LE MAHQUIS DES ARCIS
C'est ce que Richard m'âTait dit. Richard au- \ / rait fait* ses Toeui après deux ans de noTiciat y si
ses parents ne s'y étaient opposés. Son père exigea qu'il rentrerait dans* la maison ^ et qufe là il lui serait permis d'éprouTcr sa Tocation , en obser- Tant toutes les règles de la Tie monastique pendant une année : traité qui fut fidèlement rempli de part et d'autre. L'année d'épreuTe, sous les yeux de sa famille^ écoulée^ Richard demanda à faire ses Toeux. Son père lui répondit : Je tous ai accordé une année pour prendre une dernière résolution 9 j'espère que tous ne m'en refuserez pas une pour la même chose ; je consens seulement que TOUS alliez la passer où il tous plaira. En attendant la fin de ce second délai ^ l'abbé de l'Ordre se l'attacha. C'est dans cet interTalle qu'il fut impliqué dans une des aTentures qui n'arriTent que dans les courentsf^Il y aTait alors à la tête d'une des maisons de l'Ordre un supérieur d'un caractère extraordinaire : il s'appelait le père Hudson. Le père Hudson aTait la figure la
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plus intëressante : un grand front > un visage ovale 9 un nez aquilin^ de grands yeux bleus ^ de belles joues larges, une belle bouche, de belles dents, le souris le plus fin, une tête couyerte d'une foret de cheyeux blancs , qui ajoutaient la dignité à Tinterét de sa figure; de l'esprit, des connaissances , de la gaieté, le maintiei;! et le pro*pos le plus honnête , l'amour de Tordre , celui du travail; mais les passions les pluis fougueuses > msûs le goût le plus effréné des plaisirs et des femmes , mais le génie de l'intrigue porté au dernier point, mais les mœurs les plus dissolues, mais le despotisme le plus absolu dans sa maison* Lorsqu'on lui en donna l'administration, elle était infectée d'un jansénisme ignorant; les études s'y faisaient mal , les affaires temporelles étaient en désordre , les devoirs religieux y étaient tombés en désuétude, les offices divins s'y célébraient avec indécence , les logements superflus y étaient occupés par des pensionnaires dissolus. Le père Hudson convertit ou éloigna les jansénistes , pré-sida lui-même aux études , rétablit le temporel , remit la règle en vigueur, expulsa les pensionnaires scandaleux, introduisit dans la célébration de!» offices la régulatrité et la bienséance , et fit de sa communauté une des plus édifiantes. Mais cette austérité à laquelle il assujettissait les autres , lui, s'en dispensait; ce joug de fer sous lequel il tenait ses subalternes, il n'était pas assez dupe
ROHAKS. TOME II. 19
ago JACQUES
pom* le pi^rtager; aussi étaient-Us animes contre Iç p^re liud^on d'une fureur renfermée qui n'en était que plus vialente et plus dangereuse. Chacun ét^it son ei^ièmi -et son espion; chacun s'occupait^ OU seci^t 9 à p^IH^er les ténèbres de sa conduite ; chacun tenait «m état séparé de ses désordres cachés ; ch^nn ayait résolu de le perdre ; il ne faisait pas une démarche qui ne fût suiyie; ses intrigues étaient à. peine nouées, qu'elles étaient cpnnue^
. L'abbé de l'Ordro avait une maison attenante au ipipna^tère. Celte maison avait deux portes, l'une qui s'ouvrait dans la rue, l'autre dans le cloître; HuddoA en avait &rcé les serrures; l'abbatiale éfjs^i devenue le réduit de se& scènes nocturnes , et le )it dé Tabbe celui de ses plaisirs. Citait par la porte, de la rue^» lorsque la nuit était avancée^ qu'il introduisait lui-même, dans les appartements de l'abbé, des femmes de toutes les conditions : c'était là qu'on faisaî4 des soupers délicats. Hudson avait un con&ssionnal , et il avait corrompu toutes celles d'entre ses pénitentes qui en valaient la peine. Parmi ces pénitentes il y avait une. petite confiseuse qui faisait bruit dans le quartier^ par sa coquetterie et ses charmes | Qudson , qui ne pouvait fréquenter chez elle ^ l'enferma dans son sérail. Cette espèce de rapt ne se fit|)as sans donner des soupçons ai|x parents et à l'époux. Us lui rendirent visite. Hudson les reçut
