SUR UN TOMBEAU I
Sans redouter la fange et ses éclaboussures,
Il faut guider le char avec des mains plus sûres,
Et sourire aux vains cris des intérêts broyés.
Il faut voler tout droit au but dans la carrière,
Sans retourner la tête et les yeux en arrière
Pour voir les malheureux que l'on foule à ses pieds.
Le peuple est ainsi fait! Sous les mains souveraines Ce superbe coursier aime à sentir les rênes; L'éperon même est doux à son flanc plébéien, La fermeté lui plaît dans le bras qui l'opprime; Pour lui, son sang versé n'est pas toujours un crime. Hélas 1 tu n'as jamais répandu que le tien.
Ton âme était si tendre ! Un mot, une prière Suffisait pour ouvrir ta porte hospitalière. Jamais un malheureux ne t'approchait en vain. Comme au penchant des monts l'eau des sources rapides Q.ui remplit jusqu'au bord les urnes aux flancs vides. Ainsi l'or sans tarir s'écoulait de ta main.
Dors en paix! tu fus bon; tu le fus sur un trône. Dors, repose ton front sur ta gerbe d'aumône, Moissonneur qui t'assieds avant la fin du jour! Tu n'auras pas en vain travaillé; ta mémoire, Dans plus d'un cœur fidèle et jaloux de ta gloire. Trônera sous un dais de respect et d'amour.
L'histoire et l'avenir, éveillant la justice, Diront sans complaisance et sans vain artifice Tout ce que tu rêvas et fis pour ton pays; Tes mains de toutes parts par l'étranger liées; Les racines du mal au loin multipliées, Et comment par le sort tes vœux furent trahis.
Mais avant que ce jour de vérité ne vienne, Tu n'auras pas en vain mis ta main dans la mienne. Sur la tombe encor fraîche où sommeillent tes os, Avec l'oiseau qui chante et la brise qui pleure, Le cyprès qui gémit et l'herbe qui t'effleure. Mon vers tendre et pieux bercera ton repos.