‹ uvres de Édouard GrenierChapitre 10 sur 128 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

La généreuse ardeur d'un acte méritoire, Et l'ineffable paix qui suit toute victoire. Longtemps j'ai regardé le ciel : puis, en partant, J'ai dit à demi-voix : Mon père, es-tu content?

^Cars iSjS.

Je ne sais ce que Dieu veut faire de Rosette : Elle ne reprend pas. Le docteur s'inquiète. Elle se laisse aller; elle ne lutte pas; On dirait qu'elle glisse avec joie au trépas. Seulement, par éclair, quand la fièvre la quitte. On voit qu'une pensée en secret la visite Qu'elle n'ose exprimer et suspend tout à coup, Et qu'elle aurait à cœur de dire, à moi surtout. Q.u'est-ce donc? 11 faudra que son médecin m'aide. Mais la tendresse encore est le meilleur remède ; Je te montrerai tant la mienne, ô pauvre enfant! Que je t'arracherai ce secret étouffant.

CiCèvie jour, le soir.

A la ferme, ce soir, j'épiai la sortie

Du bon docteur; il a toute ma sympathie.

Quoique bien jeune, il est grave, et son seul aspect

Avec la confiance inspire le respect.

Deux fois Français, de race et par choix, à la guerre.

Il a quitté l'Alsace avec sa vieille mère.

Depuis qu'il est ici, nul ne saura combien

Le fils avec la mère ont déjà fait de bien.

Aussi sont-ils aimés et bénis à la ronde.

Pour ma part, j'ai pour eux une estime profonde.

Il m'a soignée en frère et, pendant tant de jours,

M'a prodigué son temps, son art et ses secours,

Que je ne sais comment à cette âme d'élite

Prouver ma gratitude ainsi qu'il le mérite.

J'en fais mon aumônier, et ses soins complaisants

M'aident à soulager nos pauvres paj'sans.

« Eh. bien ! docteur? » lui dis-je. — 11 secoua la tête,

Et dit en rougissant : « Son état m'inquiète;

Il échappe à mon art et rit de mes efforts.

Son âme est encor plus malade que son corps.

Elle a quelque secret qu'elle n'ose vous dire ;

Du moins ma mère ainsi s'explique son délire.

Venez chez nous. Il faut ne pas perdre de temps;

Les symptômes déjà sont bien inquiétants ;

Hâtons-nous! » Et le cœur serré, j'allai sur l'heure

Voir sa mère, et j'entrai dans leur humble demeure.

La glycine enlacée au rosier de tout mois De rameaux et de fleurs tapisse ses parois. Tout respire la paix, le travail, le bien-être. Madame Heller était assise à sa fenêtre, Droite, avec des rubans noirs dans ses cheveux gris,

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