wéc un air consteFiité. Comme Qe$ bofahes gens ëtdient en train de lui expoder leur chagrin ^ la cloche sonne ; c'était à sis: heui*es èù. soir ; Hudâdn leur impose silence ^ ôte son chapèdu , âe lève y fait un grand-signe de droiï^ etdit d'un tèn'affécf^tieux et pénjétré : JiPg^us domini nuntiuvtt 'Mariœ* . . • Et totlà le^re de la* confiseuse '0l ses fi^ères hoâtetix à^ Ijeur spupçon y qui disaient ^ en descendant rescaUer> à répoux: Mon fils^ vous êtes un sot.... Mon firère;, n'ayess-TOUs poiâtde honte ?1Jn faoÉnriie qui dit Vjtingelus > «m saint ! ^^
Un soir^ «n hiver^ qu'il s^en retouitiait à son eou¥ent > il fut attaqué par une de ces créMui^s qtii soUtcitent les passants ; tefie lui parMt jolie t il la suit ; à peine est-il entrée que' le guet survient. Cette aventure en aurait «perdu un autre; mais ttudson était homme de tête « et cet accident lui e^nciUi la bienveillance et la protection du ma^ giii;rat 4e police. Conduit en sa présence ^ Toici comment il lui parla : Je m^appblle Hudson^ je suis le supérieur de ma maiso^i. Quand j'y su» entré tout était en désordre ; il n'y avait M sçii^nce 9 ni discipline 9 ni moeurs ; lé spirituel y éfêiit négligé jusqu'au scandale ; le dégât du témf p^lf^l m^enaçait la maiscm d'une ^ine proéhâiwe^ J'ai tout rétabK; mais je sjoiis hpmnie> et j'ai mieux aioi^, lu'adre^er à tibe femme céri^mptie'y qud^^e m'adresçei! à une hûuméte femnie. Vous pouvez à présent disposer de moi comiiie il vous
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plaira. V. Le magistrat lui recommancla d'être plus circonspect à ravenir^ lui promit le secret sur cette aveuture , et lui témoigna le désir de le connaître plus intimement.
Cependant les ennemis dont il était enyironné avaient^ chacun de leur côté^ envoyé au général de l'Ordre des mémoires , où ce qu'ils savaient de la mauvaise conduite d'Hudson était exposé. La confrontation de ces mémoires en augmentait la force. Le général était janséniste > et par conséquent disposé à tirer vengeance de l'espèce de persécution qu'Hudson avait exercée contre les adhérents à ses opinions. Il aurait été enchante d'étendre le reproche des mœurs corrompues d'un seul défenseur de la bulle et de la morale relâchée sur la secte entière. En conséquence il remit les différents mémoires des faits et gestes d'Hudson entre les mains de deux commissaires qu'il dépêcha secrètement^ avec ordre de procéder à leur vérification et de la constater juridiquement ; leur enjoignant surtout de mettre à la conduite de cette affaire la plus grande circonspection , le seul moyen d'accabler subitement le coupable^ et de le soustraire à la protection de la cour et du Mirepoix^ aux yeux duquel le jansénisme était le plus grand de tous les crimes y et la soumission à la bulle Unigenitus, la première des vertus. Richard y mon secrétaire ^ fut un des deux commissaires.
LE FATALISTE. ^gS
Voilà ces deux hommes partis du noyiciat, installés dans la maison d'Hudson^ et procédant sourdement aux informations. Ils eurent Bientôt recueilli une liste de plus dé forfaits qu'il n'en fallait pour mettre cinquante moines dans Vinpace. Leur séjour arrait été long y mais leur menée si adroite qu'il n'en était rien transpiré. Hudson^ tout fin qu'il était ^ touchait au moment de sa perte ^ qu'il n'en avait pas le moindre soupçon.^ Cependant le peu d'attention de ces nouveaux Ténus à lui faire la cour^ le secret de leur voyage ^ leurs'sorties tantôt caisemBle^ tantôt séparés; leurs fréquentes' conférences avec les autres religieux > l'espèce de gens qu'ils visitaient et dont ils étaient visités y lui causèrent quelque inquiétude. Il les épia y il les fit épier ; et bientôt Fobjet de leur mission fut évident pour lui. II ne se déconcerta point ; il s'occupa profondément de la manière ^ non d'échapper à l'orage qui le menaçait ^ mais de l'attirer sur la tête des deux commissaires : et voici le parti très-extraordinaire auquel il s'arrêta.
