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v^UAND je ne serai plus, quand sous ma froide pierre Dieu m'aura près des miens pour jamais endormi, Vous viendrez, n'est-ce pas? le soir, au cimetière, W Visiter votre ami.
J'ai planté sur ma tombe un rosier du Bengale ; Vous pourrez en passant y cueillir une fleur, Et si quelque parfum doucement s'en exhale. Respirez-y mon cœur!
Ce cœur qui vous aima plus qu'il n'a su le dire ; Car vous avez jeté comme un rayon charmant La gaieté, la candeur de votre frais sourire Sur mon isolement.
Et puisque vous priez ce Dieu que tout implore, O mes chères enfants! demandez-lui qu'un jour Nous nous retrouvions tous pour nous aimer encore Dans son divin amour.
LES GoiUT)ES Pour le 100^ dhier des Gaudes
-(ES Gaudes I à ce mot tout le passé se lève; /essaim des souvenirs m'emporte comme un rêve ; e retrouve mes jours d'enfance et mon pays Lvec ses bois de chêne et ses champs de maïs, 'ai sept ans; je revois la maison paternelle, ;t ma mère et les jours écoulés sous son aile, 2es jours de liberté, d'amour, si tôt taris, Want les ans d'étude et de geôle k Paris, e revois tous les coins de la vieille demeure ; .e jardin où j'allais marauder à toute heure, Dû le blé de Turquie, aux pieds souvent pillés, ^'offrait des rôts laiteux que je mangeais grillés; Il surtout la cuisine antique avec son âtre. Dû le grillon chantait dans la cendre grisâtre;
Le haut bahut rempli de linge jusqu'au fond ; Les épis de maïs suspendus au plafond, Qu'on égrenait le soir en les frottant ensemble Pour livrer les grains mûrs à la meule qui tremble, La vaste cheminée en manteau surplombant Et la table de chêne avec son double banc, Où toute la famille — au grand complet encore — Gaiement et sans façons s'asseyait dès l'aurore Pour prendre le premier déjeuner du matin. Oh! comme je revois ce rustique festin! L'aïeul même, le front orné d'une fontange, Dans sa robe de chambre au grand ramage étrange, Laissant les plus petits grimper sur ses genoux, Descendait pour manger sa panade avec nous. Aux enfants on donnait des gaudes; la marmite. Au gré de nos désirs, n'allait pas assez vite. Enfin l'instant venait qu'on attendait debout Où la farine d'or du maïs chante et bout. Alors chacun tendait son assiette à mesure ; On se dispuuit bien le fond et la rasure. Mais chacun contenait son envie et sa faim, Et c'étaient des chansons et des rires sans fin !
— Sans doute au cher pays on mange encor des gaudes L'été, j'y trouve encor des amitiés bien chaudes; La maison est toujours debout, mais j'y suis seul. Et quoique sans enfants, c'est moi qui suis l'aïeul...
— O maïs aux fruits d'or, à la tige élancée, Champs du pays natal si chers à ma pensée. Quand pourrai-je revoir votre ombrage léger ?
[ci, dans mon exil, où fleurit l'oranger,
L'hiver n'est qu'un printemps qu'un air plus doux embaume
Mais j'aime mieux encor les bords du Doubs et Baume
Que l'azur provençal, la mer et les palmiers :
Car nos vrais et nos seuls amours sont les premiers.
Hyéres, iS^2.