‹ uvres de Édouard GrenierChapitre 9 sur 128 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

Un jour, avec Gritty, j'allai jusqu'à la ferme,

Pour porter à Rosette, à ma sœur d'abandon,

La guérison de l'âme, au moins, par mon pardon.

J'entrai; la pauvre enfant s'agita sur sa couche,

Et, prise à mon aspect d'une angoisse farouche,

Voulut couvrir ses yeux de ses doigts amaigris;

Mais, me penchant sur elle aussitôt, je la pris

Dans mes bras tendrement, et j'appuyai ma lèvre.

Sans rien dire, à son front pâle et brûlant de fièvre ;

Et, toutes deux alors éclatant en sanglots,

Nous mêlâmes nos pleurs qui ruisselaient à flots;

Et, sans avoir besoin de dire une parole.

Je laissai dans son cœur le baume qui console.

Depuis ce jour, je vais le matin et le soir. Sans y manquer jamais, à son chevet m'asseoir; Je lui donne une part de ma longue journée. Pauvre Rosette! elle est la plus infortunée. Le mépris a tué dans son premier essor Mon amour; mais Rosette, hélas! elle aime encor. Tout en pleurant du coup dont elle m'a frappée; Elle a le droit d'aimer : on ne l'a pas trompée. Moi, ma plaie est fermée et ne peut se rouvrir; Tandis qu'elle ! elle souffre et doit deux fois souffrir. Du mal qu'elle m'a fait et du mal qui la brise. Aussi, lorsque mon cœur, à moi, se cicatrise, Le sien, de plus en plus en proie à son remord, S'abandonne et voudrait expier par la mort. Guérissez-la, Seigneur ! sauvez-la d'elle-même !

C'est tout. J'en ai fini de cet aveu suprême. Et maintenant j'éprouve une profonde paix, Et la douceur qui suit les aveux qu'on a faits. Il me semble que j"ai dans une oreille amie Versé tous ces secrets de mon âme aflFermie, Et que dans un miroir j'ai vu mon cœur entier. C'est bien! Pour aujourd'hui refermons ce cahier; Je poursuivrai plus tard. Je veux, quoi qu'il arrive,

Y peindre sans détour mon âme toute vive. Et, comme la naïade en marbre du bassin,

Y verser tous les flots qui dorment dans mon sein.

Février iSj8.

Il est un coin du parc que jusqu'ici j'évite.

Et dont la seule idée et me trouble et m'irrite :

C'est le banc, à l'écart, sous les arbres caché,

Où me fut mon amour et mon cœur arraché;

Je tiens à surmonter ce reste de faiblesse.

Et pour que rien en moi ne s'aigrisse et ne blesse,

J'ai voulu ce matin au monstre marcher droit.

D'un œil tranquille et sec j'ai revu cet endroit ;

Je m'y suis même assise. A cette même place.

Où la mort m'étreignit avec sa main de glace.

Où celui que j'aimais me renia tout haut.

J'ai senti dans mon sang, qui circulait plus chaud,

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