Il avait séduit une jeune fille qu'il tenait cachée dans un petit logement du faubourg Saint-^Médard. Il court chez elle , et lui tient le discours suivant : Mon enfant^ tout est découvert, nous sommes perdus; avant huit jours vous serez renfermée^ et j'ignore ce qu'il sera fait de moi. Point de désespoir y point de cris ; remettes - vous de votre
3^ JACQUES
1l*ouble. Ecoute2&-moi> faites ce quiî je tous dirai , £aiites-^le bien , je me charge du reste* Demain je pars pour la campagne. Pendant mron absence ^ allez trouTer deux religieux que je yais tous nommjer. ( Ef il lui nomma les deux comwi^ aaiiies. ) Demandez à leur parler en secret. Seule aTCC eux^ jetez-Toos à leurs g^oux^ implorez leur secours^ implorez leur justice^ implores; leur médiation auprès du général , sur l'eiprit duquel tous sayez qu'ils peuTent beaucoup; pleurez^ sanglotez^ arrachez -tous les cheTÇux; et en pleurant^ sanglotant.^ tous arrachant les choTeux^ racontez-leur toute notre histoijre^ et la racontez de la manière la plus propre à in&pirer de la commisération pour tous > de l'horreur contre moi. — Comment^ monsieur , je leur dirai.... -^ Oui ^ tous leur direz qui tous ^tes, à qui TOUS appartenez y que je Tousai ^duite au tribunal de la confession^ enlerée d'entre le» bras dp Tos parents^ et reléguée dans la maison où tous ête9. Dites qu'après tous aToir raTi l'honneur et précipitée dans le crime ^ je tous ai abandonnée à la misère ; dites que tous ne saTez plus que de- Tenir. — Mais^ Père... — Exécutez ce que je tous prescris ^ et ce qui me reste à tous prescrire , ou résolvez Tofre perte et la mienne. Ces deux moines ne manqueront pas de tous plaindre, de tous as* surer de leur assistance , et de tous demander un second rendez-rToys que tous leur acti[>rderdK. Us
LE FATALISTE. agS
s'inlJHrineront de vous et de yos parents , et comme Tùus ne leur aurez rien dit qui ise soit vrai ^ tous ne pauTez leur derenir suspeete. Après cette pre^ mièreet l«ur seconde entftlrue , je tous pre^rirai ce que Tcma aunsi^ à fuitii à la troisièMé. Songez éeuîement à bien jouer Tdtt« relie.
Tout se passa/ comme H^son TliTait imaginé.
Il fit un second Toyage. Les deux commissaires eki instruisirent la jeune fille ; elle n^viiM dans la maison* Us lui redemandèiisnt ïe f^cit de sa mal- Ifeeureuse hisix)ii^. Tandirqu'elte ractmtait à Fun^ Féiitre jpenaét ds» notoa sur ^es tablettes. Us ge^ mif?ent sur<son sort , lHnstmfei»etit de la (^olatit>n éé files [NUr^itis y qui n'étoit que trop i^^le > et l^i promii^eat «ûretë pour 9a personne ^t pi^ompte TOiigeance de mû aëdUcteui^ ; mai« à la condition qa'eUhs signerait sa déclainatioii^ Cette proposition pairut d'aboud la «éTolti^ ; on insista : elle ùoitsentit*. H n'était pins qtiestion que du j^^ur ^ de rheitre et de l'endrait oii se dre^erait cet acte ^ qui demandait du temps et de la commodités . . . 0«L Hous^fiommes > cela ne se peut ^ si le priew re» Tenait' > et qu il m'aperçût. . . . Chez m^i, je n'o«s^ais TOius le proposer 44.. Cette Mlé et lès ^m^ missaires se séparèrent ^ s'accordani réciproquement ^u temps pour levièt* «es difficultés.
fièft le jour même , iiudson fut inibrmé de ce qui s^étâk pâisséi M vMlà àh comble de là joie ; il t^uobeali moment de son triomphe ; bientôt il
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apprendra à ces blaiics-bec&-là à quel homme ils ont affaire. Prenez la plume^ dit-il à la jeune fille^ et donnez-leur rendez-vous dans Fendroit que je vais vous indiquer. Ce rendez-vous leur conviendra y j'en suis sûr. La. maison est honnête ^ et la femme qui l'occupe jouit ^ dans son voisinage^ et parmi les autres locataires y de la meilleure réputation.
