‹ Œuvres de Descartes (volume 2)Chapitre 2 sur 21 · TRES · texte numérisé non relu

TRES

A. MONSIEUR *** •

(Lettre 34 du tome'I.)

Monsieur,

J'avoue qu'il y a un grand défaut dans l'écrit que vous avez vu , ainsi que vous le remarquez, et que je n'y ai pas assez étendu les raisons par les- * quelles je pense prouver qu'il n'y a rien au monde qui soit de soi plus évident et plus certain que Texistence de Dieu et de l'âme humaine , pour les rendre faciles à tout le monde; mais je n'ai osé tâcher de le faire , d'autant qu'il m'eût fallu expliquer bien au long les plus fortes raisons des sceptiques , pour faire voir qu'il n'y a aucune chose matérielle de l'existence de laquelle on soit assuré, et par même moyen accoutumer le lecteur à détacher sa pensée des choses sensibles , puis montrer que celui qui doute ainsi de tout ce qui est matériel ne peut aucunement pour cela douter de sa propre existence; d'où il suit que celui-là, c'est-à-dire

' La date de cette lettre n'est fixée ni dans l'imprimé ni dans les notes de l'exemplaire de la biblioâièqne de l'Institnt. J'ai crn pouvoir , à cause da sujet , qui se rapporte évidemment au Discours de la Méthode , la pljKier ici.

S8 LETTIKS.

L'âme , est un être ou une substance qui n'est point du tout corporelle, et que sa nature n'est que de penser , et aussi qu'elle est la première chose qu'on puisse connoître certainement; mênae-Wi s'arrétant assez long-temps sur cette méditation , on acquiert peu à peu une connoissaoce très claire , et, si j'ose ainsi parler, intuitive, delà naturel intellectuelle en général ; l'idée de laquelle étant considérée sans lirait [ui nous représente Dieu, et

limit ange ou d'une âme humaine ;

or il : de bien entendre ce que j%i

dît a :e de Dieu, si ce n'est qu'on

comi isi que j'ai assez donné à en-

tendre en la page 48. Mais j'ai eu peur que cette entrée, qui eût semblé d'abord vouloir introduire l'opinion des sceptiques, ne troublât les plus foibles esprits , principalement à cause que j'écrivMs en langue vul^ire : de façon que je n'en ai même osé mettre le peu qui est à la page 41 qu'après avoir usé de prélace: et pour vous, moijsieur, et vos semblables, qui sont des plus intelligents, j'ai espéré que s'ils prennent la peine, non pas seulement de lire, mais aussi de méditer par ordre les mêmes choses que j'ai dit avoir méditées, en s'arrétant assez long -temps sur chaque point pour voir si j'ai failli ou non, ils en tireront les mêmes conclusions que j'ai fait ; je serai bien aise , au premier loisir que j'aurai, de faire un effort po«t

LITTABS. 59

d'éclaircir davantage cette matière et d'avoir eu en cela quelque occasion de vous téfooigner que je suis^ etc.

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A MONSIEUR ***'

(Lettre loS du tome I.)

Monsieur,

Je sais que vous avez tant d'occupations qui va* lent mieux que de vous arrêter à lire des compliments d'un honune qui ne fréquente ici que des paysans, que je n'ose -m'ingérer de vous écrire que lorsque j'ai quelque occasion de vous importuner. Celle qui se présente maintenant est pour vous donner sujet d'exercer votre charité en la personne d'un pauvre paysan de mon voisinage qui a eu le malheur d'en tuer un autre. Ses parents ont dessein d'avoir recours à la clémence de son altesse , afin de tâcher d'obtenir sa grâce , et ils ont désiré aussi que je vous en -écrivisse pour vous sup« jrfîer de vouloir seomder leur requête d'un mot ÊiTorable en cas que l'occasion s'en présente Poiur moi, qui ne cherche rien tant que la sécurité et le repos, je suis bica aise d'être en un pays où les

' Aucmie indicalioa sor la date précise de celle kltre el de la saiTantr.

