‹ Œuvres de DescartesChapitre 9 sur 90 · DES NUES · texte numérisé non relu

DES NUES

Après avoir considéré comment les vapeurs , en se dilatant , causent les vents, il faut voir comment , en se condensant et resserrant , elles composent les nues et les brouillards; à savoir, sitôt qu'elles deviennent notablement moins transparentes que l'air pur, si elles s'étendent jusques à la superficie de la terre, on les nomme des brouillards ; mais si elles demeurent suspendues plus haut , on les nomme des nues. Et il est à remarquer que ce qui les fait ainsi devenir moins transparentes que l'air pur, c'est que lorsque leur mouvement s'alentit, et que leurs parties sont assez proches pour s'entre-toucher, elles se joignent et s'assemblent en divers petits tas qui sont autant de gouttes d'eau, ou bien de parcelles de glace ; car, pendant qu'elles demeurent tout-àfait séparées et flottantes en l'air, elles ne peuvent guère empêcher le cours de la lumière, au lieu qu'étant assemblées, encore que les gouttes d'eau ou les parcelles de glace qu'elles composent soient

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transparentes, toutefois, à cause que chacune de leurs superficies fait réfléchir une partie des rayons qui donnent decontre, ainsi qu'il a été dit en la Dioptfique de toutes celles des corps transparents, ces superficies se trouvent aisément en assez grand nombre pour les faire tous ou presque tous réfléchir. Et pour les gouttes d'eau , elles se forment lorsque la matière subtile qui est autour des petites parties des vapeurs, n'ayai^t plus assez de force pour faire qu'elles s'étendent et se chassent les unes les autres , en a encore assez pour faire qu'elles se plient, et ensuite que toutes celles qui se rencontrent se joignent et s'accumulent ensemble en une boule. Et là superficie de cette boule devient incontinent toute égale et toute polie , à cause que les parties de l'air qui la touchent se meurent d'autre façon que les siennes, et aussi la matière subtile qui est en ses pores d'autre façon que celle qui est en ceux de l'air, comme il a déjà tantôt été expliqué en parlant de la superficie de l'eau de la mer; et pour même raison aussi elle devient exactement ronde : car, comme vous pouvez souvent avoir vu que l'eau des rivières tournoie et fait des cercles aux endroits où il y a quelque chose qui l'empêche de se mouvoir en ligne droite aussi vite que son agitation le requiert, ainsi faut-il penser que la matière subtile coulant par les pores des autres corps en même façon qu'une rivière par les inter-

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valles des herbes qui croissent en son lit, et passant plus librement d'un endroit de l'air en l'autfe, et d'im endroit de l'eau aussi en l'autre, que de l'air en l'eau , ou réciproquement de l'eau en l'air comme il a été ailleurs remarqué, elle doit tournoyer au dedans de cette goutte, et aussi au dehors en l'air qui l'environne, mais d'autre mesure qu'au de-^ dans, et par ce moyen disposer en rond toutes les parties de sa superficie; car elles ne peuvent manquer d'obéir à ses mouvements, d'autant que l'eau est un corps liquide. £t ^ans doute ceci est suffisait pour faire entendre que les gouttes d'eau doivent *être exactement rondes au seîis que leurs sections sont parallèles à la superficie de la terre; car il n'y a po$nt de raison qu'aucune des parties de leur drèônférence s'éloigne ni s'approche de leurs centres plus que les autres en ce senà-là, vu qu'elles n'y sont ne plus ne moins pressées d^un côté que d'autre par l'air qui les environne, au moins s'il est calme et tranquille, comme nous le devons ici supposer. Mais pourceque les considérant en autre sens on peut douter, lorsqu'elles sont sî petites, que leur pesanteur n'a pas la force de leur faire diviser l'air pour descendre, si cela ne les rend point un peu plus plates et moins épaisses en leur hauteur qu'en leur largeur, comme T ' ou V, il faut prendre garde qu'elles ont de l'air autour de leurs côtés

* Figare 12.