Cette &mme était cependant une de ces intrigantes secrètes qui jouent la dévotion ^ qui s'insinuent dans les meilleures maisons ^ qui ont le ton doux y affectueux 9 patelin^ et qui surprennent la confiance des mères et des filles y pour les amener au désordre. C'était l'usage qulludson fisiisait de celleH^i ; c'était sa marcheuse. Mit-il y ae mit-il pas l'intrigante dans son secret? c'est ce que j'ignore.
En effet y les deux envoyés du général acceptent le rendez-vous. Les y voilà avec la jeune fille. L'intrigante seretire. On commençait à verbaliser, lorsqu'il se fait un grand bruit dans la maison. -— Messieurs y à qui en voulez-vous ? — Nous en voulons à la dame Simion. ( C'était le nom de l'intrigante. ) — Vous êtes à sa porte. On frappe violemment à la porte. Messieurs y dit la jeune fille aux deux religieux y repondrai-je ? — Répondez. — Ouvrirai-je ?-— Ouvrez ... — Celui qui parlait ainsi était un commissaire avec lequel Hudson était en liaison intime; car qui ne connaissait-il pas ? Il lui avait révélé son péril et difité K^ J^ole»
Ah ! ah ! dit le commissaire en entrant y deux religieux en téte-à-téte ayec une fille ! Elle n'est pas mal. -^La jeune fille s'était si indécemment vétue^ qu'il était impossible de se méprendre à son état et à ce qu'elle pouvait avoir à démêler avec deux moines dont le plus âgé n'avait pas trente ans. Ceux-ci protestaient de leur innocence. Le commissaire ricanait en passant la main sous le menton de la jeune fille qui s'était jetée à ses pieds et qui demandait grâce. Nous sommes en lieu honnête y disaient les moines. •— Oui , oui , en lieu honnête ^ disait le commissaire. — Qu'ils étaient venus pour affaire importante. — L'affaire importante qui conduit ici , nous la connaissons. Mademoiselle 9 parlez. Monsieur le commissaire ^ ce que ces messieurs vous asssurent est la pure vérité . . . . i — Cependant le commissaire verbalisait à son tour , et comme il n'y avait rien dan^ son procès - verbal que l'exposition pure et simple du fait> les deux mofaies furent obligés de signer. En descendant ils trouvèrent tous les locataires sur les paliers de leurs appartements ^ à la porte de la maison une populace nombreuse ^ un fiacre y des archers qui les mirent dans le fiacre^ "au bruit confus de l'invective et des huées. Us s'étaient couvert le visage de leurs manteaux y ils se désolaient. Le commissaire perfide s'écriait : Eh ! pourquoi y mes Pères y fréquenter ces endroits et ces créatures-li ? Cependant ce ne sera rien ; j'ai
ordre de la police de tous déposa eutvb les mains de ;Y0tre supérieur y qui est un galant homme ^ indulgent ; il ne mettra pas à cela plus d'impor^ tance que cela ne tauti Je né crois pas qu'on en use dans Tas loiaisons comme ches les cruels capucins. Si TOUS ariei^ affîiire à des Capucins , ma foi ^ je TOUS plaindrais* • . . Tandis que le commissaire leur parlait , le fiacre s'acheminait Ters le oouv^t^ la foule grossissait , Fentourait ^ le précédait ^ et le suiraità toutes jan^bes. On entendait ici : Qu'estce?.... Là : ce sont des moines. -^^ Qu'ont-ils &it ? On les a pris ehez des fiUes. -^-^ Des Prémontrés ehee des filies I — ^ Et omi; ils couvent sur les brisées dès Cavmes et des Cordeliers« . . . L^ voilà arrivés. Le com^nissaire descend ^ frappe à la porte > frappe encore y frappe une troisième fois ; enfin elle s'ouvre. On avertit le supérieur Hudson> qui se fait attendre une demi - heure au moina ^ afin dé donner ali scandale toutson éclat. Il parait enfin* Le commissaire lui parie à l'oreille; le com* missaîre a l'air d'intercéder ; Hudson de rgeter durement sa prière $ enfin ^ celui-ci prenant un visage sévère et un ton ferme> lui dit : Je n'ai point de religieu» dissolus dans ma maison ; ces gens-là sont deux élrangers qui me sont inconnua^ peut-être deux coquins déguisés > dt>titrvous pouvez &ire tout ce qu'H vous plaira. . i • A Tes mots , la poUe se ferme; le coramiBsaireremont#danslavoiture> et dit à nos deux pauvses diables plus morts que
