A LA KASBAH
^ L^ K^iS'B^iH
Ht nous sommes entrés dans l'étrange réduit:
Zorah, sur des coussins, belle comme la nuit,
Trônait nonchalamment dans sa petite chambre,
Où planaient la fumée et le parfum de l'ambre.
Elle est vraiment jolie et fait plaisir à voir;
Son front est blanc, sa joue est rose, et son œil noir.
Sans le secours du khôl, brille comme une étoile;
Sa tête sous ses lourds sequins d'or est sans voile
Et sa poitrine aussi — je veux dire le haut ;
Car on n'en voit pas plus, Madame, qu'il ne faut,
Comme lorsqu'à Paris de leurs blancheurs nacrées
Vos épaules d'ivoire éclairent nos soirées.
Ses traits n'ont rien d'arabe, elle parle français,
Assez pour discuter les frais de ses procès;
Car elle en a beaucoup, et chez elle l'on plaide
246 RAYONS d'hiVEI
Nuit et jour : le client au client y succède. Ce soir-là, mes amis voulaient tout simplement Me montrer, disaient-ils, cet avocat charmant, Sans lui faire étaler toute son éloquence : Une simple visite en toute bienséance.
Quand la vieille négresse eut fini de caser Notre bande joyeuse, on se mit à causer; On servit le café, puis les confiseries. Alors vint le gros rire et les plaisanteries. Moi, tout en écoutant, je laissais au hasard Sur cet intérieur s'égarer mon regard.
.Le mobilier est simple et des plus ridicules : On n'aperçoit d'abord qu'horloges et pendules, Une douzaine au moins ; c'est le fond du décor. Avec quelques chromos aux brillants cadres d'or; Puis une alcôve; enfin au fond, sur une estrade, Dans des flots de dentelle, un grand lit de parade : De parade, ai-je dit? non, c'est l'autel riant D'un culte qu'on pratique ailleurs qu'en Orient, Or la nuit s'avançait : je sonnai la retraite : Pour payer le café la vieille fit la quête Sur un plateau de cuivre, et, la lampe à la main. De l'étroit escalier nous montra le chemin. Un escalier de pierre et droit comme une échelle. Adieu ! s'écria-t-on, adieu, Zorah la belle ! Mais un fait étonnant aussi bien que précis : Nous étions entrés sept, et nous sortîmes six!
Ahcr.