‹ Œuvres de DantonChapitre 4 sur 26 · ŒUVRES · texte numérisé non relu

ŒUVRES

DE

DANTON

DISCOURS PRONONCÉ LE JOUR DE SON INSTALLATION COMME SUBSTITUT DU PROCUREUR DE LA COMMUNE*

Novembre 1792.

Monsieur le maire et messieurs,

Dans une circonstance qui ne fut pas un des moments de sa gloire, un homme dont le nom doit être à jamais célèbre dans rhistoire de la Révolution, disait: qu'il savait bien • •. ♦

i. FréroD, en rapportant ce discours dans VOraieur du Peuple, l€ fait précéder des réflexions suivantes : c M. Danton^ je vais rapport ter votre discours, non parce qu'il renferme des vérités frappantesi mais parce que la profession de foi que vous adressez au peuple, lu^ servira de pièce de comparaison, et qull pourra, si vous êtes fidèlf à vos principes, lorsque la cour voudra l'enchaîner, se raUier autoui de vous. Vous avez de grands moyens, faites-les valoir, ou sinon, ji vous poursuivrai avec le même acharnement que je poursuis tots: ceux qui nuisent à la chose publique. »

îuiln'y avait pas loin du Gapîtole à la roche Tarpéienne; 3t moi, vers la môme époque à peu près, lorsqu'une sorte ie plébiscite m'écarta de Tenceinte de cette assemblée où m'appelait une sectiou de la capitale, je répondais à ceux qui attribuaient à TafEaiblissement de Ténergie des citoyens, ce qui n'était que l'effet d'une erreur éphémère, ^u'il n'y avait pas loin pour un homme pur, de l'ostra- :5isme suggéré aux premières fonctipns de la chose publique, ^'événement justifie aujourd'hui ma pensée; l'opinion, non iG vain hruit qu'une faction de quelques mois ne fait ré- <^ner qu'autant qu'eile-méme, l'opinion indeetructible, celle |ui se fonde sur des faits qu'on ne peut longtemps obscurcir, :ette opinion qui n'accorde point d'amnistie aux traîtres, et iont le tribunal suprême casse les jugements des sots et les iécrets des juges vendus à la tyrannie, cette opinion me appelle du fond de ma retraite où j'allais cultiver cette nétairie qui, quoique obscure et acquise avec le remboursement notaire d'une charge qui n'existe plus n'en a pas noins été érigée par mes détracteurs en domaines imnenses, payés par je ne sais quels agents de l'Angleterre et le la Prusse.

Je dois prendre place au .milieu de vous, messieuru, puisque tel est le vœu des amis de la liberté et de la constitution; je le dois d'autant plus que ce n'est pas dan» le moment où la patrie est menacée de toutes parta, qu'il est permis de refuser un poste qui peut avoir sea dangers, comme celui d'une sentinelle avancée. Je serais entré silendeusement ici dans la carrière qui m'est ouverte, après avoir dédaigné pendant tout le cours de la Révohitton de repousser aucune des calomnies sans nombre dont j'ai été assiégé, je ne me permettrais pas de parler un seul instan» de moi, j'attendrais ma juste réputation de mes actions et du temps, si les fonctions déléguées auxquelles je vais me livrer, ne changeaient pas entièrement ma position. Comme individu, je méprise les traits qu'on me lance, lis

ce me paraissent qu'un vain sifflement; devenu homme do peuple, je dois, sinon répondre à tout, parce qu'il est des choses dont il serait absurde de s'occuper, mais au moins lutter corps à corps avec quiconque semblera m'attaquei avec une sorte de bonne foi. Paris, ainsi que la Frfince entière, se compose de trois classes; Tune ennemie de toute liberté, de toute égalité, de toute constitution, et digne de tous les maux dont elle a accablé, dont elle voudrait encore acabler la nation; celle-là je ne veux point lui parler, je ne veux que la combattre à outrance jusqu'à la mort; la seconde est Télite des amis ardents, des coopérateurs, des plus fermes soutiens de notre Révolution, c'est elle qui a constamment voulu que je sois ici; je ne dois non plus lui rien dire, elle m'a jugé, je ne la tromperai jamais dans son attente : la troisième, aussi nombreuse que bien intentionnée, veut également la liberté, mais elle en craint les orages; elle ne hait pas ses défenseurs qu'elle secondera toujours dans les moments de périls, mais elle condamne souvent leur énergie, qu'elle croit habituellement ou déplacée ou dangereuse; c'est à cette classe de citoyens que je respecte, lors même qu'elle prête une oreille trop facile aux insinuations perfides de ceux qui cachent sous le masque de la modération Tatrocité de leurs desseins ; c'est, dls-je,à ces citoyens que je dois, comme magistrat du peuple, me faire bien connaître par une profession de foi solennelle de mes principes politiques .