TiJÈ : J'y ai fait tout ee que j'ai pu ; je n'aurais jamais cru lie Père Hudson si âvm. Aussi ^ pourquoi diable aller chez des filles? — Si celle avec laquelle Yoiis nous avez tr ouTes en est une ^ ce nVst pdint lé libertinage qw xious>a menés chez elle.— « Ah ! ah ! hiés Pères ; et c'est à un Vieux commissaire que YoUs dites cela ! Qui êtes^vous? — ^ Nous tommes l?eligi0ux ; et l'habit (}tte nou^ portons est le nôtre. -^ Songez ^e demàih il faiidra que votre affaire Vëclaireisse ; paviez vrai ; je puis peut-être votts sertir. -r-Nous vous avons, dit vt^i .... Mais ou allons-noas ? -^ Au petifc€hâielët« «-» Au petit Ghàtelét ! En prison.! -^ J'en suis désolé;
Ce fut en effet là que Richard et sob compagnon furent déposés } mais le dessein dHudson n'était pas de les y laisser. U était monté en chaise de poste y il était arrivé ^ Versailles ; il parlait au ministre ; il lui traduisait cette affaire comme il lui convenait. Voilà > monseigneur^ à qt^oi l'on s'expose lors<|u'oti introduit la referme dans Une maison dissolue > et qu'Qn en châsse les hérétîiquas. Un moment |)lus tatd > j'étais perdu ^ j'étais dés^ ho^oi^^ La persiéeiition li'en restera, pas là ; ti5tites les horreurs doiit il est possible de uoixjcir im Itojnx^eàt bien.^ vï>i|S les eutèndrea ; nlaisj'e^pàre; mouseigneurj qu0 vous, vous rappellerez qUe notre général.... — Je sais > je isats^ et je vâus plaxas. Les services que v«us avest rendus à l'église et à votre Ordre ne seront point oubliés. Le3 élus du
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Seigneur ont de tous les temps ëte exposés à des disgrâces : ils ont su les supporter ; il faut savoir imiter leur courage. Comptez sur les bienfaits et la protection du roi. Les moines ! les moines ! je l'ai ëtë^ et j'ai connu par expërience ce dont ils sont capables. — Si le bonheur de l'ëglise et de l'État voulait que votre Éminence me survëcût ^ je persëvërerais sans crainte. -— Je ne tarderai pas à vous tirer de là. Allez. — Non^ monseigneur^ non ^ je ne m'ëloignerai pas sans un ordre exprès
qui dëlivre ces deux mauvais religieux -~ Je
vois que ^honneur de la religion et de votre habit vous touche au point d'oublier des injures personnelles ; cela est tout-à-fait chrétien^ et j'en suis ëdifië sans en être surpris d'un homme tel que vous. Cette affaire n'aura point d'ëclat. — Ah ! monseigneur^ vous comblez mon ame de joie !
dans ce moment c'est tout ce que je redoutais. — Je vais travailler à cela.
Dès le soir même Hudson eut l'ordre d'élargissèment^ et le lendemain Richard et son compagnon^ dès la pointe du jour^ étaient à vingt lieues de Paris 9 sous la conduite d'un exempt qui les remit dans la maison professe. Il était aussi porteur d'une lettre qui enjoignait au général de cesser de pareilles menées ^ et d'imposer la peine claustrale à nos deux Teligieux.
Cette aventure jeta la consternation parmi les ennemis d'Hudson ; il n'y avait pas un moine dans
LE FATALISTE. 5oi
sa maison que son regard ne fit trembler. Quelques mois après il fut pourvu d'une riche abbaye. Le général en conçut un dépit mortel. Il était Tieùx^ et il y avait tout à craindre que l'abbé Hudson ne lui succédât. Il aimait tendrement Richard. Mon pauvre ami, lui dit-il un jour, que deviendrais-tu si tu tombais sous l'autorité du scélérat Hudson? J'en suis effrayé. Tu n'es point engagé; si tu m'en croyais, tu quitterais rhabit. . . . Richard suivit ce conseil , et revint dans la maison paternelle, qui n'était pas éloignée de l'abbaye possédée par Hudson.