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aussi bien qu'au-dessou§ ,;et que si leur pësantetir n'est suffisante pour faire que celui qui est au-dessous leur quitte sa ptaœ et les laisse descendre , elle ne le peut être non plus pour faire que celui qui est aux côtés se rjptire et les laisse devenir plus lai*g€S. Et pourcequ'on peut douter tout au contraire, lorsque leur pesanteur les fait descendre, si Tair qu'elles divisent ne les rend poinf un peu plus Ion-, giles et étroites < comme X, ou Y^ il faut encore prendre garde qu'en étant environnées tout autour, celui qu'elles divisent et dont elles vont occuper la place en descendant doit monter à même temps au-dessus. d'elles poiu* y remplir celle qu!elles y laissent, et qu'il ne le peut qu'en coulant tout le long de leur superficie, où il trouve le chemin plus court et plus aisé lorsqu'elles sont rondes que si elles avoient -quelque autre figure; car chacun sait que de toutes tes figures c'est la ronde qui est la plu» capable, e'est-à-dire celle qui a le moins de superficie à raison de la grandeur-du corps qu'elle contient} et ainsi en quelle façon qu'on le veuille prendre, ces gouttes doivent toujours demeurer rcmdes, £» ce n^est que h forcé de quelque vent ou quelque autre cause particulière les en empêche. Pour ce qui est de leur grosseur, elle dépend de ce que les parties de k vapeur sont plus ou moins prodies les unei^ des autres lorsqu'elles comméncefnt à les composer, et aussi de ce qu'elles sont

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par après plus ou moins agitées, et de la quantité des autres vapeurs qui peuvent venir se joindre à elles. Car chacune d'abord ne se compose que de deux ou trois des petites parties de la vapeur qui s'entre-rencontrent; mais aussitôt après, si cette vapeur a été un peu épaisse, deux ou trois des goutles qui s'en sont formées en se rencontrant se joignent en une, et derechef deux ou trois de celles-ci encore en une, et ainsi de suite jusques à ce qu'elles ne se puissent plus rencontrer. Et pendant qu'elles se soutiennent en l'air, il peut aussi venir d'autres vapeurs se joindre à elles et les grossir, jusques à ce qu'enfin leur pesanteur les fasse tomber en pluie ou en rosée.

Pour les petites parcelles de glace, elles se forment lorsque le froid est si grand que les parties de la vapeur ne peuvent être pliées par la matière subtile qui est parmi elles. Et si ce froid ne ^rvient qu'après que les gouttes sont déjà formées, il les laisse toutes rondes en les celant , si ce n'est qu'il soit accompagné de quelque vent assez fort qui les fs^se' devenir un peu plates du côté qu'il les rencontre; et, au contraire , s'il survient dès auparavant qu'elles aient commencé à se former , les parties de la vapeur ne se joignent qu'en long él ne composent que des filets de »glace fort déliés ; mais si le froid survient entre ces deux temps, ce qui est le plus ordinaire, il gèle les parties de la va*

peur à mesure qu'elles se pjient et s'entassent pllisleurs ensemble sans leur donner le loisir de s'unir assez parÊiitement pour former des gouttes : et ainsi il en fait de petits nœuds ou pelotons de glace qui sont tout blancs , à cause qu'ils sont com- ,.posés de plusieurs filets qui ne laissent pas d'être séparés et d'avoir chacun leurs superficies distinctes, encore qu'ils soient plies l'un sur l'autre : et ce» nœuds sont comme velus ou couverts de poils tout à l'entour^à cause qu'il y a toujours plusieurs parties de la vapeur qui , ne pouvant se plier et s'en tasser sitôt que les autres, s'appliquent toutes droites contre eux et composent les petits poils qui les couvrent : et, selon que ce froid vient plus lentement oii plus à coup, et que la vapeur est plus épaisse ou plus rare , ces nœuds se forment plus gros ou plus petits ,et les poils ou filets qui les environnent plus forts et plus courts , ou plus déliés et plus longs.

