È VE
Q.u'a donc fait le serpent? Pourquoi te déplaît-il?
De tous les animaux il est le plus subtil; Il semble que sur lui pèse quelque mystère. Sa démarche est oblique ; il rampe contre terre ; Il évite les yeux, la lumière et le bruit. Il fuit les animaux et chacun d'eux le fuit.
Pauvre petit, adieu! Puisque tout te délaisse, C'est Eve qui sera l'appui de ta faiblesse. Va donc en paix! Reviens me voir, et quelquefois Nous causerons ensemble à l'ombre de ces bois.
Déjà, divisant l'ombre en deux moitiés égales,
Le soleil plus ardent fait crier les cigales.
Des pelouses sans bruit chasse les animaux
Et leur ùùt rechercher l'ombre des frais rameaux.
Imitons-les; passons là-bas sur l'autre rive
Où d'un cèdre touffu la majesté pensive
Étage ses longs bras en montant vers le ciel
Et couvre au loin le sol d'un ombrage éternel.
De l'Eden verdoyant dont Dieu t'a faite reine
Tu ne connais encor qu'une partie à peine. Visitons en entier l'œuvre du Tout-Puissant. Passons d'abord le fleuve et, sur l'onde glissant. Abordons sans retard à la rive sonore Q.ue tes pieds délicats n'ont pas foulée encore.
EVE
Mais comment traverser le fleuve au lit profond:
Nous ferons tous les deux comme les cygnes font. La vague, nous ouvrant son sein qui se soulève, Comme eux à l'autre bord nous portera sans trêve. Viens donc; et, descendant dans l'herbe et les roseaux. Allons voir de plus près le fleuve aux grandes eaux.
LU. PREMIER JOUR DE l'eLEN I99