Hudson et Richard fréquentant les mêmes maisons, il était impossible qu'ils ne se renc<mtrassent pas, et en effet ils se rencontrèrent. Richard était un jour chez la dame d'un château situé entre Châlons et Saint-Dizier , mais plus près de Saint-Dizier que de Châlons , et à une portée de fusil de l'abbaye d'Hudson. La dame lui dit : Nous avons ici votre ancien prieur : il est très-aimable , mais , au fond , quel homme est-ce? •^ Le meilleur des amis et le plus dangereux des ennemis. — Est-ce que vous ne seriez pas tenté de le voir ? i— Nullement .... A peine eût-il fait cette réponse, qu'on entendit le bruil d'un cabriolet qui entrait dans les cours , et qu'on en vit descendre Hudson avec une des plus belles femmes du canton. Vous le verrez malgré que vous en ayez> lui dit la dame du château, car c'est lui.
302 JACQUES
La dame chi château et I^icliard vont au-derant de la dame du cabriolet et de Tabbë Hudson.- Les dames s'embrassent : Hudson , en s'approcbant de Richard 5 et le reconnaissant ^ s'écrie : Eh I c'est TOUS 5 itaion cher Richard ? vous avez voulu me perdre ^ je vous le pardonne ; pardonnez-moi votre visite au petit Châteiet ^ et n'y pensons plus.
— Convenez 5 monsieur l'abbé , que vous étiez un grand vaurien. <— Cela se peut. — Que, si l'on vous avait rendu justice^ la visite au Châtelet^ ce n'est pas moi ^ que c^est vous qui l'auriez faite.
— Cela se peut . . . • C'-est, je crois, au péril que je courus alors , que je dois mes nouvelles moeurs. Ah I nton cher Richard, combieq cela m'a fait réfléchir ^ et que je suis changé ! -— Cette femme avec laquelle vous êtes veAu est charmante. — Je u'ai plus d'yeux po«ir ces attraits-là. -^ Quelle taille I -*-fCala m'est devenu bien indifférent. — Quel embonpoint! — On revient tôt ou tard d'un plaisir qu'on ne preod que sur le faîte d'un tott ^ au péril à chaque mouvement de se ronipre le cou. — Elle a les plus belles mains du monde. — J'ai renoncé à l'usage de ces mains-là. Une tète bien fkite revient à l'esprit de son état , au seul vrai bonheur. -^ Et ces yeux qu'elle touiiae sur vous à la dérobée ; convenez que vous , qui êtes connaisseur^ vous n'en avez guère attaché de plus brillants et de plus doux. Quelle grâce , quelle légèreté et quelle noblesse dans sa démarcbe , dans
LE FATALISTE. 5o5
son mftiûtien I — Xe ne pease plus a ces vanitéi^ ; je lis l^riture , je médite les Fères. — Et àe temps en temps les perfections de cette dame* Demeure-t-elle loin du Moncetz ? Son époux estil jeune ?.• .— Hudson, impatienté de ces questions f et bien eoniraÎBCil que Rickard ne le prendrait pas pour un saint ^ lui dit brusquement :
Mon cher Richard^ vous vous f de moi ^
et vous avce t?ai9on.
Mon cher lecteur ^ pardonpe2-^moi la propriéti^ de eette expressien ç et convenez quHci comme dafis une infinité d« bons contes^ tels^ par eieihpie 5 que celui et la CQnversatioft de Piron et dé feu l's^bbé Vat^rî 9 le mot honnête gâterait tout. r-^ Qu'e$t-oe que c'est que cette oonvers^tioii de Pirbn et de Pabbé Vfitri? — Allez \k demander à r^iteur de ses ourrages , qui n'a paè osé l'éei^ire ; Biais qui ne w fera pâs tirer Foreilte pour vous la dtre%
Nos quati^e personnages se rejoignirent ku château ; nn dina biep ^ on dîna gaiement ^ et sur le soir on se sépara bvec promesse de âe revoir. ... Mais tandis que le marquis des Arcis causait avec le maître de Jacques, Jacques de son côté n'était pas muet avec monsieur le secrétaire Richard , qui le trouvait un frajip original , ce qui arriverait plus souvent parmi les hommes, si Féduca^ion d'abord , ensuite le grand usagé du monde , ne les usaient comme ce3 pièces d'argent qui , à
3o4 JACQUES
force de circuler^ perdent leur empreinte. Il était tard ; la pendule avertit les maîtres et les valets qu'il était l'heure de se reposer^ et ils suivirent son avis.