.Et vous pouvez voir de ceci qu'il y a toujours deux choses qui sont requises pour convertir les vapeurs en eau ou en glace , à savoir que leurs parties soient asfez proches pour s'entre-toucher, et qu'il y ait autour d'elles assez de fi-oideur pour faire qu'en s'entre-touchant elles se joignent et s'arrêtent les unes aux autres. Car ce ne seroit pas assez que leur froideur fiit très grande, si elles étoient éparses en l'air si loin à loin qu'elles ne

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s'ëBtne-tou^hâsseiit auGunemeat, ni aussi qu'elles fussent fort proches les unes des autres et fort pressées, si leur chgtleur,c est-à<*dire leur agitation , étoit assez forte pour les empêcher de se joindre. Ainsi on nie voit pas qu'il se forme toujours des nues au haut de l'air, nonobstant que le froid ysoit toujours assez grand pour cet effet : et il est ipiequis de plus qu'un vent occidental , s'opposant au cours ordinaire des vapeurs, les assemble et les Condense aux endroits où il se termine; ou bien que deux ou plusieurs autres vents, vetiaût de divers côtés, les pressent et accumulent entre eux ; ou qu'un de ces vents les chasse contre une nuei déjà formée ; ou enfin qu'elles aillent s'assembler de soimême contre le dessous de quelque nue , à mesure qu'elles sortent de la terre. Et il ne se forme pas aussi joUjoUrs des brouillards autour de nous, ni eto fiîver, encore que l'air y soit assez froid ; ni en été, encore que les vapeurs y soient assez abondantes, mais seulement lorsque la froideur de l'air et l'abondance des vapeurs concout^nt ensemble, comme il arrive souvent le soir ou la nuit lorsqu'un jour assez chaud a précédé : principalement au printemps plus qu'aux autres saisons , même qu'en automne, à cause qu'il y a plus d'inégalité entre la chaleitr du jour et la froideur de la nuit ; et plus aussi aux lieux marécageux ou maritimes que sur les terres qui sont loin des eaux , ni sur les

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eaux qui sont loin des terres , à cause que l'^au , perdant plus tôt sa chaleur que la terre , y refroidit Fair datks lequel se condensent les vapeurs que les terres humides et chaudes produisent en abondance. Mais les plus grands brouillards se forment, comme les nues, aux lieux où le cours de deux ou plusieurs vents se termine; car ces vents chassent vers ces lieux-là plusieurs vapeurs qui s'y épais^ sissent , ou en brouiUacds si l'air proche de la terre est fort froid /ou en nues s'il ne l'est assez pour les condenser que plus haut. Et remarquez que les gouttes d'eau ou les parcelles de glace dont les brouillards sont composés ne peuvent être que très petites ; car si elles étoient tant soit peu grosses , leur pesanteur les feroit descendre assez prompte* ment vers la terre, de façon que nous ne dirions pas que ce fussent des brouillards , mais de la pluie ou de la neige; et avec cela que jamais il ne peut y à^r aucun vent où ils sont qu'il ne les dissipe bientôt après^ principalement lorsqu'ils sont composés de gouttes d'eau ; car la moindre agitation d'air Eût que ces gouttes, en se joignant plusieurs ensemble , segrossissent et tombent en pluie ou en rosée. Remarquez aussi, touchant les nues, qu'elles peuvent être produites à diverses distances de la terre, selon que les vapeurs ont loisir de monter plus ou moins haut avant que d'être assez condbn* sées pour les composer; d'où vient qu'on en voit

