‹ Œuvres de DescartesChapitre 66 sur 90 · LA VIS · texte numérisé non relu

LA VIS

Lorsqu'on sait la puissance du tour et du plan

incliné , celle dé la vis est aisée à connoître et à calculer; car elle n'est composée que d'un plan fort incliné qui tournoie sur un cylindre; et si ce plan est tellement incliné que le cylindre doive faire , par exemple , dix tours pour s'avancer de la longueur d'un pied dans l'écrou , et que la grandeur de la circonférence du cercle que décrit la force qui le tourne soit de dix pieds, à cause que dix fois dix font cent, un homme seul pourra presser aussi fort avec cette vis que cent pourroient faire sans elle , pourvu seulement qu'on en rabatte la force qu'il faut à la tourner.

Or j'ai parlé ici de presser plutôt que de hausser ou remuer , à cause que c'est à cela que l'on emploie le plus ordinairement cette vis. Mais lorsqu'on s'en veut servir à lever des fardeaux, au lieu de la faire avancer dans un écrou, on joint à elle une roue à plusieurs dents tellement faites , que si , cette roue a par exemple trente dents, pendant que la vis fait un tour entier , elle ne lui fait faire que • la trentième partie d'un tour; et si le poids est attaché à une corde qui , se roulant autour de l'essieu de cette roue , ne l'élève que d'un pied de haut pendant que la roue fait un tour entier, et que la grandeur de la circonférence du cercle que décrit la force qui tourne la vis soit derechef de dix pieds, à cause que dix fois tren te'font trois cents, un homme seul pourra lever un aussi grand poids

avec cet instrument^ lequel s'appelle la vis sans fin, que trois cents hommes sans lui ; pourvu derechef qu'on en rabatte la difificulté qu'on peut avoir à le tourner , qui n'est pas proprement causée par la pesanteur du fardeau , mais par la forme ou la matière de l'instrument , et cette difficulté est en lui plus sensible qu'aux précédents , d'autant qu'il a plus de force.

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