DES DISSONANCES
Tous les intervalles autres que ceux dont nous avons traité jusques à présent sont appelés dissonances; néanmoins nous ne nous proposons de parler ici que de celles qui se rencontrent nécessairement dans l'ordre des tons que nous avons cidessus expliqué , en sorte qu'on ne peut pas se dispenser de s'en servir dans les chansons.
De ces dissonances , il y en a de trois sortes ; car , ou elles naissent des degrés seuls et de l'octave , ou dé la différence qu'il y a entre le ton majeur et le ton mineur que nous appelons schisme, ou enfin de la différence qui est entre le ton majeur et le demi-ton majeur.
Sous le premier genre sont comprises les septièmes et les neuvièmes, ou seizièmes qui ne sont que des neuvièmes composées, comme les neuvièmes mêmes ne sont que des degrés composés de l'octave , et les septièmes que le reste, de l'octave dont on a ôté quelque degré , d'où l'on peut inférer qu'il y a trois diverses neuvièmes et autant de septièmes , parcequ'il y a trois sortes de degrés ; or elles consistent toutes entre ces nombres :
Neuvième trè^ grande j Neuvième majeure -^V Neuvième mineure -f
Septième majeure -^ Septième mineure f Septième très, petite —-
Entre les neuvièmes il y en a deux majeures qui sont engendrées de deux tons , la première du ton majeur, et la seconde du ton mineur ; nous en avons appelé une très grande , pour ne les pas confondre ensemble ; pour la même raison, il y a tout au contraire deux septièmes mineures , et pour les distinguer il en a fallu aussi nommer une très petite.
Il est manifeste qu'on ne peut pas éviter dans les sons successifs ces sortes de dissonances quand on chante à plusieurs parties ; mais on demandera peut-être pourquoi elles ne sont pas en usage dans la voix successive d'une partie seule , aussi bien que les degrés , vu que quelques unes d'entre elles se peuvent exprimer par des nombres moindres que ne font les degrés , et conséquemment semblent devoir être plus agréables à l'oreille.
L'éclaircissement de cette difficulté dépend de ce que nous avons ci-dessus remarqué , savoir , que. plus la voix est aiguë, et plus aussi a-t-on besoin de force et d'haleine pour se faire entendre ; et c'est pour cela qu'on a inventé les degrés, afin qu'ils tinssent comme le milieu entre les termes des consonnances , et que par leur moyen Ton pût passer plus aisément du terme grave d'un accord
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à l'aigu , ou de l'aigu au grave; ce qui ne se peut faire avec des septièmes ou des neuvièmes , dont les termes sont plus éloignés que ceux des con* sonnances mêmes, et qui devroient par conséquent être poussés avec plus d'inégalité, d'eflfort et de contension.
Sous le second genre de dissonances sont la tierce mineure et la quinte, l'une et l'autre dimi* nuées d'un schisme , comme aussi la quarte et la sexte majeure, toutes deux augmentées d'unschîs* me ; car y ayant nécessairement un terme mobile dans l'intervalle d'xin schisme» on ne peut éviter, dans toute la suite des degrés, qu'il n'en naisse de semblables dissonances en relation, c'est-» à-dire dans un air successif et chanté par plusieurs voix.
Or on peut voir , par le détail et Tinduction qu'on en fera, qu'il ne peut pas y avoir d'autres dissonances que celles que nous avons ici rapporr tées; les voici avec leurs nombres :
Tierce mineure défective /• rf
Quinte défective d'un schisme. . - . xf Quinte augmentée d'un schisme. . . * rr Sixième maj eure augmentée d'un schisme rf ou bien en cette manière :
,. . ^ *deGàB,48oà4o5, Tierce muieure défective i , ■. r, r^ to/ > t f
( kstdeBaD, 384à3â4.
Quinte défective d'un schisme de 6 à P , 48o à 521^ .
Quarte augment. d'un schisme de D à 6 , 3^4 à 2^0. Sixième majeure augmen- i 6 de B à G, 4o^ ^ ^4^ 9 tée d'un schisme | b| de D à B , 3^4 ^ 1 9^*
Ces nombres sont si grands , que semblables intervalles semblent ne se pouvoir pas souffrir; mais d'autant, comme nous avons déjà remarqué, que Tintervalle du schisme est si peu considérable que l'oreille a de la peine à le discerner , de là vient que ces dissonances empruntent de la douceur et de Fagrément des accords dont elles sont les plus proches; car les termes des accords ne sont pas tellement fixés , que, pour un léger changement de l'un d'eux, toute l'harmonie et la beauté de l'accord se perdent entièrement ; et cette raison est si puissante, que telles dissonances dans la voix successive d'une même partie suppléent même quelquefois aux accords dont elles sont engendrées.
La troisième sorte de dissonances comprend le triton et la fausse quinte, car en celle - ci le demi-ton majeur y est substitué à la place du ton majeur; le contraire arrive dans le triton. Ces deux dissonances s'expliquent par ces nombres': Triton. . . -i|.,
ou ainsi .
Triton.
Fausse quinte -f^;
Jb|FàB,54oà384, I 6Rà£, 4o5à!i88.
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. jbiBàF, 384à270, Fausse quinte <,^>^ oo^, c/?wk ^ I AEaB, 288 a 2oai ou 576a 4o5.
Or ces nombres sont trop grands pour rendre un intervalle agréable aux oreilles, et n'ont pas des accords assez voisins, comme les autres, pour en emprunter la douceur : d'où vient qu'on doit éviter les dissonances dans la relation, principalement lorsque la musique est lente et sans diminution ; car en celle qu'on chante avec diminution l'oreille n'a pas le loisir d'apercevoir le défaut de ces dissonances, lequel paroît d'autant plus rude, qu'elles ont des quintes voisines , avec lesquelles l'oreille les comparant, on s'aperçoit plus aisément de leur imperfection par la douceur qu'ont les quintes. Nous finirons ici l'explication de toutes les propriétés du son, où il faut seulement remarquer , pour confirmer ce que nous avons dit ci-devant, que toute la diversité des sons à l'égard de l'aigu et du grave naît de ces nombres 2 , 3 et 5 ; et que tous les nombres qui expliquent les degrés et les dissonances sont composés de ces trois seulement, par lesquels étant divisés, on les réduit à l'unité.