, et il reçut la première approbation de son ordre.
» Quand se fut accru le pauvre troupeau de ce pasteur, dont la vie admirable se chanterait mieux parmi les gloires du ciel,
» L'Éternel Esprit, se servant d'Honorius, orna d'une seconde couronne la sainte volonté de l'archimaTidiite;
» Et lorsque, par soif du martyre, il eut prêché en pré- •ence du Soudan superbe le Christ et ceux qui le suivirent,
)) Trouvant ces nations trop rebelles à la conversion, afin de ne pas rester inactif, il revint cueillir les fruits de ses piailles d'Italie.
)> Sui- un âpre rocher, entre le Tibre et TArno, il reçut du Christ les derniers stigmates que ses membres portèrent deux ans.
» Quand il plut à celui qui l'avait élu pour un si grand bien de l'élever à la récompense qu'il méritait pour s'être fait si humble,
» Il recommanda à ses frères, comme à des héritiers légitimes, sa Dame tant aimée, et il leur commanda de l'aimer fidèlement.
» Alors la belle âme voulut se détacher de l'enveloppe mortelle pour retourner dans son royaume, et elle ne voulut pour son corps d'autre bière que celle de la pauvreté.
» Pense maintenant quel fut le digne collègue de François chargé de maintenir la barque de Pierre dans la haute mer, et de la diriger vers son but.
» Or, ce fut notre palriarchc*. Aussi, tu peux le voir : celui qui va, suivant Dominique, selon qu'il le commande, charue une bonne marchandise.
' Marchand de laine à Assise. Saint François y naquit en 118'i. U fut surnomma François pour sa connaissance de la langue françoisc, dont se servaient 1m ùomnerçants italiens.
' Sainl Domiuiquo.
LE PARADIS. CHAKT XII. 40o
» Mais son tioupcau est devenu si avide d'une nourriture nouvelle, qu'il ne peut pas ne se point répandre dans divei's pâturages ;
» Et plus ses brehis vagabondes s'écartent et vont loin de lui, plus elles retournent au bercail vides de lait.
» Il en est bien qui craignent le danger et se serrent autour du pasteur; mais elles sont si peu, que peu de di*af suffit pour les enf roquer.
» A celte heure, si mes paroles ne sont pas obscures, si ton attention est restée soutenue, si ton esprit se rappelle ce que j'ai dit,
» Ton désii' doit être en partie satisfait ; puisque tu auras TU où la plante peut s'cbrancher, et que tu auras compris la restriction incluse dans mon précédent raisonnement, quand je disais :
» Où l'on se fortifie, si Von ne s'égare pas. )»
CHANT XII
iannt TYiomai a3raDt fini de parler, la eonronne des Ames Iiminenscs se remel à' toarner, ol bientôt apparaît une seconde couronne, pluB grande, composée de Bienheureux. — Parmi eux est saint BonavenUire. — Il raconte au poète la vie de saint Dominique, et lui nomme les Ames qui habitent le Soleil. — Tout ce cl»nt est consacré à la gloritication de I» vie rcligit use.
Dès que la flamme bienheureuse ' eut dit ces dernières paroles, la sainte meule commença à tourner^
Et elle n'avait pas tourné une fois sur elle-même, qu'une autre sphère, l'enfermant da-ns un cercle, unil et accorda mouvement à mouvement, et chant à chant.
Or ces chants surpa.ssaient autant ceux de nos^ muses et de nos sirènes, dar-s ?es douces mélodies, qu une iumière directe surpasse une iumière réflé'chie.
Comme on voit deux arcs parallèles et de même couieul
* Saiot TbomM d'Aantak
se colirbor sur un nuage' délicat, quand Junon dépêche S4 messagère,
De sorte que celui du dehors naît de celui du dedana (pareil en ceci à la voix de cette nymphe errante que Tamour consuma ainsi que le soleil consume les vapeurs*),
CoîTime on voit, dis-je, se courber ces deux arcs qui sont un présage pour les hommes, à cause de ralliance que Dieu fit avec Noé, que jamais plus ils n'auront de déluge,
Do môme les deux guirlandes de ces roses éternelles tournaient autour de nous, et la guirlande extérieure répondait à celle du dedans.
Lorsque la danse et toute cette grande fête de chants et de flammes, échangées entre elles par ces lumières joyeusey et caressantes.
Se furent arrêtées ensemble et unanimement (semblables aux yeux qui s'ouvrent et se ferment ensemble, dociles à la volonté qui les meut).
Du cœur de l'une des nouvelles lumières sortit une voix* qui, en me tournant vers le lieu d'où elle venait, me rendit tel que l'aiguille se tournant vers le pôle.
Et elle commença ainsi : a L'amour qui me fait belle m'entraîne à discourir de l'autre chef, à l'occasion duquel on a parlé du mien si favorablement.
» 11 est juste que là où est l'un d'eux, l'autre paraisse aussi; puisqu'ils ont milité pour la même cause, il faut que leur gloire brille en môme temps.
• » L'armée du Christ, qu'il coûta si cher de réarmer, suivait son enseigne, lente, craintive et peu nombreuse,
» Lorsque l'Empereiu- qui règne toujours s'alarma des dangers de cette milice; non qu'elle en fût digne, mais par un eflet de sa grâce ;
» El, comme il a été dit- il envoya au secours de son Épouse «.'eux champions, jlux gestes et pai'oles desquels 86 rallia le peuple égaré.
Éclio.
' Saisi BouavcDture, ^c docteur séraphique, ne e» 13SI