‹ uvres de Édouard Grenier (volume 2)Chapitre 29 sur 41 · CHŒUR DES FLEURS · texte numérisé non relu

CHŒUR DES FLEURS

Et nous, petites fleurs cachées.

Par nos racines attachées

Contre le sol.

Permets-tu qu'à travers la mousse Jusques à toi notre voix douce

Prenne son vol?

Nous n'avons presque rien à dire, Sinon que chaque fleur t'admire

Dans ta beauté; Et que si ton pied nous écrase, Nous ressentons comme une extase

De volupté.

Alors d'un invisible arôme

La brise autour de nous s'embaume;

Telle est la loi.

Quand notre tige ainsi se pâme.

Ce parfum qui monte est notre àme

Qui va vers toi.

Je reconnais vos voix, ô mes fleurs bien-aimées !

Chantez, chantez encor vos chansons parfumées !

J'y trouverai toujours de nouvelles douceurs;

Il me semble qu'en vous Dieu m'a donné des sœurs.

Je vous aime, et pour mieux respirer votre haleine

J'irai dans le gazon vous cueillir à main pleine.

Je vous réunirai sur mon cœur, et je veux

Que la plus belle embaume et pare mes cheveux.

— Mais vois donc ! sous les fleurs, dans l'herbe qui se plisse.

Un étrange animal jusqu'à ma main se glisse;

Sans ailes et sans pieds il ondule en rampant.

D'où vient-il? et quel est son nom?

C'est le serpent.

Sous sa gaîne allongée et son réseau d'écaillé, Comme il sait se mouvoir en recourbant sa taille ! La grâce sert de rythme à tous ses mouvements. L'esprit lui sort des yeux, et ses yeux sont charmants De quel air suppliant il retourne la tête ! Ne crains rien, viens vers moi, pauvre petite béte ! Ta démarche est étrange et ton corps incomplet; Mais ton m.dlieur me touche et ton regard me plaît.

196 POÈMES nRAMATIQUKS

ÏA-. S n R P I£ N' T .

Puisque jusqu'à moi tu t'.ib.iisses, O blanche Eve, et que tu me laisses Te contempler de mon néant, Près de moi que ton bras se penche ' Autour de ta main douce et blanclie J'enroulerai mon corps tremblant.

Vois comme de ta peau si fine Ressort mieux la blancheur divine Sous mes anneaux rayés de noir !

Oh! puissé-je y rester sans cesse Pour y goûter la double ivresse De te toucher et de te voir.

Comme il sait bien parler, et que sa voix est douce ! On dirait l'air qui siffle à peine dans la mousse. Il a raison; son corps, sous ses reflets d'azur. Fait paraître ma peau d'un blanc mat et plus pur. Je devrais le garder et, parure vivante, Enrouler à mon bras sa spirale mouvante, Ou m'en faire un collier sombre sur un fond clair. Comme ceux que j'ai vus aux palombes de l'air.

Reste devant mes j'eux telle que Dieu t'a faite. Ta beauté te suffit. Laisse là cette béte.

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