6o LETTRES.

crimes soient châtiés avec rigueur, pourceque rimpunité des méchants leur donne trop de licence ; mais pourceque tous les mouvements de nos passions n'étant pas toujours en notre pouvoir, il arrive quelquefois que les meilleurs hommes commettent de très grandes fautes , pour cela Tu'sage des grâces est plus utile que celui des lois , à cause qu'il vaut mieux qu'un homme de bien soit sauvé ,^ que non pas que mille méchants soient punis ; aussi est-ce l'action la plus glorieuse et la plus auguste que puissent faire les princes que de pardonner. Le paysan pour qui je vous prie est ici en réputation de n'être nullement querelleur et de n'avoir jamais fait de déplaisir à personne avant ce malheur. Tout ce qu'on peut dire le plus à son désavantage , est que sa mère étoit mariée avec celui qui est mort ; mais si on ajoute qu'elle en étoit aussi fort outrageusement battue , et l'avoit été pendant plusieurs années, qu'elle avoit tenu ménage avec lui, jusqu'à ce qu'enfin elle s'en étoit séparée, et ainsi ne le considéroît plus comme son mari, mçiis comme son persécuteur et son ennemi , lequel même , pour se venger de cette séparation, la menaçoit d'oter la vie à quelqu'un de ses en&nts ( l'un desquels est celui-ci ) , on trouvera que cela même sert beaucoup à l'excuser. Et comme vous savez que j'ai coutume de philosopher sur tout ce qui se prfeente, je vous dirai que j'ai voulu re-

LETTRES. 6l

cfaercher la cause qui a pu porter ce pauvre homme à faire une action de laquelle son humeur parois^ soit être fort éloignée , et j'ai su qu'au temps que ce malheur lui est arrivé il avoit une extrême afiSic-^ tion, à <^use de la maladie d'un sien en&nt dont il attendoit la mort à chaque moment ^ et que pen^ dant qu'il étoit auprès de lui^ on le vint appeler pour secourir son beau-frère qui étoit attaqué par leur commun ennemi. Ce qui fait que je ne trouve nullement étrange de ce qu'il ne fut pas mmtre de soi-même en telle rencontre : car lorsqu'on a quelque grande affliction ^ et qu'on est mis au désespoir par la tristesse, il est certain qu'on se laisse bien plus emporter à la colère, s'il en survient alors quelque sujet, qu'on ne feroit en un autre temps. £t ce sont ordinairement les meilleurs hommes qui, voyant d'un côté la mort d'un fils, et de l'autre le péril d'un frère , en sont le plus violemment émus» C'est pourquoi les fautes ainsi commises, sans aucune malice préméditée, sont, ce me semble, les plus excusables; aussi lui fut-il pardonné par tous les principaux parents du mort, au jour même qu'ils étoient assemblés pour le mettre en terre. Et de plus les juges d'ici l'ont absous , mais par une faveur trop précipitée, laquelle ayant obligé le fiscal à se porter appelant de leur sentence , il n'ose pas se présenter derechef devant la justice, laquelle doit suivre la rigueur des lois, sans avoir égard

aux personne», tmis iUupplie que rînno<$ence de sa vie passée lui puisse Eure obtenir grâce de son altesse. Je sais bien qu'il est très utile de laisser quelquefois faire des exemples pour donner de là crainte aux méchants ; mais il me s^aoble que le sujet qui se présente n'y est pas propre : car, outre que le criminel étant absent, tout ce qu'on lui peut faire n'esf que de l'empêcher de revenir dans le pays, et ainsi punir sa femme et ses epfants fdus que lui, j'apprends qu'il y a quantité d'autres paysans en ces provinces qui ontl commis des meurtres moins excusables et dont la vie est moins innocente , qui ne laissent pas d'y demeurer , sans avoir aucuA pardon de son altesse ( et le mort étoit de ce nombre), ce qui me fait croire que si on eommençoit par mon voisin à faire un exemple,. ceux qui sont plus accoutumés que lui à tirer le couteau diroient qu'il n'y a que les innooents et les idiots qui tombent entre les mains de la jus* tice, et seroient confirmés par là en leur licence. Enfin , si vous contribuez quelque chose à faire, que ce pauvre homme puisse revenir auprès de ses en* vÊaints, je puis dire que vous îeret une bonne action, et qite ce sera une nouvelle obligation que vous aura, etc.

LBTTfiSS. 65

A MONSIEUR

(Lettre 104 du tome III.) MôJfSIBUE^.

