‹ Œuvres de DescartesChapitre 64 sur 90 · LA POULIE · texte numérisé non relu

LA POULIE

Soit ABC {fig. i) une corde passée autour de la poulie D, à laquelle poulie soit attaché le poids E. "Et premièrement, supposant que deux hommes soutiennent ou haussent également chacun un des bouts de cette corde, il est évident que si ce poids pèse deux cents livres, chacun de ces hommes n'emploiera pour le soutenii^ ou soulever que la force qui lui faut pour soutenir ou soulever cent livres , car chacun n'en porte que la moitié. Faisons

après cela que A , l'un des bouts de cette corde , étant attaché ferme à quelque clou , l'autre C soit derechef soutenu par im homme; et il est évident que cet homme en C n'aura besoin, non plus que devant , pour soutenir le poids E , que de la force qu'il faut pour soutenir cent livres, à cause que le clau qui est vers A y fait le même office que l'homme que nous y supposions auparavant. Enfin , posons que cet homme qui est vers C tire la corde pour faire hausser le poids E ; et il est évident que, s'il y emploie la force qu'il faut pour lever cent livres à la hauteur de deux pieds, il fera hausser le poids Ë, qui en pèse deux cents , de la hauteur d'un pied ; car la corde ABC étant doublée comme elle est , on la doit tirer de deux pieds par le bout C pour faire autant hausser le poids £ que si deux hommes la tiroient l'un par le bout A et l'autre par le bout C, chacun de la longueur d'un pied seule-ment.

Il y a toutefois une chose qui empêche que ce calcul ne soit exact , à savoir la pesanteur de la poulie et la difi&dulté qu'on peut avoir à faire couler la corde et à la porter, mais cela est fort peu à comparaison de ce qu'on lève et ne peut être estimé qu'à peu près.

Au reste , il faut remarquer que ce n'est point la poulie qui cause cette force, mais seulement le mouvement àe la corde qui est double de celui du

poids ; car si on attache encore une poulie vers A (/îg". 2), par laquelle on passe la corde ABCH , il ne faudra pas moins de force pour tirer H vers R, et ainsi lever le poids E , qu'il en falloit auparavant pour tirer C vers G. Mais si à ces deux poulies on en ajoute encore une autre vers D, à laquelle on attache le poids , et dans laquelle on passe la corde tout de même qu'en la première, alors on n'aura pas besoin de plus de force pour- lever ce poids de deux cents livres que pour en lever un de cinquante sans poulie, à cause qu'en tirant quatre pieds de la corde on ne l'élèvera que d'un pied : et ainsi , en multipliant les poulies, on peut élever les plus grands fardeaux avec les plus petites forces.

On doit aussi remarquer qu'il faut toujours un peu plus de force pour lever un poids que pour le soutenir, ce qui est cause que j'ai parlé ici séparément de l'un et de l'autre.

LE PLAN IWCLIirÉ.

Si , n'ayant qu'assez de force pour lever cent livres, on veut néanmoins lever le corps F {fîg. 3), qui en pèse deux cents, à la hauteur de la ligne BA, il ne faut que le tirer ou rouler le long du plan incliné CA , que je suppose deux fois aussi long que la ligne AB; car, par ce moyen, pour le faire parvenir au point A , on y emploiera la force qu'il faut pour faire monter cent livres deux fois 'aussi haut. Et

d'autant qu'on aura fait ce plan CA plus incliné , d'autant aura-C-on besoin de moins de force pour lever le poids F par son moyen.

Mais il y a encore à rabattre de ce calcul la difficulté qu'il y auroit à mouvoir le corps F le long du plan AC, si ce plan étoit couché sur la ligne BC, dont je suppose toutes les parties également distantes du centre de la terre. Il est vrai que cet empêchement étant d'autant moindre que le plan est plus dur, plus égal et plus poli , il ne peut derechef être eslimé qu'à peu près et n'est pas fort considérable.

On n'a pas besoin non plus de considérer que la ligne BC étant une partie de cercle qui a même centre que la terre, le plan AC doit être tant soit peu voûté , et avoir la figure d'une partie de Spirale décrite entre deux cercles, qui aient aussi pour centre celui de la terre , car cela n'est nullement sensible.

Page 1