CHŒUR DES CYGNES
Sur mon aile que l'air soulève,
Ou sur mon cou souple et tremblant,
Eve, ô douce Eve, Pose sans crainte ton bras blanc!
A travers l'onde fugitive Nous te porterons sans effort
Sur l'autre rive Où le flot se calme et s'endort.
Mais parfois viens voir ton image, Ou jouer dans l'onde avec nous;
Car du rivage Le fleuve serait trop jaloux.
EVE
Sur les flancs arrondis des cvgnes l'eau se brise.
Et SOUS nos bras tendus s'entr'ouvrc et se divise ; Le courant nous soulève, et sur son sein mouvant Le flot nous passe au flot et nous porte en avant. Q.u'il est doux de glisser sur l'onde fugitive, En se laissant ainsi voguer à la dérive Dans un joyeux efl'roi de cet autre élément ! L'homme échappe à la terre et l'oublie un moment; L'eau le prend dans ses bras pleins d'humides caresses, Le balance aux accords de voix enchanteresses, Et, fendant sans nul bruit le flot rapide et clair. Le corps plane dans l'eau, comme l'oiseau dans l'air, Bercé dans la lansrucur d'un bien-être inefl^able.
Abordons maintenant. Nos pieds touchent le sable ;
Le courant est plus doux et le flot moins profond.
Regarde; maintenant tu peux voir jusqu'au fond;
Et les poissons muets, habitants de ces rives.
Réunissent déjà leurs troupes attentives
Pour venir saluer leurs maîtres inconnus
Et baiser doucement l'ombre de tes pieds nus.
Adieu, cygnes des eaux! adieu, couples fidèles! A la brise qui p.asse ouvrez encor vos ailes ! Dans le courant du fleuve allez, ô doux oiseaux. Reprendre vos ébats ! Adieu, cygnes des eaux !
Viens! sortons! mets le pied sur cette fraîche mousse Qui conduit jusqu'au bord par une pente douce; Et sous le cèdre immense aux longs rameaux tremblants La brise séchera nos membres ruisselants.
Ils abonUr.l.
LE PREMIER JOUR DE l'ÉDEN 207
sous LE CÈ'D%.E
Tandis qu'en frissonnant sur ma peau blanche et lisse
Le vent aspire et boit l'eau qui fuit, tremble et glisse,
Je m'en vais rassembler mes humides cheveux
Et les tordre au soleil entre mes doigts nerveux.
Petites fleurs des bois, recevez cette ondée.
Puisse votre racine en être fécondée !
Puissiez-vous ressentir, ainsi que je le sens.
Ce bonheur que le fleuve a laissé dans mes sens!
La fiaîcheur de ses flots jusqu'au cœur me pénètre;
L'eau vive a retrempé les forces de mou être ;
L'Éden dans sa beauté me sourit encor mieux;
Ses fruits tentent ma lèvre et provoquent mes yeux ;
Qu'ils sont beaux 1 Tout là-bas, vois-tu, près du bois sombre,
Cet arbre aux longs rameaux chargés de fruits sans nombre?
Je voudrais en goûter; Adam, allons là-bas.
:oS i'oi;mi;s dka m atiques
J'irai te les cuuillir; reste, Eve, n'y va pas; Le soleil trop ardent brûlerait ta peau tendre. Sur cet épais gazon assieds-toi pour m'attendre; Je reviendrai bientôt chargé de ces beaux fruits Dont l'éclat a charmé de loin tes yeux séduits.
EVE, seule.
Dans sa course légère il courbe à peine l'herbe.
Q.ue sa force est charmante et sa grâce superbe !
Je comprends qu'Élohim, quand il descend des cieux.
Revête cet aspect pour paraître à nos yeux.
— Mais le gazon s'entr'ouvre avec un doux murmure.
C'est encor le serpent. Étrange créature !
Que viens-tu faire ici?
LE SERPENT
Je viens à tes côtés Dans un muet bonheur contempler tes beautés. Depuis que je t'ai vue, Eve, je t'ai suivie; Tu m'as pris d'un regard et mon cœur et ma vie. Je ne puis vivre heureux qu'à l'ombre de tes pas! Laisse-moi donc te voir. Ah ! ne me chasse pas !