Je ne reçus votre dernière que lundi matin , une heure après avoir envoyé celle que je vous écrivis dimanche au soir, ce qui est cause que je n'y ajoutai point mon système pour faire un instrument de musique qui soit parfait, car je ne pensois pas que vous le voulussiez encore voir , et je sais bien que vous n'en avez aucun besoin pour l'épinette que vous voulez faire faire à mademoiselle votre fille; car, pour l'âge où elle est, il ne faut chercher que les choses les plus faciles , et ce système est beaucQUp plus difficile que le vulgaire ; mais vous en pourrez aisément juger , car le voici.

A savoir, au lieu qu'on a coutume de diviser l'octave en douze parties pour les instruments ordinaires, il faut ici la diviser en dix-huit; comme, par exemple , aux épinettes les marches d'une octave sont ainsi disposées , etc. , et elles le devroient être ainsi ' , etc.

Et les sons de ces marches doivent avoir entre eux même proportion que les nombres ici mis;

^' Figure 6.

en sorte que si la corde qui fait le son C étoit divisée eii 3,6oo parties égalies , 3,456 de ses parties donneroîent le son c, et 3,376 le 'son c, et 3,240 le son D, et ainsi des autres. Et c'est suivant cela qu'il £aut accorder cette .épinette. Et on peut s'en servir pour jouer toutes les mêmes pièces qu'on joue sur les autres, sans qu'il soit besoin d'y rien changer , sinon qu'il faut prendre garde que quand on veut se servir de la feinte c avec A ou E, il faut prendre le premier c ; et que quand on s'en sert avec F , il faut toucher le second c. Et qu'il faut toucher le premier D avec A ou F, et D avec

G ou ^; et ûf avec i , et rf avec G ; et /* avec A ,

et f avec S ; et g' avec E , et g avec F ou C ; et enfin

b avec F , et è avec G ; ce qui s'entend pour les pièces qu'on joue en B carré ; et pour celles qu'on joue en B mol , il ne faut que mettre F au lieu de C , G et^G au lieu de D et D , et ainsi de suite. Et ce que j'ai dit ici d'une octave se doit entendre de tout le clavier , dans lequel toutes les octaves doivent être divisées Tune comme l'autre. Je suis , etc.

AU R. p. MERSENNE.

(Lettre to5 du tome III.)

Mon BlÉviREND PÏÎRE,

Ma

Je souhaiterois avec passion de pouvoir contrit buer quelque chose au louable dessein qu'a M. de Cavendisch pour faire réussir les lunettes, mais je pense vous avoir déjà écrit ci-devant tout ce que j'en sais : à savoir qu'il y a de la di£férence en-^ tre la théorie et la pratique , en ce que celle-ci ne pouvaiit atteindre à la perfection de celle4à, on doit se cont69iter d'en approcher le plus qu'on pourra, et que du reste, il Êiut principalement avoir soin que les verres soient bien nets ^ c'est"à-dire sans ondes ou nuages au dedans , et bien polis , tant du côté qu'on laisse plat que de l'autre. On a réussi quelquefois à faire d'assez bonnes lunettes, en tâchant seulement de faire les verres sphériques, à cause que la figure de tels verres étant petite n'étoit pas sensiblement di£férente de l'hyperbolique ; mais étant plus grands , la dîffé^ rence y est fort sensible , comme vous voyez que le cercle A fr C * et l'hyperbole dbe se touchent pres-

« Fignre 7.

que en un assez long espace vers 6, mais que vers A *rf et C ^ ils s'éloignent beaucoup. Or toute l'importance est de faire des verres convexes assez grands et bien polis , qui aient à peu près la figure de l'hyperbole ; et pour les petits verres , bien que selon 'la théorie il n'en faille qu'un seul à chaque homme qui lui peut servir pour joindre à, tous les verres convexes, selon la pratique il en £aut plusieurs de diverses concavités, à cause que la figure du convexe n'étant pas exacte , il faut que celle du concave supplée à ce défaut. Et d'autant que plus le petit verre est concave il reçoit les rayons d'une plus grande partie convexe, coçime on peut voir 4ans la page 85 de ma Dioptrique , et qu'il arrive souvent qu'une petite partie du convexe approche plus de ta vraie figure qu'une ^ande , de là vient tjue presque toujours les petits verres les moins concaves réassissent mieux pour rendre la vision plus distincte , mais ils n'a- ^andissent pas tant les objets. Je suis, etc.

LETTHBSi 67

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