La nature m'a donné en partage les formes athlétiques, et la physionomie âpre de la liberté. Exempt du malheur d'être né d'une de ces race^ privil^iées suivant nos vieilles institutions, et par cela même presque toujours abâtardies, j*ai conservé, en créant seul mon existence civile, toute ma vigueur native, sans cependant cesser un seul instant, soit dans ma vie privée, soit dans la profession que j'avais embrassée, de prouver que je savais allier le sang' froid de la raison à la chaleur de l'âme et â la fermeté du caractère.

Si dès les premiers jours de notre régénératiOD, j'ai éprouvé tous les bouillounements du patriotisme, si j'ai consenti à paraître exagéré pour n'être jamais faible, si je me suis attiré une première proscription pour avoir dit hautement ce qu'étaient ces hommes qui voulaient faire le procès à la Révolution, pour avoir défendu c?ûx qu'on appelait les énergumènes de la liberté, c'est que je vis ce qu'on devait attendre des traîtres qui protégeaient ouvertement les serpents de l'aristocratie.

Si j'ai été toujours irrévocablement attaché à la cause du peuple, si je n'ai pas partagé l'opinion d'une foule de citoyens, bien intentionnés sans doute, sur des hommes dont la vie politique me semblait d'une versatilité bien dangereuse, si j'ai interpellé face à face, et aussi publiquement que loyalement, quelques-uns de ces hommes qui se croyaient les pivots de notre Révolution; si j'ai voulu qu'ils s'expliquassent sur ce que mes relations avec eux m'avaient fait découvrir de fallacieux dans leurs projets, c'est que j'ai toujours été convaincu qu'il importait au peuple de lui faire connaître ce qu'il devait craindre de personnages assez habiles, pour se tenir perpétuellement en situation de passer, suivant le cours des événements, dans le parti qui offrirait à leur ambition les plus hautes destinées; c'est que j'ai cru encore qu'il était digne de moi de m'expliquer en présence de ces mêmes hommes, de leur dire ma pensée tout entière, lors même que je prévoyais bien qu'ils se dédommageraient de leur silence en me faisant peindre par leurs créatures avec les plus noires couleurs, et en me préparant de nouvelles persécutions.

Siy fort de ma cause, qui était celle de la nation, j'ai préféré les dangers d'une seconde proscription judiciaire, fondée non pas même sur ma participation chimérique à une pétition trop tragiquement célèbre, mais sur je ne sais quel conte misérable de pistolets emportés en ma présence, de la chambre d'un militaire, dans une journée à jamais mé-

morable, c'est qae j'agis constamment d'après les lois éternelles de la justice, c'est que je suis incapable de conserver des relations qui deviennent impures, et d'associer mon nom à ceux qui ne craignent pas d'apostasier la religion do peuple qu'ils avaient d'abord défendu

Voilà quelle fut ma vie.

Voici, messieurs, ce qu'elle sera désormais.

3'ai été nommé pour concourir au maintien de la Constitution, pour faire exécuter les lois jurées par la nation; eh bien , je tiendrai mes sermens, je remplirai mes devoirs, je maintiendrai de tout mon pouvoir la Constitution, rien que la constitution^ puisque ce sera défendre tout à la fois l'égalité, la liberté et le peuple. Celui qui m'a précédé dans les fonctions que je vais remplir, a dit qu'en l'appelant au ministère le roi donnait une nouvelle preuve de son attachement à la Constitution : le peuple, en me choisissant, veut aussi fortement, au moins, la Constitution; il a donc bien secondé les intentions du roi? Puissions-nous avoir dit, mon prédécesseur et moi, deux éternelles vérités! les archives du monde attestent que jamais peuple lié à ses propres lois, à une royauté constitutionnelle, n'a rompu le premier ses serments; les nations ne changent ou ne modifient jamais leurs gouvernements que quand l'excès de l'oppresion les y contraint: la royauté constitutionnelle peu* durer plus de siècles en France que n'en a duré la royauté despotique.