souvent plusieurs au-dessuà les unes des autres , et même qui sont agitées par divers vents. Et ceci arrive principalement aux pays de montagnes, à cause que la chaleur qui élève les vapeurs y agit plus inégalement qu'aux autres lieux. Il faut remarquer, outre cela, que les plus hautes de ces nues ne peuvent quasi jamais én*e composées de gouttes d'eau, mais seulement de parcelles de glace; car il est certain que l'air, où elles sont est plus froid ou du moins aussi froid que celui qui est au somwet des hautes montagnes, lequel néanmoins l'est assez ^ même au cœur de l'été, pour empêcher que les neiges ne s'y fondent. Et pourcçque plus les vapeurs s'élèvent haut, plus elles y trouvent de froid qui les gèle et moins elles y peuvent être pressées par les vents. De là vient que, pour l'ordinaire, les plus hautes parties des nues ne se composent que de filets de glace fort déliés et qui sont épars en l'air fort loin à loin ; puis un peu au-dessous il se forme des nœuds ou pelotons de cette glace, qui sont fort petits et cQuverts de poils, et par degrés encore d'autres au-dessous un peu moins petits; et enfin quelquefois tout au plus bas il se forme des gouttes d'eau. Et lorsque l'air qui les contient est entièrerement calme et tranquille, ou bien qu'il est tout également emporté par quelque vent, tant ces gouttes que ces parcelles de glace y peuvent demeurer éparses assez loin à loin et sans aucun or-

dre , en sorte que pour lors la forme des nues ne difFère en rien de celle des brouillards. Mais , pourceque souvent elles sont poussées par des vents qui n'occupent pas également tout Fair qui les environne, et qui par conséquent, ne les pouvant faire mouvoir de même mesure que cet air, coulent pardessus et par-dessous en les pressant et les contraignant de prendre la figure qui peut le moins empêcher leur mouvement , celles de leurs superficies contre lesquelles psœsent ces vents deviennent toutes plates et unies. Et ce que je désire ici particulièrement que vous remarquiez , c'est que tous les petits nœuds ou pelotons de neige qui se trouvât en ces superficies s'arrangent exactement en telle sorte , que chacun d'eux en, a six autres autour de soi qui le toudient , ou du moins qui ne sont pas plus éloignés de lui l'un que l'autre. Supposais , par exemple, qu'au-dessus de la terre AB ' il viçnt un vent de la partie occidentale D qui s'oppose au cours ordinaire de l'air, ou , si vous l'aimez mieux, à un autre vent qui vient de la partie orientale C , et que ces deux vents se sont arrêtés au commencement l'un l'autre environ l'espace FGP, où ils ont condensé quelques vapeurs dont ils ont fait, une masse confiée , pendant que leurs forces se balançant et se trouvant égales en cet endroit, ils y ont laissé l'air calme et tranquille. Car il arrive souvent

» Fignre i3.

22â LES MixéORfS.

que deux vents sont opposés en cette sorte , à cause qu^il^y en a toujours plusieurs différents autour de ia teire en même temps, et que chacun d'eux y étend d'ordinaire son cours sans se détourner jusques au Heu où il en rencontre un contraire qui lui résiste; mais leurs forces n'y peuvent guère demeurer long-temps ainsi balancées, et leur matière y affluant de plus en plus s'ils ii;e cessent tous deux ensehïble , ce qui est rare, le plus fort prend enfin son cours par le dessous ou le dessus de la nue, ou même aussi par le milieu ou tout à l'entour , selon qu'il s'y trouve plus disposé , au moyen de quoi , s'il n'amortit l'autre tout-à-fait , il le contraint au moins de se détourner. Comme ici je suppose que le vent occidental, ayant pris son cours entre G ' et P, a contraint l'oriental de passer par-dessous vers F^ où il a fait tomber en rosée le brouillard qui y étçit , puis a retenu au-dessus de soi la nue 6, qui, se trouvant pressée entre ces deux ven;ts , est devenue fort plate et étendue; et les petits pelotons de glace qui ont été en sa superficie tant du dessus que du dessous , comme aussi en celle du dessous de la nue P, ont dû s'y arranger en telle sorte que chacun en ait six autres qui l'environnent : car on ne sauroit imaginer aucune raison qui les en ait empêchés , et naturellement tous tés cdrps ronds et égaux qui sont mus en un métne plan par une force

' Figare 14.

