‹ uvres de Édouard Grenier (volume 2)Chapitre 11 sur 41 · SUR UN TOMBEAU · texte numérisé non relu

SUR UN TOMBEAU

Repose donc en paix sur la terre étrangère !

Ah 1 qu'elle soit au mort plus qu'au vivant légère !

Qu'elle donne à ses os ce qu'il cherchait : l'oubli 1

L'oubli des lâchetés et de l'ingratitude

Qui vinrent l'outrager jusqu'en la solitude

Où son front fatisrué s'était enseveli.

Comme il aimait pourtant cette douce retraite! Pour cacher un bonheur Dieu semblait l'avoir faite. Rien n'y manquait : l'air libre, un riant horizon, Le silence, et la paix d'une vie ignorée, De grands arbres, des fleurs, une femme adorée. Et deux anges d'enfants jouant sur le gazon.

Ah ! c'est la calomnie et son dard de vipère Qui l'a tué ! Saignant de sa morsure amère, Il voulut quelque temps lutter contre le sort. Mais le poison mortel brûlait déjà ses veines. Et bientôt ce grand cœur, navré par tant de peines, Chercha violemment le repos dans la mort !

Et toi, toi qui régnas, toi qui connus les lioinmcs. Qui savais leur valeur et ce peu que nous sommes, Tu prêtas ton oreille à ces viles clameurs ! Et quand un peuple entier s'en allait les confondre, Quand ton silence seul eût suffi pour répondre. Ton âme se remplit d'amertume, et tu meurs !

Tu ne savais donc pas le sort de toutes choses? Un scarabée impur ronge le cœur des roses : Tout fleuve a son limon, tout palais ses égouts; Dans ce monde imparfait toute coupe a sa lie, Tout son pur est faussé, toute blancheur salie, Toute grandeur s'achète au prix d'amers dégoûts !

Non! tu n'étais pas fait pour porter la couronne. Ce dur cercle d'acier qu'un peu d'or environne, Et qui meurtrit toujours le front du souverain. Ton cœur était trop bon, ton âme trop loyale. Pour remplir sans effort cette tâche royale Il faut un bras de fer avec un front d'airain.

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