Ce ne sont pas les philosophes, eux qui ne font que de? systèmes, qui ébranlent les empires; les vils flatteurs dee rois, ceu\ qui tyrannisent en leurs noms le peuple, et qui l'affament, travaillent plus sûrement à faire désirer un autre gouvernement que tous les philanthropes qui publient leurs idées sur la liberté absolue. La nation française est devenue plus fière sans cesser d'être plus géné- . reuse. Après avoir brisé ses fers, elle a conservé la royauté sans la craindre, et Ta épurée sans la haïr. Que la royauté

respecte un peuple dans lequel de longues oppressions n'ont point détruit le pencl^tnt à être confiant, et souvent trop confiant; qu'elle livre elle-même à la vengeance des lois tous les conspirateurs sans exception et tous ces valets de conspiration qui se font donner par les rois des àcomptes sur des contre-révolutions chimériques, auxquelles ils veulent ensuite recruter, si je puis parler ainsi, des partisans à crédit. Que la royauté se montre sincèrement enfin l'âmie de la liberté, ss^ souveraine^ alors elle s'assurera use durée pareille à celle de la nation elle-même, alors on verra que les citoyens qui ne sont accusés d'être au delà de la constitution que par ceux mêmes qui sont évidemment en deçà ; que ces citoyens, quelle que soit leur théorie arbitraire sur la liberté, ne cherchent point à rompre le pacte social; qu'il ne veulent pas, pour un mieux idéal, renverser un ordre de choses fondé sur l'égalité, la justice et la liberté. Oui, messieurs» je dois le répéter, qu'elles qu'aient été mes opinions individuelles lors de la révision de la Constitution, sur les choses et sur les hommes, maintenant qu'elle est jurée, j'appellerai à grands cris la mort sur le premier qui lèverait un bras sacrilège pour l'attaquer, fût*-ce mon frère» mon ami^ fût-ce mon propre fils; tels sont mes sentiments.

La volonté générale du peuple français manifestée aussi solennellement que son adhésion à la Constitution, sera toujours ma loi suprême. J*ai consacré ma vie tout entière à ce peuple qu'on n'attaquera plus, qu'on ne trahira plus impunément, et qui purgera bientôt la terre de tous les tyrans, s'ils ne renoncent pas à la ligue qu'ils ont formée contre lui. Je périrai, s'il le faut, pour défendre sa cause; lui seul aura mes derniers vœux, lui seul les mérite; ses lumières et son courage l'ont tiré de l'abjection du néant; ses lumières et son courage le rendrait éternel.

DISCOURS DE DANTON, MINISTRE DE LA JUSTICE, SUR LES MESURES RÉVOLUTIONNAIRES.

ASSEMBLÉE LÉGISLATIVE. — Séancô du 28 ooût 1792.

Le pouvoir exécutif provisoire m'a chargé d'entretenir FAsseffiblée nationale des mesures qu'il a prises pour le salut de l'empire. Je motiverai ces mesures en ministre du peuple, en ministre révolutionnaire. L'ennemi menace le royaume, mais l'ennemi n'a pris que Longwy. Si les commissaires de l'Assemblée n'avaient pas contrarié par erreur les opérations du pouvoir exécutif, déjà l'armée remise à Kellermann se serait concertée avec celle de Dumouriez. Vous voyez que nos dangers sont exagérés.

Il faut que l'armée se montre digne de la nation. C'est par une convulsion que nous avons renversé le despotisme ; c'est par une grande convulsion nationale que nous ferons rétrograder les despotes. Jusqu'ici nous n'avons fait que la guerre simulée de Lafayette, il faut faire une guerre plus terrible. Il est temps de dire au peuple qu'il doit se précipiter en masse sur les ennemis.

Telle est notre situation que tout ce qui peut matériellement servir à notre salut doit y concourir. Le pouvoir exécutif va nommer des commissaires pour aller exercer dans les départements l'influence de l'opinion. 11 a pensé que vous deviez en nommer aussi pour les accompagner, afin que la réunion des représentants des deux pouvoirs produise un effet plus salutaire et plus prompt.

— IIG —

Nous vous proposons de déclarer que cliaque municipalité sera autorisée à prendre l'élite des hommes bien équipés qu'elle possède. On a jusqu'à ce moment fermé les portes de la capitale et on a eu raison ; il était important de se saisir des traîtres; mais, y en eût-il 30,000 à arrêter, il faut qu'ils soient arrêtés demain, et que demain Paris communique avec la France entière. Nous demandons que vous nous autorisiez à faire faire des visites domidliaires.

Il doit y avoir dans Paris 80,000 fusils en état. Eh bien! il faut que ceux qui sont armés volent aux frontières. Gomment les peuples qui ont conquis la liberté l'ont-ils conservée? Ils ont volé à l'ennemi, ils ne l'ont point attendu. Que dirait la France, si Paris dans la stupeur attendait l'arrivée des ennemis? Le peuple français a voulu être libre ; il le sera. Bientôt des forces nombreuses seront rendues icx. On mettra à la disposition des municipalités tout ce qui sera nécessaire, en prenant l'engagement d'indemniser les possesseurs. Tout appartient à la patrie, quand la patrie est en danger. (On applaudie.)