Jacques^ en déshabillant son maître^ lui dit : Monsieur^ aimez-vous les tableaux ?
LE MAÎTRE
Oui , mais en récit ; car en couleur et sur la toile 9 quoique j'en juge aussi décidément qu'un amateur^ je t'avouerai que je n'y entends rien du tout; que je serais bien embarrassé de distinguer une école d'une autre; qu'on me donnerait un Boucher pour un Rubens ou pour un Raphaël ; que je prendrais une mauvaise copie pour un sublime original; que j'apprécierais mille écus ime croûte de six francs ; et six francs un morceau de mille écus ; et que je ne me suis jamais pourvu qu'au pont Notre-Dame ^ chez un certain Tremblin^.qui était de mon temps la ressource de la misère ou du libertinage ^ et la ruine du talent des jeunes élèves de Vanloo.
JACQUES
Et comment cela ?
LE MAÎttlfi.
Qu'est-ce que cela te fait? Raconte-moi ton ta* bleau^ et sois bref^ car je tombe de sonuneiL
LE FATALISTE. 5oS
JACQUES
Placez-vous devant la fontaine des Innocents ou proche la porte Saint-4)enis ; ce sont deux accessoires qui enrichiront la composition.
M'y voilà;
JAGQÛËS.
Voyez au milieu de la rue un fiacre, la soupente Cassée, et renversé sur le côté.
LE MAÎTREi
Je le vois.
JACQUES
Un moine et deux filles en sont sortis. Le moine s'enfuit à toutes jambes. Le cocher se hâte de descendre de son siégé. Un caniche du fiacre s'est mis à la poursuite du moine, et Fa saisi par sa jaquette; le moine fait tous ses efforts pour se débarrasser du chien. Une des filles, débraillée, la gorge découverte, se tient les côtés à foi'ce de rire. L'autre fille , qui s'est fait une bosse au. front, est appuyée contre la portière, et èe pt^sse la tête à deux mains. Cependant la populace s'est attroupée, les polissons accourent et poussent des cris , les marchands et les marchandes ont bordé le seuil de leurs boutiques , et d'autres spectateurs sont à leurs fenêtres.
Romans, tomk ii. 30
5o6 JiLCQUES
L8 MAITRE
QpmPimA diahLe f Jacques^ ta composition est hî^ Qr^iHunée^ rieke^ plaisante^ Tariëe €t pleine de mouvement* A notre retour à Paris ^ porte ce sujet à Fragonard (i); et tu verras ce qu'il en saura faire.
JACQUES
Après ce que vous m'avez conSt$sé de vos lumières en peinture , je puis accepter votre éloge )5ans bettser les yeux.
LE MAÎTRE
Je gage que c'est une des aventures de l'abbé Hudson ?
JACQUES
Uçj^tyra^
Lf^çtçm:^ tandis que ces bonnes gens dorment , j^'^U^^is^ uni; petite question h vousi proposer à discjg^teç §nr yOiVs;p, oreiller : c'est ce qu'aurait été ^'•ççJ^jQ^ qé dç l'a!bbé I^udson et de la dame de La ÇQDp^m^ewyÇ? -rrfeulhêtre un honnête homme. — .^^Ul-étre. un sjublinae coquin. — Vous me direz
çpla 4fi9i^Jft W9l;in-
Ce inatin , le voilà venu, et nos voyageurs sépa.r^9 ; c^r j^e m9jrqui& des Arcis ne suivait plus la
(i) Voyez dans les Salons le jugement qpe Diderot porte sur Boucher, Yanloo et Fragonard. Èoit'.
LE FATALISTE. 5oy
même route que Jacques et son maître. — Nous allons donc reprendre la suite des amours de Jacques? — Je Tespère ; mais ce quHl y a de bien certain^ c'est que le maître sait Theure qu'il est, qu'il a pris sa prise de tabac , et qu'il a dit à Jacques : Eh bien I Jacques > tes amours ?
