‹ uvres de Édouard Grenier (volume 2)Chapitre 35 sur 41 · ACTE t%e:\cie · texte numérisé non relu

ACTE t%e:\cie

L'Oric-iit v.i blanchir; l'aube, incertaine encore, N'entr'oLivrc qu'à demi le palais Je l'Aurore. La mer, comme un miroir terni par la vapeur, Confond avec le ciel son horizon trompeur; Rien ne s'éveille au loin. Les pâles Néréides

Dorment sous le cristal de leurs grottes humides... Comme la nuit est longue à qui souffre ! Le jour Semble alors un ami qu'on bénit au retour. Pour moi, qui du sommeil ignore le dictame, La lumière suspend au moins les maux de l'âme, Et, malgré Jupiter, quelque adoucissement Se glisse dans l'horreur de mon long châtiment. Sur cet affreux rocher, aux confins de la terre, Le tyran m'a cloué plus près de son tonnerre. Mais avant les mortels, avant même les dieux. Je reçois, ô soleil, tes regards radieux! Ils sèchent sur mon front la perfide rosée Que les vents de la nuit ont sur moi déposée; Et tes baisers de feu dans mon corps languissant Font circuler la vie et comme un nouveau sang. Lève-toi, lève-toi! voici ma délivrance; Voici le jour promis à ma longue souffrance. Où Jupiter, tremblant, de son trône incertain Descendra pour toujours à la voix du Destin. O vents ailés ! rochers ! mer aux vagues sans nombre ! Précipices où l'œil plonge éperdu dans l'ombre ! Aigles qui bâtissez vos aires à mes pieds, Sur ces rocs de granit sans cesse foudroyés! Nuages qui dans l'air voguez à pleines voiles ! Et toi, divin Éther, tout parsemé d'étoiles Qui, lorsque sur leur mont les dieux sont endormis. Semblent me regarder comme autant d'yeux amis ! Et vous, filles des eaux, blanches Océanides, Qui déplorez des dieux les rigueurs déicides

PRO.METHEE DELIVRE 22 3

Et, malgré le courroux de mes durs oppresseurs, Chaque jour accourez vers moi comme des sœurs! Vous tous, témoins émus de mon affreux supplice, Apprenez que mes maux vont finir! La Justice N'est pas en vain ma mère; et les yeux étonnés Verront passer l'empire a des dieux nouveau-nés.

CHŒUR DES O C É A N I D E s .

Est-ce ta voix qui nous appelle Du haut de ces rochers déserts, O Titan, sublime rebelle?

A quoi bon tant de maux souiTcrts, Si tes longs siècles de torture Ne t'ont pas appris que l'injure Ne fait qu'élargir la blessure Et river de plus près tes fers?

Hélas ! contre toute espérance Le cœur espère à son insu.

L'espoir fait trêve à la souffrance.

Mais quand il est toujours déçu.

Écoute! ô vaincu magnanime.

Du Destin la pâle victime De plus haut retombe à l'abîme Qu'elle n'avait pas aperçu !

Mets donc un frein, ô Prométhée, A l'orgueil de ces vains propos !

Q.11C ton Ame ardente, indomptée, Apprenne à se taire à propos.

Songe que tant de haine irrite Ces dieux au pouvoir sans limite, Et que le Sort, que nul n'évite.

T'infligea ce mal sans repos.

C'est parce que je sais et parler et me taire Q.ae je parle à cette heure et réveille la terre; C'est parce que je sais le secret du Destin Q.ue je salue ainsi les clartés du matin. C'est le jour! c'est le jour qu'attendait ma vengeance, Le jour longtemps prédit et savouré d'.avance, Qiii se cachait confus dans les voiles du Temps Et qu'annonçaient aux dieux mes défis insultants ! O filles de Téthys, chœur plaintif et fidèle, Qui montes de l'abîme et viens à tire-d'aile T'asseoir au dur chevet de mon lit de granit Pour consoler un dieu qu'un autre dieu punit! Vous dont j'aime écouter les douces voix lointaines Montant vers mes sommets avec le bruit des plaines, O mes sceurs ! que ma voix, pour cette fois du moins, Ne trouve plus en vous d'incrédules témoins! Le temps n'est plus d'user de détours ni de feinte; Ainsi que je vous parle, écoutez-moi sans crainte : Ce n'est plus un obscur et vain pressentiment Qui m'agite les sens et l'âme en ce moment;

A présent la science et IMpre et longue étude

Me font tout voir sans voile et sans incertitude.

Les jours de Jupiter sont comptés. Cette fois,

Je le sais, je le sens, je l'ai vu, je le vois;

De la chute des dieux j'ai reconnu les signes.

Le sceptre va passer entre des mains plus dignes,

Et les Olympiens vont descendre des cieux

Dans cet Hadès sans nom où tombent les vieux dieux !

CHŒUR DES OCÉANIDES

Voilà mille ans et plus encore due tu nous prédis ce grand jour.

Les siècles n'ont rien fliit éclore ; Et comme hier ton sang colore Le bec de l'éternel vautour.

L'insulte a des suites amères;

Le calme sied à l'innocent.

O Titan, prends garde aux chimères!

Les dieux ne sont pas éphémères

Et Jupiter est tout-puissant.

P R o M É T II É E .

Tout immortel qu'il soit, tout puissant qu'il se rêve, Son heure est arrivée et son pouvoir s'achève. Quoiqu'il tienne le monde encore dans sa main. Dût son sceptre, obéi partout jusqu'à demain, Ljjuiser sur mon corps sa rage inassouvie,

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