assez semblable s'arrap§^t en cette soste , ^amsi que vous pourrez voir «par expérience en jetant confusément un -sang ou deuiç de perles rondes toutes défilées sfir une assiette , et les ébranlant ou souiOd^t seulement un peu iieçontre , afin qu'elles apprQcfaient.les unes des autres. Mais nâte^ que j«. ne parle i'ci^que des «uperficies <lu dessous ou du dessus, et noQ* point de celles des côtés, à q^use que l'inégale quantité de matière que les vem^s* peuvent pousser decpntre à chaque moment, ou en oter, rend ordinairement la figure de leur circuit fort irrégulière et inég^Lle. Je n'ajoute point' 9uasr4]tie les petits noeuds de glâice qui composttpt le dedans de la nue G se doivent arranger eaoïéme façon que'ceus des superficies , à cause que ce n'est pas une chose du tout si manifeste. Mai^jfs désire que vous considériez wcor^ ceu&ipii se peuvent aller arrétpr audessous d'elle aprè3 qu'elle est toute formée; car si , pendant qu'elle derne^re suspendue en l'espace G, il sort quelques vapeurs des' endroits de la terre qui sçnt vers A , lesquelles, se refroidissant en l'air peu -à .p^ , se convertissent en petits nœuds de glace que le-vent chasse vers L , il n'y a point de doute que ce& noeuds s'y doivent arranger en telle sorte qiïe chacun d'oux soit environné de six autres qui le pre;^ivt ég^len^ent eX soient en même plan , et ainsi composer premièrement comme une feuille qui s'étende sous la superficie de cette nue , puis

encore une autre feuille 4]OL^'étende sous celle-ci , et ainsi encore «l'aatres autant qu'il y aura de matière. Et 5 de plus j il faut remarquer que le vent qui passe entre la t^rre et cette nue , agissant avec plus de force contre la pkis basse de ces feuilles que <iontre celle -qui est immédiatement au*de$sns, et avec plus de force contre celle-ci que eontre celle qui est encore au-dessus , et ainsi dé suite, les peut entraîner et faire Jiiouvoir séparénient Tune de l'autre , et p<^r par ce moyen leurs superficies en rabattant des deux côtés les petits poils qui sont autour ées pelotons doflt elles sont composées. Et même il peut faire glisser une partie de ces feuilles hors du dessous de cette nue G , et les transporter au-delà , comme vers N, où elles en composent une nouvelle. Et encore qu^^Q n'aie ici parlé que des parcelles de glace qui sont entassées en forme de petits nœuds ou pelotons -, le même se peut aisément aussi entendre des gouttes d'eau, pourvu que le vent ne soit point assez fort pour faire qu'elles s'entre-poussent , ou bien qu'il y ait autour d'elles quelques exhalaisons , ou , comme il arrive souvent , quelques vapeurs non encote 'disposées à prendre la forme de l'eau qui les séparent; car autrement , sitôt qu'elles se touchent , elles s'assemblent plusieurs en une, et ainsi deviennent si grosses et si pesantes qu'elles sont contraintes de tomber en pluie.

Au reste, ce que j'ai tantôt dit que la figure du circuit de ch^ique nue est ordinairement fort irré*gulièreet inégale, ne se doit entendre que de celles qui occupent moins d'espace en hauteur et en largeur que les vents qui les environnent ; car il se trouve quelquefois si grande abondance de vapeurs en l'endroit où deux ou plusieurs vents se rencontrent, qu'elles contraignent ces vents de tournoyer autour d'elles au lieu de passer au-dessus ou audewous , et ainsi qu'elles forment une nue extraordinairement grande , qui , étant également pressée de tous cotés par ces vents , devient toute ronde et fort unie en son circuit ^ et même qui , lorsque ces vents sont un peu chauds ou bien qu'elle est exposée à la chaleur du soleil, y acquiert comme une écorce ou une croûte de plusieurs parcelles de glace jointes ensemble, qui peut dev^r assee. grosse et épaisse sans que sa pesanteur la fa^se tomber , à cause que tout le r<este de la nue la soutient.

Sâ6 LES MÉTÉORE.

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