Jacques , au lieu de re'poncjife à cette question , disait : N'est-ce pas le diable ! Du matin au soir ils disent du mal de la vie , et ils ne peuyent se résoudre à la quitter ! Serait-ce que la vie présente n'est pas , à tout prendre , une si mauvaise chose, ou qu'ils en craignent une pire à venir?
LE MAÎTRE
C'est l'un et l'autre. A propos^ Jacques, cr^is-4a à la vie à venir ?
JACQUES
Je n'y crois ni décrois ; je n'y pense pas. Je jouis de mon mieux de celle qui nous a été accordée en avancement d'hoirie.
LE MAÎTRE
Pour moi, je me regarde comme en chrysalide; et j'aime à me persuader que le papillon, ou mon ame, venant un jour à percer sa coque ^ s'eôvolera à la justice divine (i).
(i) Sterne a dit dans ses Mémoires : «r Consulte une chenille, et le papiUon résoudra ta question. » Ëoit*.
5o8 JACQUES
JACQUES
Votre image est charmante !
LE maître;
Elle n'est pas de moi ; je Tai lue, je crois , danà un poète italien appelé Dante y qui a fait un ouvrage intitulé : La Comédie de VEnferp du Pur* gatoireei du Parodia (i).
JACQUES
Voilà un singulier sujet de comédie !
LE MAÎTHE.
Il y a , pardîeu, de belles choses ^ surtout dans son enfer. U enferme les hérésiarques dans des tombeaux de feu, dont la flamme s'échappe et porte le ravage au loin; les ingrats, dans des niches oh ils versent des larmes qui se. glacent sur leurs visages; et les paresseux, dans d'autres niches; et il dit de ces derniers que le sang s'échappe de leurs veines , et qu'il est recueilli par
des vers dédaigneux Mais à quel propos ta
sortie contre notre mépris d'une vie que nous craignons de perdre ?
(i) Non v*accorge(e vai cke noi siam vermi Naâ ajbrmar Vangelicafarfalla Che vola alla giustizià sema sckermi ?
Dàhti AuGHfSEï , Purgatoiio, Ganto X , y. isS.
Édit'.
LE FATALISTE. Sog,
JACQUES
A propos de ce que le secrétaire du marquis dés Arcis m'a raconté du mari de la jolie femme au. cabriolet..
LE. MAITRE
Elle est veuTC !
JACQUES
Elle a perdu sbn mari dans un voyage qu'elle a fait à Paris ; et le diable d'homme ne voulait pas entendre parler des sacrements. Ce fîit la dame du |chàteau où Richard rencontra l'abbé Hudson qu'on chargea de le réconcilier avec le béguin.
LE MAÎTBE.
Que veux-tu dire avec ton béguin ?
JACQUES
Le béguin est la coîfiure qu'on met aux enfants nouveau-nés !
LE MAÎTRE
Je t'entends. Et comment s'y prit-elle pour l'embéguiner ?
On fit cercle autour du feu. Le médecin , après avoir tâté le pouls du malade , qu'il trouva bien bâs^ vint s'asseoir à côté des autres. La dame- dont
5lO JACQUES
il s'agit s'approcha de son lit^ et lui fit plusieurs questions ; mais sans élever la voix plus qu'il ne le fallait pour que * cet homme Be perdît pas un inot de 6^ qu'on avait à lui Êiire entendre ; après quoi la conversation s'engagea entre la dame y le docteur et quelques uns des autres assistants^ comme je vais vous la rendre.
LA DA.^£f.
£h bien ! dqcteur^ nous direz*vQus des nouvelles de madame de Parme ?
LE DOCTEUR
Jje sors d'une maison où l'on m'a assuré qu'elle était si mal qu'on n'en espérait plus rien.
LA DAME
Cette princesse a toujours donné des marques de piété. Aussitôt qu'elle s'est sentie en danger , elle a demandé à se confesser et à recevoir ses sacrements.
LE DOCTEUR
Le curé de . Saint-Roch lui port^ aujourd'Hui une relique à Versailles ; mais elle arrivera trop tard.
LA DAME
. Bfta4ame Infs^nte ^*est pas lia se^le qui donne de oes exemples. M. k duc de Ghevretise^ qui a été
LE FATALISTE. 5il
bien malade , n'a pas attendu qfu'on Itti pr([>poéât les sacrements 5 il les a a)>peles de Iui-«méfiit«: éé qui a fait grand plaisir à sa famille.
LE DOCTEtJB.
Il est beaucoup mieux.