C H Œ LT R
Allegrelto.
Puisque ta couronne fragile Et ton règne d'un soir d'été Détraquent ton cerveau débile Jusqu'à te rendre aussi fiicile A l'endroit de ta majesté,
De doux parfums et d'étincelles Nous remplirons nos encensoirs, O roi, pour célébrer tes ailes.
Ton corps replet, tes jambes grêles Et jusqu'à tes faux cheveux noirs!
Jamais l'errante libellule
Q.ui joue au bord des lacs dormants,
Et sa mystérieuse émule,
La phalène du crépuscule,
N'eurent d'aussi beaux vêtements.
Mais ce qu'en toi surtout je prise, C'est cette obèse majesté Où s'épanouit ta sottise, Et la grasse fainéantise De ta risible royauté.
Je ne saisis pas bien le sens de vos paroles; Le rythme a de l'entrain, et j'en aime l'ardeur. Sans doute vous brûlez l'encens des hyperboles Comme une cassolette aux pieds de ma splendeur. C'est bien ! mais laissons là ces entretiens frivoles ; 11 est temps de songer aux soins de ma grandeur.
Le Destin qui m'a mis ce soir à votre tête Attendait ce moment pour ses vastes projets.
l68 POÈMES DRAMATIQUES
Nous avons à remplir une tâche secrète; On nous réclame enfin pour de dignes objets. Sachez donc contenir votre allure indiscrète Et vous montrer en tout mes fidèles sujets.
Aux quatre coins du ciel posez des sentinelles; Que l'échanson royal se tienne à mon côté; Et que les voix en chœur de toutes nos chapelles Célèbrent mon esprit, ma gloire et ma beauté, Tandis que le sérail, m'abritant de ses ailes. Défendra du serein ma jeune royauté.
A l'heure où le jour tombe, où la lune se lève Pâle et comme à regret au bord lointain des mers. Il est doux à mon cœur de vivre enfin son rêve Et, mollement porté sur la vague des airs Dans ce frais palanquin que la brise soulève, De bercer mon orgueil au bruit de vos concerts.
Nous ferons à ta fantaisie;
Ton orgueil est presque amusant.
Mais par excès de poésie
Ne rends pas le joug trop pesant.
Que cette nuit nul ne s'en plaigne !
Car demain tu le subiras;
Et souviens-toi que le roi règne,
Beau sire, et ne gouverne pas.
LE CORYPHEE.
Silence ! au loin je vois un sylphe à tire-d'ailes Voler vers nous du fond des cieux.
Son front est chargé de nouvelles Et la surprise étincelle en ses yeux.