SECOND DISCOURS DE DANTON, MINISTRE DE LA JUSTICE SUR LES MESURES RÉVOLUTIONNAIRES.

ASSEMBLÉE LÉGISLATIVE. — Séatice du 2 Septembre 1792.

Il est satisfaisant pour les ministres du peuple libre, d'avoir à lui annoncer que la patrie va être sauvée. Tout s'émeut, tout s'ébranle, tout brûle de combattre.

Vous savez que Verdun n'est point encore au pouvoir de nos ennemis. Vous savez que la garnison a promis d'immoler le premier qui proposerait de se rendre.

Une partie du peuple va se porter aux frontières, une autre va creuser des retranchements, et la troisième, avec des piques, défendra l'intérieur de nos villes. [Paris va seconder ces grands efforts. Les commissaires de la Commune vont proclamer, d'une manière solennelle, l'invitation aux citoyens de s'armer et de marcher pour la défense de la patrie. C'est en ce moment, messieurs, que vous pouvez déclarer que la capitale a bien mérité de la France entière. C'est en ce moment que l'Assemblée nationale va devenir un véritable comité de guerre.. Nous demandons que vous concouriez avec nous à diriger le mouvement sublime du peuple, en nommant des commissaires qui nous seconderont dans ces grandes mesures. Nous demandons que quiconque refusera de servir de sa personne, ou de remettre ses armes, sera puni de mort.

Kous demandons qu'il soit fait une instruction aux citoyens pour diriger leurs mouvements. Nous demandons

qu'il soit envoyé des courriers dans tous les départements pour avertir des décrets que vous aurez rendus. — Le tocsin qu'on va sonner n'est point un signal d'alarme, c'est la charge sur les ennemis de la patrie. {On applaudit.) Pour les vaincre, il nous faut de Taudace, encore de Taudacei toujours de Taudace, et la France est sauvée. {Les nppiauh dissements ucmvmencmu

SDR LES PRINCIPES RÉVOLDTIONNÂmES ET SUR LE MAINTIEN DES PROPRIÉTÉS.

CONVENTION. — Séance du 21 septembre 1792.

Avant d'exprimer mon opinion sur le premier acte que doit faire TAssemblée nationale, qull me soit permis de résigner dans son sein les fonctions qui m'avaient été déléguées par l'Assemblée législative. Je les ai reçues au bruit lu canon, dont les citoyens de la capitale foudroyèrent le despotisme. Maintenant que la jonction des armées est faite, que la jonction des représentants du peuple est opérée, je ûe dois plus reconnaître mes fonctions premières ; je ne suis plus qu'un mandataire du peuple, et c*est en cette qualité que je vais parler. On vous a proposé des serments; il faut, en effet, qu'en entrant dans la vaste carrière que vous avez à parcourir, vous appreniez au peuple, par une déclaration solennelle, quels sont les sentiments et les prin-

' cipes qui présideront à vos travaux.

' Il ne peut exister de constitution que celle qui sera textuellement, nominativement acceptée par la majorité des assemblées primaires. Voilà ce que vous devez déclarer au ll|uple. Les vains fantômes de dictature, les idées extravagantes de triumvirat, toutes ces absurdités inventées pour effrayer le peuple disparaissent alors, puisque rien ne sera constitutionnel que ce qui aura été accepté par le peuple. Après celte déclaration vous en devez faire une autre qui n'est pas moins importante pour la liberté et pour la trrn-

t[uillité publique. Jusqu'ici on a agité le peuple parce qu'il fallaif lui donner Tévcil contre les tyrans. Maintenant i faut Qv^e les lois soient aussi terribles contre cens qui y porteraient atteinte, que le peuple Ta été en foudroyant la tyrannie ; il faut qu'elles punissent tous les coupables pour que le peuple n'ait plus rien à désirer. {On applaudit.) On a paru croire, d'excellents citoyens ont pu présumer que des amis ardents de la liberté pouvaient nuire à l'ordre social en exagérant les principes; eh bien, abjurons ici toute exagération; déclarons que toutes les propriétés territoriales» individuelles et industrielles seront éternellement maintenues. {Il s^ élève des applaudissements unanimes.) Souvenons-nous ensuite que nous avons tout à revoir, tout à récréer; que la déclaration des droits elle-même n'est pas sans tache, et qu'elle doit passer à la révision d'un peuple vraiment libre.

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