‹ uvres de Édouard Grenier (volume 2)Chapitre 31 sur 41 · U 'BO'K.'D 'DU FLEUVE · texte numérisé non relu

U 'BO'K.'D 'DU FLEUVE

O mou Eve, dans l'air plus vif et plus rapide Ne sens-tu pas monter une fraicheur humide? N'entends-tu pas des flots, des roseaux et des bords. Sourdre un murmure égal qui roule des accords?

CHŒUR DES EAUX

Viens vers nous, fille céleste !

Viens et reste Sur ce rivage inconnu.

Tu verras l'onde limpide

Qui se ride Pour effleurer ton pied im.

1' O li M i; s D K A M A T I Ci U E s

Tu verras les demoiselles

Sur leurs ailes Se balancer au soleil, Et briller dans mes eaux noires

Les nageoires Des poissons au flanc vermeil.

Dans le sein plein de mystère

De la terre Se cache plus d'un trésor; Mais la mer, la mer lointaine

En est pleine De plus merveilleux encor.

C'est sur son lit d'algue fraîclie

Que se pêche La perle dans son écrin ; C'est là que l'ambre repose.

Et tout rose Dort le corail sous-marin.

Mais veux-tu voir la mer\'eille

Sans pareille Que seules nous possédons :

Trésor charmant, perle fine,

Fleur divine Où Dieu résuma ses dons?

L i; P R E M I U R JOUR DE L ' il U i: N

Viens penclier tes tresses blondes

Sur nos ondes, Retiens ton souffle un moment, Tu verras ce que j'admire

Te sourire Dans le fond du flot dormant.

Que j'aime votre voix, ô vagues de la rive ! Votre chant incertain en murmure m'arrive. De ses flottants accords il rafraîchit mon cœur Et le baigne en entier d'une humide langueur. Oui, j'irai sur vos bords, j'irai voir sur le sable Couler, couler toujours le fleuve intarissable ; Et, puisque je ne puis saisir la brise et l'air, Je veux entre mes mains tenir votre flot clair.

Approchons! Descendons tous les deux sur la rive Jusqu'à ce que nos pieds soient mouillés par l'eau vive. Là, près des nénuphars et parmi les roseaux, Appuyée à mon bras, penche-toi sur les eaux.

Oh! quelle douce image! Une ligure blouJc

Se penche et me contemple aussi du sein do l'onde.

Qu'elle est belle! L'Edcn n'a rien d'aussi divin.

1' O U M i; s D K A M A r I Q U li s

Ah I sans doute du ciel c'est quelque séraphin A qui Dieu de ces bords a confié la garde. Avec quelle surprise immobile il regarde! Ses longs cheveux flottants sont parsemés de fleurs; Un sang pur de sa joue anime les couleurs; Son front reluit dans l'eau d'une douce lumière; Puis quel charmant regard glisse de sa paupière!... Adam, allons vers lui; viens! — Mais le flot troublé Se ride; tout s'efiiice et l'ange s'est voilé... Pourquoi donc souris-tu?

Cette beauté suprême, Ce séraphin céleste, Eve, c'était toi-même. C'est ton p.ile reflet tremblant dans ce miroir Q.ue ton regard surpris à tes pieds vient de voir. Reste immobile encore et sur l'onde dormante Tu verras remonter la vision charmante.

Sur la surface unie et brillante de l'eau Tout l'Éden réfléchit son ravissant tableau. D'abord le ciel profond, les arbres du rivage, Les herbes et les fleurs du bord, puis notre image. Regarde! à tes côtés ne reconnais-tu pas Ton époux qui sourit et te presse en ses bras?

Suis-je donc aussi belle?

Ah ! tu l'es plus encore !

Tu n'as fait qu'entrevoir ta beauté qui s'ignore. Dieu seul, qui te créa pour ma félicité, Peut comprendre avec moi toute sa volupté. Non! tu n'es pas sortie en vain de ma poitrine; Et c'est là que ton cœur devait prendre racine. — Je me rappelle encor l'effroi silencieux Q,ue m'inspira le jour sous la splendeur des cieux, Lorsque, Dieu m'insufflant son haleine féconde. Pour la première fois je contemplai le monde. Devant tant de grandeur et de félicité Je me sentis si seul et si déshérité Qiie Dieu, prenant pitié de ma détresse amére, Répandit sur mes sens un sommeil éphémère. M'arracha près du cœur une cote, et soudain, O femme! tu sortis vivante de sa main. Mais lorsque je rouvris les j'eux à la lumière. Quand je te contemplai dans ta beauté première, D.ins la fraîche splendeur de tes charmes naissants, Oh ! quel bonheur alors inonda tous mes sens 1 Depuis lors chaque instant n'est pour moi qu'une ivresse, Une extase sans fin de joie et de tendresse: Et je n'ai qu'à lever les regards sur tes traits Pour bénir Elohim, la vie et ses bienfaits.

Ah! je bénis aussi ce Dieu qui m'a formée Pour goûter la douceur d'aimer et d'être aimée!

204 POliMES DUAMATIQUI-S

Jouissons donc tous deux dans un bonheur sans fin

Des merveilles sans nom de ce séjour divin.

Le fleuve nous attend. Viens, descendons ensemble.

Sous le poids de nos corps l'onde se ride et tremble.

P.irtons, laisse ta main enlacée à ma main;

Les cygnes en voguant nous fraîront le chemin.

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